‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 81 sur 113 · FILLES I)E LA PROVIDENCE ET DE L’UNION- CHRÉTIEN NE · texte numérisé non relu

FILLES I)E LA PROVIDENCE ET DE L’UNION- CHRÉTIEN NE

Marie Lumague (liS99-l6l>7) était la seconde de onze enfants, dans une famille ou la piété était héréditaire. Scs saintes dispositions la préparaient à la vocation religieuse ; mais ses parents lui firent épouser, en 1617,Erançoisde Pollalion, gentilhomme de la maison de Louis XIII. La naissance d’une fille, digne héritière des vertus de sa mère, montrait que Dieu avait béni ce mariage formé sous scs auspices ; mais la mort de M. de Pollalion, que le roi avait nommé son résident à Raguse , vint soumettre sa veuve à une épreuve douloureuse. Elle renonça à contracter de nouveaux liens, prit l'habit du tiers-ordre de Saint-Dominique, se livra tout entière à la piété. La duchesse d’Orléans, première femme de Gaston, la nomma gouvernante de ses enfants; madame de Pollalion était bien pour la cour un modèle d'édification ; mais les dangers de ce séjour l’engagèrent bientôt à la quitter pour se consacrer exclusivement q l’éducation de sa fille, qu'elle maria en 1639 à Claude Châtelain , maître d’hôtel du roi.

Lorsqu’elle cul quitté la cour, madame de Pollalion n’appartint plus au monde :

elle fut la servante des pauvres, la consolatrice des affligés, et surtout l’instrument de la conversion des filles pécheresses, car les œuvres les plus pénibles, les plus abandonnées , étaient celles qu’elle recherchait avec amour. On la vit , associée à l’apostolat de saint Vincent de Paul , échauffer de son zèle scs assemblées de charité, ou aller dans les campagnes en catéchiser les habitants. Néanmoins , le soin des filles repenties souriait toujours à l’âme compatissante de madame de Pollalion ; par le conseil de saint Vincent de Paul, elle ouvrit un asile aux femmes qui voudraient se retirer du désordre, et cet établissement remonte à 1630. Le nombre des sœurs chargées d'instruire et d’élever les jeunes filles qu'on y avait recueillies, fut fixé à trente-trois , mais la fondatrice n’en trouva que deux propres à remplir cette mission; bientôt cependant d’autres maîtresses vinrent se joindre «à celle-là, et peupler le séminaire de

CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES , ETC

la Proridence : c’cst le nom de la maison , d’abord établie à Fontenay près Paris, puis à ('baronne. On y voyait de jeunes personnes qui avaient renoncé à l’éclat du plus haut rang, aux jouissances de la plus belle fortune, pour se consacrer au soin des filles repenties, et par exemple, Renée de Grammont, parente de la duchesse douairière de Lorraine, Anne deCroze, Catherine Maréchal , etc. Saint Vincent de Paul allait souvent les visiter à Charonne ; nommé supérieur de la maison, il la üt autoriser par des lettres patentes en 1643 , et l’archevêque de Paris l'érigea en communauté séculière.

Le saint trouva dans les filles de la Providence des dispositions si heureuses, qu’il conçut le projet d’en faire sortir , comme d’une congrégation-mère, une congrégation nouvelle de filles et de femmes pieuses qui se voueraient tout à fait au service de Dieu et à l’instruction du prochain, et qui, dans celte vue , se porteraient partout où on jugerait à propos de les envoyer. Il choisit , parmi les filles de la Providence, sept sujets auxquels il devait remettre la conduite des maisons qu’il établirait; celte congrégation, qui date de 1647 , fut appelée de l'Union- Chré tienne, pour marquer l'union que les lillcs devaient garder avec Jésus-Christ et entre clics; scs membres firent unactcd’associalion par lequel elles promettaient de travailler au salut des âmes. Mademoiselle de Grammont, sous le nom de Renée Desbordes, Anne de Crozc , etc. , furent choisies des premières pour donner naissance à ce précieux établissement, dont les maisons avaient surtout pour objet de recevoir les

protestantes nouvellement converties , ou qui désiraient se convertir, d’où leur vinrent les différents noms de Propagation de la Foi et de Nouvelles- Catholiques. Nous ajouterons tout de suite que si , dans la première institution , les filles de l’Union- Chréticnuc faisaient partie du séminaire de la Providence, elles en furent dans la suite séparées par l'abbé le Vachet , qui avait contribué à l’un et à l’autre établissement. Par scs soins, le séminaire de l’Union- Chrétiennc prit , en 1661, naissance à Charonne, où la sœur Anne de Crozc avait une maison qu’elle donna à la communauté. I.c Vachet dressa des constitutions, qui furent approuvées par lettres patentes de 1673,; six ans plus tard, les filles de l'Union-Chrétienue furent transférées de Charonne à l’hôtel Saint-Chaumont, près de la porte Saint- Denis. Plusieurs paroisses de la capitale et beaucoup de provinces possédèrent bientôt de leurs maisons.

Revenons à madame de Pollaiion. Enî63 I, Anne d’Autriche lui fit don de l'ancien hôpital, dit de la Santé, rue de l’Arbalète, dont elle prit possession l’année suivante en qualité de supérieure ; dès lors, le séminaire de la Providence acquit plus de stabilité , et forma d'autres établissements en province.

Saint Vincent de Paul dressa pour ces filles des règlements qui furent approuvés par l'autorité ecclésiastique, et revus depuis par l'abbé le Pilcur, supérieur de leur congrégation avant de devenir évêque de Saiules.

Mademoiselle le Pilcur, de son côté, succéda comme supérieure à madame de Pollaiion, lorsque la mort fut venue la récompenser de scs travaux.

Page 1