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FILLES DE LA CHARITÉ

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L'admirable institut des Filles de la Charité est dû aux efforts réunis de saint Vincent de Paul et de Louise de Mariilac, dame le Gras , tille d’un conseiller au parlement de Paris, et nièce du garde des sceaux.

Louise de Mariiiac (1391- 1660) avait reçu une éducation si chrétienne, qu’elle voulut d’abord se retirer du monde pour entrcrchez les Capucines; son confesseur l’en dissuada, en l’assurant que Dieu avait d’autres vues sur elle. Restée orpheline, elle épousa, l’an 1613, Antoine le Gras, secrétaire des commandements de la reine Marie de Médicis ; mais ce nouvel état n’altéra point ses saintes dispositions; même assiduité aux exercices religieux, même empressement pour les œuvres de miséricorde, prélude touchant à ces charitables fonctions qui absorbèrent ensuite son existence ! Placée sous la conduite de Camus, évêque de Rcllcy , elle avait encore le bonheur de connatlrc saint François

de Sales , qu’elle reçut meme chez elle pendant le dernier séjour qu’il fit à Paris ; aussi avançait-elle dans les voies do la perfection.

Antoine le Gras lui fut enlevé en 1628; frappée de ce coup , qui la laissait veuve avec un fils (depuis conseiller à la cour des monnaies), elle demanda à la religion des consolations nouvelles, et l’évêque de Bellcy voulut qu'elle se plaçât sous la direction de saint Vincent de Paul, rapprochant ainsi deux âmes si bien faites pour s’entendre , mettant ainsi le zèle le plus actif et la prudence la plus délicate à la disposition de la plus industrieuse charité. L'humanité n'eut qu’à s'applaudir de cette résolution.

On a vu . page 279, que Vincent de' Paul avait établi , en plusieurs lieux, des confréries de charité pour l’assistance des pauvres, et qu’il ne manquait guère, dans le cours de ses missions, de former de ces associations si propres à soutenir la piété par l’exercice des bonnes oeuvres. Madame le Gras , suivant ses conseils avec une pleine docilité, commença, l’an 1629 , à visiter ces confréries ; accompagnée d’autres dames pieuses, elle parcourut plusieurs diocèses autour de Paris, stimulant les membres des con-

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frérics par ses exhortations, leur apprenant à servir les malades, leur distribuant du linge cl des médicaments, leur laissant des aumônes pour les besoins imprévus, faisant le catéchisme aux filles des différentes paroisses, imitant, en un mot, ces veuves chrétiennes des premiers siècles de l’Église, qui contribuèrent tant, parleurs leçons et leurs exemples, à propager la religion. A Paris même , des confréries se formaient par ses soins, et les dames les plus illustres se faisaient gloire d’y entrer, témoin celles de Saint -Sulpice, de Saint-Benoît, de Saint- Nicolas-du-Chardonnet. Mais, quelque zèle que montrassent ces «lames, saint Vincent de Paul jugea qu’il était difficile qu’elles rendissent aux malades, par elles-mêmes et sans interruption, les services qu’ils réclamaient; d’un autre côté, craignant de ne pas rencontrer dans des mercenaires l’adresse, le zèle et l’affection nécessaires, il songea à faire assister ces daines, non point par des domestiques, mais par des filles pieuses qui se chargeraient des détails les plus pénibles, (l’est à peu près le dessein qu’avait eu saint François de Sales, en commençant l'ordre de la Visitation, et auquel on l’avait fait renoncer, en lui représentant qu’une communauté de filles répandues au dehors conserveraient mal l’esprit de piété.

Saint Vincent, au contraire, sachant qu'il y avait dans les campagnes beaucoup de jeunes personnes qui, sans avoir d'attrait pour le mariage, n'en avaient pas non plus |»our le cloître, les crut propres à l’exercice des œuvres extérieures de charité. Par son zèle, s’éleva alors une institution, qu'on a imitée dans presque toutes les provinces, tant son but est noble et utile. Saint Vincent engagea madame le Gras à réunir chez elle quelques lilles vertueuses dont elle serait la supérieure, et qui, formées en communauté sous sa conduite , s’exciteraient mutuellement aux œuvres de miséricorde: c’est ainsi

que la congrégation des Sœurs de la Charité prit naissance en 1633. Le chef-lieu de l’institut fut d’abord établi dans le village de la Chapelle près Paris; en 1641, il fut transféré dans la capitale, madame le Gras ayant loué à cet effet une maison voisine dcSaintï.azare, qui fut ensuite achetée par les libéralités de la présidente Goussault.

