‹ Histoire des ordres religieuxChapitre 85 sur 113 · CONGRÉGATION DE NOTRE- DAME - DE - LA - CH ARITÉ · texte numérisé non relu

CONGRÉGATION DE NOTRE- DAME - DE - LA - CH ARITÉ

Le Père Eudes avait formé, dès 1641 , le projet de recueillir des femmes d’une conduite déréglée , qui témoigneraient le désir de changer de vie, et, secondé par une femme du peuple , mais pleine de sens et de zèle, Madelainc Lamy, il réunit plusieurs filles à Caen, dans une maison près la Porlc- Milet. Elles y entrèrent le 2Ü novembre 1641 , et le Père Eudes fut établi leur supérieur; il les visitait souvent, leur donna des règles, et ce fut là l'origine de la congrégation de A otre - Dame - de -la- Charité , qui , outre l’instruction des jeunes personnes , avait encore pour but le salut des personnes déréglées qui voulaient revenir à Dieu. MM. de Dernières etdc Camilly favorisèrent cet établissement. On obtint des lettres patentes en 1642. Deux ans après, une pieuse fille de la Visitation , Marguerite Patin , fut chargée de diriger la maison. Les premières novices qui se présentèrent furent Mlle, de Taillefer, Marie Herson, nièce du Père Eudes, madame de Boisdavidet sa fille, les sœurs de Couvillc, Pierres, Leblond, Ma-

ducl , Deschamps , etc. M. le Roux de Langrie, président au parlement de Rouen, se déclara fondateur de In maison , et donna dix mille livres; de In Ronessièrcs, associé du Père Eudes, en ajouta quatre mille, et Édouard Molé, évêque de Baveux, malgré ses préventions contre les Eudistes , autorisa rétablissement le 8 février 1651 . Deux religieux , alors célèbres, l’abbé de Rancé et l'abbé Georges, réformateurs des abbayes de la Trappe et duVal-Richcr , sollicitèrent en sa faveur l’approbation du pape ; elle fut solennellement accordée par une bulle d’Alexandre VII, du 2 janvier 1666, qui plaça la congrégation sous la règle de saint Augustin. Les Sœurs firent leurs vœux le jour de l’Ascension de cette année. Peu après mourut la Mère Patin , à l’.àge de soixantehuit ans, dont elle avait passé vingt à former les Sœurs à l’esprit de leur étal; elle fut remplacée par la Sœur Pierres, dite Marie du Saint- Sacrement. Dès 1660 était morte madame de Boisdavid, née Soulcbicn, veuve d’un capitaine aux gardes fran-

CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES, ETC

çaises, cl religieuse sous le nom de l’Enfant- Jésus , qui expira en odeur de sainteté.

La congrégation fit des établissements à Rennes, en 1674; à Guingainp, en 1678; à Vannes, en 1683. Elle a survécu à la révolution, et s’est meme étendue; car, dès 1814, elle comptait en France onze maisons 1 ; mais, de toutes, la plus importante est celle de Paris, située rue Saint-Jacques, dans le vaste local des Dames de la Visitation. Elles l’ont acquis et fait réparer à leur charge , lorsqu’il allait être vendu par les troisièmes acquéreurs nationaux , et changé vraisemblablement en manufacture , sur le refus d’acheter, plusieurs fois réitéré, des Dames de la Visitation , auxquelles les religieuses (dites , à Paris , Dames de Saint- Michel) l’avaient offert au prix qu’ellesachctèrent elles -mêmes. Celte maison de Paris renferme trois classes de pénitentes, un pensionnat de jeunes personnes, et plusieurs dames veuves ou demoiselles externes qui y trouvent un logement et la table.

Toutes les classes diverses de personnes ou d’élèves, réunies à Saint-Michel, sont séparées de la communauté des religieuses , et n’ont d'ailleurs aucune communication entre elles , ayant chacune leur chœur ou tribune , leur salle de travail ou leur appartement, leur dortoir ou leur chambre, leur réfectoire, leur cour ou jardin.

