FILLES DE SAINTE-GENEVIÈVE
Les œuvres de miséricorde, tant spirituelles que corporelles, étaient exercées avec une si active sollicitude sous l’impulsion des saints personnages qui ont marqué le dixseptième siècle , qu’on voyait s’élever partout des congrégations rivales; chaque année de ce beau siècle est signalée par une et quelquefois par plusieurs de ces utiles fondations. Françoise de Blossel institua celle des Filles de Sainte-Geneviève sur la paroisse de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris. Celte vertueuse demoiselle, originaire du Nivernais, s’était vouée au soin des pauvres et des malades de la paroisse et à l’instruction des jeunes filles ; réunie à des personnes animées du même esprit , elle avait formé, en 1636, une communauté qui se plaça sous l’invocation de la Vierge de Nanterre, et dont les écoles très - fréquentées rendaient les plus grands services à la paroisse. La mort de la fondatrice, arrivée en 1642, n'ébranla point rétablissement; ses Filles résolurent même, en 1630, de contracter un engagement irrévocable. Leur
dessein eut l’approbation de Rourdoisc; il leur traça des règles; l’ordinaire les érigea en communauté, l’an 1638, et «les lettres patentes leur furent accordées trois ans après. Elles ne se bornaient point à l’instruction gratuite : leur maison était un séminaire où l’on formait des maîtresses d’école pour les campagnes ; du reste , elles assistaient les pauvres, distribuaient des remèdes, faisaient des instructions et des lectures aux personnes de leur sexe.
I)c son côté, Marie Bonneau (1629-1696), dame de Miramion , avait établi , en 1661, sur la paroisse Saint -Paul, une communauté semblable, appelée la Sainte- Famille.
Restée veuve à seize ans, madame de Miramion refusa les plus brillants partis pour s'occuper uuiquement de bonnes œuvres ; sa vie est un enchaînement d’actions admirables, où éclatent à la fois le désintéressement , la charité et l'amour de Jésus- Christ, dont elle soulageait les membres souffrants. On la voyait à l’Hôtel -Dieu assister les malades ; dans des maisons qu'elle
CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES , ETC
avail fondées , élever des orphelins, et rappeler à la vertu des femmes débauchées ; chez les grands et les riches, solliciter des aumônes auxquelles elle joignait généreusement sa propre fortune; aux lieux où se déclarait une maladie contagieuse, pour y porter des secours, au péril de sa vie ; en un mot, on la voyait, comme la femme forte de l’Écriture, remplir les devoirsquelui imposait sa foi avec autant de joie et de dévouement que d'exactitude. On ne s’étonnera pas que madame de Miramion , qui espérait de grands fruits de cette réunion , ait désiré confondre la Sainte- Famille avec les Filles (le Sainte-Geneviève; trop modeste d’ailleurs pour tenir au nom de fondatrice, elle voulut que ce dernier nom restât aux communautés réunies; mais les bienfaits de la nouvelle institution lui firent donner par reconnaissance celui de Datncs Miramioncs. Leur pieuse protectrice les soutint de son crédit et de sa fortune ; elle leur acheta une maison sur le quai dcsTournclles,ctelle alla y résider. L’institut augmenté fut approuvé de nouveau par l’archevêque de Paris, en 166îî.
Les Sœurs de Sainte-Geneviève ne prononçaient pas de vœux. Elles sc répandirent en plusieurs lieux, formèrent elles-mêmes des
établissements pour l'instruction des jeunes filles et le soulagement des malheureux , ou bien s’unirent à d’autres associations.
De cette manière, madame de Miramion éleva plus de cent écoles différentes.
Hélas ! ces Filles Miramioncs, fondées par une des plus pieuses coadjutriccs de saint Vincent de Paul, burent jusqu’à la lie du calice d’amertume, à l’époque de 89. On sc rappelle avec quelle scandaleuse violence elles furent chassées de l’asile où elles exerçaient une si vaste et si gratuite miséricorde, non sous le règne de la terreur, non sous le sceptre et la hache de Robespierre , mais au commencement de la révolution , dans les beaux jours de la philosophie, laquelle, pour l’honneur des principes, les fit impudemment fustiger. On n’oubliera pas que ce furent les pauvres mêmes, dont elles avaient été les mères et les servantes , qui sc chargèrent de cette philosophique fonction, et qui, les verges à la main, les conduisirent à la messe des nouveaux intrus.
Mais le souvenir de ces fureurs honteuses n’existe plus pour elles, et on les voit sc dévouer encore, convaincues que leur vraie gloire est de faire des heureux après avoir fait des ingrats.