Si nous entreprenions de faire ressortir tous les bienfaits dont cette congrégation fut la source dès son origine, mille traits se placeraient sous notre plume, et provoqueraient l’admiration et l'attendrissement du lecteur. Que dire des soins que les filles de la Charité prcnaientdcs forçais ? Que dire, surtout, de leur maternelle sollicitude pour ces enfants trouvés dont Vincent de Paul leur fit confier le sort? Infortunés, leurs mères, selon la nature, disait leur saint patron, les avaient abandonnés; mais ils retrouvaient dans les sœurs des mères selon la grâce. Aujourd'hui, hélas! leur retirerait-on ce dernier appui? En 1670, le nombre des enfants

exposés était de trois cent douze ; il s’élève de huit à neuf mille maintenant; la progression dans le nombre des victimes ne permet pas, ce semble, qu’on restreigne celui de leurs protectrices; et c’est là , pourtant, que tendent les imprudents ennemis des congrégations religieuses. Les prisons, les paroisses, les hôpitaux de Paris élaientouverts aux Sœurs de la Charité ; elles allaient porter des secours en Picardie et en Champagne, en proie à des calamités publiques; elles s’établissaient à Angers, à Nantes, à Calais, à Ktampcs, etc. , dans le royaume; et au dehors, en Pologne, sur les instances de la reine Marie - Louise de Gonzague, qui avait connu madame IcGrasà Paris. Pour suflireà toutes les demandes, la congrégation s’accroissait chaque jour d'un concours île filles de toutes les conditions, qui aspiraient à l'honneur de ce touchant ministère. I/archevéque de Paris la seconda de son approbation en 1633;

FORMÉES EN FRANCE DEPUIS LE DIX -SEPTIÈME SIÈCLE

ses membres, sous le titre de Servantes des Pauvres, furent soumis à la direction du supérieur des prêtres de la mission , et à la dépendance de l’ordinaire : les lettres patentes du roi datent de 1688. Saint Vincent rédigea les statuts, et continua madame le Gras, malgrésa résistance, dans les fonctions de supérieure générale. La pieuse veuve ne les conserva pas longtemps ; le 13 mars 1660, elle alla recevoir au Ciel le prix de scs bonnes œuvres.

Les précieuses qualités de madame le Grasavaienl contribué aux premiers progrès de l'institut; après sa mort, ils allèrent toujours croissant. La congrégation comptait, dans le siècle dernier, quatre cent vingt-six établissements ( dont trente-cinq à Paris ), hôpitaux ou écoles gratuites, car les sœurs se livrent à l’instruction des pauvres aussi bien qu’au soin des hôpitaux et à la visite des malades à domicile. Leur supérieure générale, au commencement d’une révolution qui les a cruellement punies de leurs bienfaits , était la mère Dcleau (1727 - 1803) , qui passa cinquante-sept ans de sa vie au service des pauvres. Élue dans cette place au commencement de nos troubles, elle eut plus d’une occasion de signaler celte force d’âme et cette présence d’esprit qui formaient son caractère. Sa vie fut en danger plus d’une fois ; mais son courage et son attachement à la congrégation la déterminèrent à ne quitter que la dernière: forcée à cette séparation, clic consola scs fdles par scs avis durant la persécution , et encouragea sans cesse celles qui étaient auprès des malheureux à ne pas les abandonner, jusqu’à ce qu’elles y fussent absolument contraintes. C'est à son zèle que plusieurs hospices ont du leur conservation, et au milieu même des plus grandes tempêtes révolutionnaires, elle sollicita de nouveaux établissements. A peine le calme commençait à renaître, qu’elle procura des sœurs dans plusieurs villes . et qu’elle se rendit à

Paris pour être à portée de correspondre avec elles. Mais, sentant que, si on ne faisait point d’élèves, toutes les espérances seraient évanouies , elle obtint dans ce but une maison que lui loua une dame respectable.

Peu après, le ministre Chaptal seconda son zèle en lui assignant une maison nouvelle, rue du Vieux -Colombier, avec une somme annuelle de douze mille francs pour les frais de l'établissement, et le gouvernement dut payer une somme de trois cents francs pour chacune des élèves dont les parents seraient reconnus dans un état d'indigence absolue.

Plus de deux cent cinquante maisons se rouvrirent en vertu de cet arrêté , dont les considérants sont fort remarquables.

Les secours nécessaires aux malades, dit le ministre, ne peuvent être assidûment administrés que par des personnes vouées , par état, au service des hospices, cl dirigées par l’enthousiasme de la charité. Quel plus bel hommage pouvait être rendu à la religion !