La première classe de pénitentes est celle des femmes ou filles qui sont amenées par ordre de la police ou des tribunaux , à la réquisition des parents. La deuxième est celle des jeunes personnes au-dessus de quinze ans, qui se présentent volontairement, soit d’elles -mêmes, soit amenées par leurs parents, leurs protecteurs ou protectrices. La troisième classe est celle des jeunes personnes au-dessous de quinze ans,

1 Celles de Caen, de Paris, de Nantes, de Rennes, de Lyon , de Saint -Brieux , de la Ro-

dont il importe de changer les mœurs ou les défauts notables de caractère. Les Dames de Saint-Michel sont les mères de ces pénitentes; elles obtiennent bientôt toute leur confiance; leurs soins , à leur égard , sont continus. Le règlement pour ces pénitentes, ne laisse rien à désirer. Leur travail est celui de l’aiguille, de la broderie, suivant le talent des personnes , et les commandes faites du dehors. Les pénitentes n’ont pas le temps de vaquer à leurs propres réflexions, ou du moins elles sont éloignées de tout vain retour sur elles-mêmes par la suite des exercices de la journée. Le travail , dans les classes , est tellement assidu, la variété des exercices si sagement ordonnée, que les pénitentes sont toujours occupées, toujours distraites de la pensée du mal , toujours rappelées à la pensée du bien. La prière suit le réveil ; puis la méditation du matin , la messe, le commencement du travail , le déjeuner, la reprise du travail , pendant lequel se font de pieuses lectures. Il nese passe pas d’heure que l'uniformité de cette occupation ne soit interrompue ; tantôt c’est le chant des hymnes et des cantiques , où toutes les voix se confondent pour louer le Seigneur et les ineffables attraits de la vertu , pour célébrer la joie du Ciel à la conversion du pécheur, et les désirsd’un saint repentir; tantôt ce sont les prières vocales qui succèdent aux chants, et , après ces prières , les instructions religieuses et cellesdu catéchisme. Tous les secours de la religion sont prodigués à ces pénitentes, et il en est peu qui sortent de la maison, au bout de deux ans de séjour , sans avoir pris les habitudes d’une vie occupée, sans devenir un sujet d’édification pour leurs familles et pour le monde. S’il en est qui tombent dans de nouveaux écarts.

chellc, de Vannes, de Guingamp, de Tours et de Versailles.

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un prompt repentir les ramène souvent à la maison de Saint-Michel, qui leur rouvre scs portes. Il arrive aussi que plusieurs, ayant une fois goûté cette vie religieuse, supplient en grâce qu’on ne les en éloigne plus , et désirent s’y consacrer sans retour.

Le pensionnat des Dames de Saint-Michel est tenu comme celui des autres religieuses. Elles inspircntàleursélèves l’amour d’une vip solidement chrétienne, simple, modeste, laborieuse.

Le quartier de leur maison qu’elles consacrent aux darnes externes, facilite l'heureux moyen, aux dames ou demoiselles qui n’ont pas une grande fortune , et qui veulent vivre dans la retraite, sans être toutefois séparées entièrement du monde, d’avoir à peu de frais un logement qui les rapproche de la vie religieuse, sans leur en imposer les devoirs, et qui leur procure tous les avantages de la solitude , sans les bannir néanmoins de la société, puisqu’elles sont au dehors du monastère, qui leur fait porter leur nourriture dans leurs appartements respectifs , par le ministère des tourières.

Tels sont les services que les Dames de

Saint-Michel rendent en ce moment à la religion, aux mœurs, à la société.

Dès 1814, elles ont offert leurs services au gouvernement, pour améliorer l’état des femmes recluses, qui est généralement déplorable sous le rapport religieux , moral et social. Le ministère de l'aumônier, d’ailleurs mal secondé par les règlements , est tout à fait insuflisant dans les maisons d’arrêt ; il est donc à désirer que les religieuses suppléent à cette insuffisance. Si les prisons leur étaient conliées , on en verrait bientôt disparaître quatre abus criants : 1° le mélange de toutes ces femmes , sans distinction ni d’âge, ni de crimes: 2° l’absence d’instructions et de prières publiques dans le cours des journées; 3° l’immoralité profonde qui est le résultat de ces deux premières circonstances ; 4° le défaut absolu de ressources où se trouve la recluse , arrivée au terme de sa détention, quand le geôlier lui ouvre les portes , dénùment qui la fait trop souvent retomber dans les memes délits.

L'établissement des Dames du Refuge reçoit du gouvernement un secours annuel de quinze cents francs.

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