EX PICARDIE
Des Frères de Saint-Joseph ont été aussi établis au diocèse d’Amiens, pour suppléer les pieux disciples de l’abbé de la Salle par des maîtres formés à la même école, et animés du même esprit, mais qui puissent aller isolémen t et se répa nd rc da ns les cam pagnes. M. de Chabons , évêque d'Amiens , effrayé de tout ce qu'on peut attendre d’une génération qui ne reçoit aucune instruction, ou qui est confiée à des maîtres tantôt irréligieux, tantôt indifférents, se rappelant d'ailleurs que les évêques, soit assemblés en concile, soit dispersés dans leurs diocèses, ont toujours recommandé la tenue des écoles , a approuvé une association pour procurer aux campagnes des maîtres chrétiens. Une ordonnance royale du 23 décembre 1823 l’a autorisée comme association charitable de clercs laïques , en faveur de l’instruction primaire.
En qualité de clercs laïques, les membres de celte congrégation , qui portent le nom de Frères de Saint-Joseph, dépendent immédiatement de l’autorité épiscopale; ils aident les curés dans l'administration des sacrements, l'enseignement du catéchisme, le chant de l’office divin, la bonne tenue de la sacristie et de l’église. En qualité de maîtres d’école, ils sont soumis aux règlements universitaires qui régissent les associations religieuses destinées à l’instruction des enfants du peuple. Ils fout un noviciat de deux ans, pendant lequel on les applique» la lec-
ture, à l’écriture, à l’étude de la grammaire française, de l'arithmétique et de la géométrie autant qu'il en faut pour l’arpentage.
On les forme au chant de l’Église ; on les instruit surtout de la doctrine chrétienne, dont il faut qu’ils aient une connaissance approfondie, étant eux-mêmes destinés à en donner des leçons aux autres. Afin de rendre leurs fonctions plus faciles, on les forme à toutes les vertus de l’état religieux, principalement à la douceur , à la patience et au détachement. Après un laps de temps suffisant et les épreuves convenables, il sont admis à faire des vœux pour un temps limité, conformément à ce qui est prescrit par les lois du royaume. La maison centrale , ou séminaire de la congrégation (que M. de Chabons fixa à Saint-Fuscicn , près Amiens), est composée d’un supérieur, de deux assistants, de deux visiteurs ou inspecteurs, et d’un procureur ou économe. Le supérieur est en même temps maître des novices , les assistants sont chargés de leur instruction ; les visiteurs ont l’inspection des écoles. En général, le régime de la congrégation est calqué sur celui des Écoles chrétiennes , dont on suit aussi la méthode pour le mode d’enseignement. Les sujets une fois formés sont , sur la demande des autorités locales, envoyés principalement dans les campagnes.
• Ils peuvent être placés un à un, ou plusieurs ensemble, selon l’imporlancede la paroisse; l’économe général s’entend avec les autori-
FORMÉES EN FRANCE DEPUIS LE DIX -SEPTIÈME SIÈCLE
lés locales à l’effet de pourvoir à leur entretien cl à leur modeste ameublement; ils ne peuvent jamais traiter par eux-mêmes avec les communes dans lesquelles ils sont envoyés. Les Frères , pour être admis dans la congrégation , doivent avoir une naissance honnête, une réputation intacte, un extérieur décent, un esprit droit, du goût pour l’enseignement, de l'aptitude pour le chant
et les cérémonies de l’Église, et surtout une piété solide; l’âge d’admission est de dixhuit à vingt-cinq ans; le costume est une redingote brune.
Ces Frères de Saint-Joseph ont eu jusqu’ici , et depuis leur érection, pour supérieur , M. Lardcur, laïque aussi pieux qu’éclairé, que la postérité chrétienne rangera parmi les bienfaiteurs de l’humanité.