Quel aveu plus solennel et plus authentique qu’on ne peut rien sans son appui, et qu’il faudra toujours y recourir par la nécessité, si ce n’est par le devoir ! Dequcllc source, en effet, peut descendre l'enthousiasme de la charité, que de celui qui est tout charité et la charité même ? L’cnlousiasmc du génie fait les poètes et les orateurs ; l'enthousiasme de la gloire fait ces brillants dévastateurs qu'on appelle conquérants; l'enthousiasme de la charité fait les Filles de saint Vincent de Paul. Mais que disons- nous? Est -ce donc par enthousiasme qu'on descend dans les prisons et qu’on se voue, par état, à respirer l’air infect des hôpitaux? Est-ce par enthousiasme que l’on va auprèà des malades, que l’on change la paille humide qui leur sert de lit, cl que l’on panse leurs plaies dégoûtantes !

L’enthousiasme n’a que des accès , des éclairs et des saillies; la charité des Filles de Vincent est de tous les moments; c’est le sacrifice du matin et du soir; c’est le travail

CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES I)E FEMMES, ETC

ou le bonheur de toute leur vie. L’enthousiasme peut faire des actions d’éclat, il cherche le grand jour , il s’échauffe au bruit des trompettes; la charité des filles de Vincent fait le bien obscur, le bien qui n’est qu’obscur, le bien que l’on oublie et souvent même que l’on méconnaît. Ce n’est donc point par l’enthousiasme que les Sœurs de la Charité sont dirigées, mais par principe, par sentiment, par état ; et voilà ce qui fait la sublimité , la perfection et la constance inaltérable de leur dévouement *.

Parmi tous les hospices, ajoute le ministre , ceux-là sont administrés avec plus de soins, d'intelligence et d'économie , qui ont rappelé dans leur sein les anciens élères de cette sublime institution, dont le seul but était de former à la pratique de tous les actes d'une charité sans bornes. Jamais en effet on ne fit tant de bien à moins de frais ; jamais on ne réunit plusde tempérance avec plus de travail , plus de sobriété avec plus d’activité. Eh! comment les élèves de cette institution sublime ne mettraient-elles pas dans les hôpitaux la môme économie qu’elles ont pour elles, la môme délicatesse qu’elles tirent de leurs pieux scrupules , et le meme ordre qu’elles mettent dans leur conscience ? Mais ce que le ministre n’a pas jugé prudent peut-être de faire remarquer, c’est l’état de solitude et d’abandon, de délabrement et de dévastation où se trouvent les hospices qui sont administrés par la régie philosophique : c’est le brigandage qui s’y exerce , les vols sacrilèges qui s’v font du patrimoine des indigents , et les barbares spéculations d’une cupidité sans bornes. qui fait ainsi sortir des sources mômes destinées à secourir les malheureux, la cruauté épouvantable qui les dépouille ou qui les tue; et cela devait être. Quelles attentions secourables et quels soins assidus, quelle

1 Annales philosophiques, t. III, p. 51.

vertu compatissante etquelle probité sévère pouvait- on donc attendre de ces valets intéressés, de ces infirmiers mercenaires qui ne connaissent, pour la plupart, de Dieu que la nature; de ces élèves des nouvelles écoles auxquels on a appris que la santé du corps fait toute la vertu ; qu’il faut, par conséquent , se garantir comme d’un mal de l'enthousiasme du bien , et qu’une charité sans bornes, qui peut exposer la santé, est donc une véritable folie et un sacrifice de dupe. Car , voilà la morale du jour. Cruels sophistes ! vous aviez donc cru que vos citoyennes athées et vos tricoteuses de clubs remplaceraient ces filles magnanimes de Vincent , et qu'elles feraient, pour les beaux yeux de la nation , ce que font celles-ci pour plaire uniquement au Père des miséricordes! Ah! rendez- nous nos bonnes Sœurs, nos Hospitalières par état, et reprenez vos servantes à gages et vos infirmières par métier; rouvrez -nous nos Hôtels - Dieu , où s’exercait une charité sans bornes comme celui qui en est le motif et tout ensemble la récompense; et fermez -nous vos hospices d'humanité, de cette humanité de mots, aussi dure et aussi insensible que la pierre elle-même sur laquelle vous l’avez gravée 3 .

La maison chef-lieu a été transférée de la rue du Vieux-Colombier dans la rue du Bac , n° 132; plusde trois cents autres maisons , renfermant environ deux mille cinq cents filles , en dépendent aujourd’hui. Le gouvernement accorde à la congrégation un secours annuel de vingt-cinq mille francs , pour l’aider à admettre un plus grand nombre de novices, et à satisfaire aux demandes des hôpitaux.

La Mère Amblard est, en ce moment , supérieure générale des Filles de la Charité, sous la direction du supérieur général des Lazaristes.

* Annales philosophiques, t. III, )>. 53.

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