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DAMES DE SAINT- MAUR

Nous avons eu occasion de dire, à la p. 306, que le Père Barré, minime, établit des écoles de charité pour les filles. La première institution de ce genre eut lieu à Rouen, Fan 1666, par les libéralités de madame de ' Maillefer, dont nous avons également parlé à la page 307 ; la seconde s’établit à Paris, Fan 1667, sur la paroisse de Saint -Jeancn- Grève. Barré, dans la formation de ces écoles , fut particulièrement secondé par la Sœur Lcstocq , qui commença sa mission d’institutrice au village de Sotteville; des filles pieuses se réunirent à elle, et Rouen devint ensuite le théâtre de leurs travaux.

L’an 1678, Barré ayant entrepris d’ériger des séminaires où l’on formerait séparément des maîtres et des maîtresses d’école pour les campagnes, l’œuvre pour les maîtresses le dédommagea par sou succès du déplaisir qu’il eut à voir manquer l’œuvre pour les maîtres. Elle prit une forme régulière en 1681 , sons le titre d’Écoles chrétiennes et charitables du Saint-Enfant-Jésus, et scs statuts ne tardèrent pas â être imprimés.

I)e la paroisse de Saint-Jean-en-Grève, l’école, d’abord établie à Paris, fut transportée sur la paroisse Saint-Sulpicc, où les Sœurs en ouvrirent huit successivement pour subvenir aux besoins de ce quartier si peuplé.

Le noviciat et le chef-lieu de l’institut furent fixés dans la maison actuelle, rue Saint- Maur.

Cette congrégation a pour fin l’éducation des jeunes personnes , l’instruction des pauvres filles, l’exercice des œuvres de miséricorde , la propagation de la foi chrétienne dans les familles. Se proposant une telle fin, elle dut réussir. L’institut fit des progrès très -rapides sous Louis XIV ; madame de Maintenon prit douze Sœurs dans son sein pour commencer la maison royale de Saint- Cyr, consacrée à l’éducation de deux cents demoiselles.

En 1776, les Dames de Saint -Maur furent chargées du pensionnat de Lévignac , au diocèse de Toulouse, établi sur le modèle de celui de Saint-Cyr. L’institut comptait environ cent maisons et six cents su-

CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES, ETC

jets en exercice à l’époque de 1789 ; la maison chef- lieu jouissait alors de vingt mille livres de rente. Mais nous ne devons pas omettre que la congrégation primitive s’était partagée en deux, dont l’une, sous le nom de Dames de Saint- Maur , s’était propagée principalement dans le Midi, et nous en avons donné pour exemple leur pensionnat de Lévignac; l’autre, dite de la Procidence , avait formé plusieurs maisons en Normandie et en Picardie. Mais, en 1791, les Dames de l'instruction charitable furent chassées de tous leurs établissements.

Depuis, quelques-unes d’entre elles ne s’étaient de nouveau réunies que pour élever de jeunes personnes, chacune dans les lieux où la révolution les avait jetées , et il n’existait plus à Paris qu’une faible réunion de trois de ces Dames, lorsqu’elles y furent rétablies, le 12 mars 1806. M. Jauffrct, depuis évêque de Metz , alors vicaire général de la grande aumônerie , avait sollicité et obtenu ce rétablissement. Les statuts sommaires de ces Dames furent approuvés, leur ancienne maison de la rue Saint-Maur leur fut rendue, le gouvernement acquitta les frais de réparation et de mobilier, et finit par doter la maison chef-lieu de cinq mille francs de rente. Madame de Fumel, supérieure générale, madame Boulard, première assistante et directrice du noviciat , ont été les colonnes de cette congrégation renaissante; elles avaient tout quitté pour venir à son secours. Mille obstacles, mille privations ne purent ébranler leur constance, récompensée enfin par le succès; car, dès

1814, le noviciat se composait de vingt-cinq aspirantes ou novices; vingt- cinq maisons étaient rétablies et peuplées de cent cinquante professes.

Ces Dames ne font pas de vœux ; elles ne se lient que par de simples promesses qui leur en tiennent lieu , tant elles y sont fidèles. Elles font deux années de noviciat, après lesquelles les professes sont envoyées dans les diverses maisons pour y remplir les fonctions dont leur supérieure générale les juge capables. Leur costume est celui que portaient les veuves et les demoiselles vivant dans la retraite sous Louis XIV. On n’exige point de dot pour entrer dans cette congrégation; il suffît que les aspirantes payent leur pension pendant les deux années de probation , cl fassent les frais de leur prise d’habit, de leur profession et de leur trousseau, ce qui n’excède pas mille écus. Ainsi, cet institut présente aux jeunes personnes bien nées, qui sont appelées à la vie religieuse, un asile heureux où elles peuvent servir à la fois Dieu, la religion et la société, dans l’état d'institutrices , et se sanctifier ellesmêmes en travaillant à l’instruction chrétienne de leurs élèves.

Les Dames de Saint-Maur reçoivent, comme nous l’avons dit, du gouvernement un secours annuel de cinq mille francs pour leur faciliter les moyens de trouver des novices sans dot, qui aillent dans les colonies, car elles se consacrent au service des malades à Cayenne et à la Guyane.

Madame Domergue est aujourd’hui supérieure générale de la congrégation.

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