FILLES DU BON -SAUVEUR, A CAEN
La maison du Bon -Sauveur, à Caen, fut fondée vers 1720 par Anne Leroy, pieuse demoiselle qui avait le dessein d'établir une communauté d’après le premier plan de saint François de Sales, lorsqu’il institua la Visitation, c’est-à-dire pour se livrer à différentes bonues œuvres. Anne Leroy, jeune cl riche , réunit quatre autres demoiselles de bonnes familles , de la même ville ; les noms de ces premières compagnes de la fondatrice méritent d’être recueillis; c’étaient mesdemoiselles le Couvreur de la Fontainp, de la Rivière, Loriot et Pennier. Anne Leroy les logea dans une maison qui lui appartenait à Vaucellcs, faubourg de Caen; M. de Luynes , évêque de Bayeux , et depuis cardinal , bénit leur chapelle. L’an 1734 , elles obtinrent du roi des lettres patentes, qui ne furent enregistrées au parlement de Rouen qu’en 1731 ; elles prirent la dénomination de Fille8du Bon-Sauveur, et soignaient les femmes malades.
Quoique la révolution se fit au nom de la philanthropie et de l'humanité, elle ne res-
pecta point cette utile et charitable institution. En 1793 , on s’empara d’une partie de la maison des Filles du Bon -Sauveur. On consentit d’abord à leur laisser le reste pour y continuer leurs soins à une vingtaine de femmes aliénées, qu'on ne savait où placer; mais, en 1793, on expulsa tout à fait les bonnes Sœurs, qui se retirèrent , avec leurs malades, à Mondevillc, près de Caen, où elles restèrent jusqu’en 1803. Dès 1792, quelques-unes d’entre elles avaient été forcées de se séparer de la communauté ; elles louèrent une maison près la place Saint-Sauveur, et s’y consacrèrent à l’éducation; en 1799, elles allèrent s’établir rue Saint-Martin. En 1804, la maison actuelle fut achetée; les Sœurs s’y établirent, et y appelèrent l'année suivante leurs Sœurs de Mondevillc, ainsi que les malades qu’elles soignaient. Leur réunion, qui eut lieu le 22 mai 1803 , fut pour elles un jour de fête; elles restaient seize de vingt-trois qu’elles étaient en 1791. Cette espèce de restauration est due en grande partie au zèle de l'abbé Jamet . di-
CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES, ETC
recteur eb aumônier du Bon -Sauveur dès 1790, qui avait suivi les religieuses rue Saint- Martin, et qui visitait celles de Mondeville. Ce respectable ecclésiastique devint depuis recteur de l’académie de Caen.
Par ses soins et son activité, la maison a pris successivement de grands accroissements. On commença, en 1817, à y instruire les sourds-muets. En 1818, on y reçut des hommes aliénés ; les femmes attaquées de la même maladie y étaient soignées depuis l’origine. Le terrain occupé par l’établissement est d’environ quinze arpents; on y a construit divers corps de logis qui permettent d’y embrasser différentes œuvres. L’établissement n’a point de revenus proprement dits; le prix des pensions , le revenu particulierde quelques dames de la maison, les dons de la charité , les secours de l’administration, beaucoup d’ordre et d’économie, voilà ce qui a pu faire face aux dépenses.
Dès 1823, il y avait cent vingt -cinq Filles, 9avoir soixante-quinze Dames professes, et cinquanteNovicesou postulantes. Leurrègle diffère peu de cellede la Visitation. Aucune bonne œuvre ne leur est étrangère ; c’est une congrégation tout à la fois enseignante et hospitalière; elles fournissent des maîtresses d’école pour la campagne, et vont soigner les malades dans les épidémies. Ainsi, en 1781, deux Sœurs, le Couvreur de la Fontaine et Piquenot, périrent victimes de leur zèle dans une épidémie qui désola le faubourg de Vaucclles. Ce quartier ayant été affligé d’une maladie en 1790, les Filles du Bon- Sauveur sc dévouèrent encore, et quatre d’entre elles y succombèrent : c’étaient les Sœurs Bulot, Fauvel, Fossy et Hastain.
■ Dans l’état actuel , la maison du Bon-Sauveur réunit quatre œuvres également précieuses.
1° Le plus grand de ses bâtiments est occupé par les aliénés. Il est partagé en deux parties , sans communication entre elles , l’une pour les hommes, l’autre pour les femmes. Ces infortunés y sont classés suivant leur genre de maladies; quelques-uns ont une petite maison et un jardin, d'autres un appartement complet. Des gardes-malades ne les quittent jamais ; les soins physiques et moraux leur sont prodigués ; on cherche à les distraire; en un mot, le traitement de ces malheureux annonce chez les Sœurs autant d’intelligence et de sagesse que de douceur et de charité; aussi sont-elles parvenues à guérir beaucoup de malades. A la fin de 1823, il y avait au Bon - Sauveur cent soixante-dix aliénés, dont cent femmes.
2° II y a aussi dans la maison une espèce de dispensaire, où l’on reçoit les malades et les blessés qui se présentent , et où on leur donne les premiers secours; deux Sœurs sont spécialement chargées de ce soin. Deux autres vont au dehors visiter les pauvres et leur porter des bouillons , des médicaments ou d’autres objets de première nécessité.
3° Le troisième établissement est destiné aux sourds- muets ; de cinquante à soixante élèvesqui s’y trouvent ordinairement, vingt sont admis gratuitement. L’abbé Jamet, leur instituteur , a exposé sa méthode particulière dans deux mémoires curieux ; l’instituteur principal est secondé par des répétiteurs , et par environ douze Sœurs. On apprend à ces sourds-muets des états ou des métiers, et quelques-uns restent dans la maison comme ouvriers.
4° Los Filles du Bon -Sauveur ont enfin un pensionnat très-bien tenu pour les jeunes personnes; une école gratuite pour plu9 de cent petites filles du quartier, et des dames qui se mettent en pension et qui ont des appartements séparés.