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SOEURS DE LA PROVIDENCE, EN LORRAINE

Il semblequc la Providence ait multiplié, dans ces derniers temps, les établissements d’instruction chrétienne et de charité, pour opposer une plus forte digueaux progrès de l’irréligion et de l’indifférence , qui étaient passés des villes dans les campagnes. L’institution des Sœurs de la Providence, créée par un saint missionnaire , en fournit un nouvel exemple.

M. Moye, jeune prêtre , vicaire de Saint- Victor àHetz, voyait avec peine l'ignorance des habitants de la campagne sur les vérités religieuses , qui sont la sanction de la morale publique. Il conçut le projet de l’affaiblir, en envoyant dans les villages de pieuses Filles qui se consacreraient à l’instruction de la jeunesse, cl qui donneraient au besoin des secours aux maladesindigcnts. Il en conféra avec M. Berlin , alors grand vicaire du diocèse , et commença , en 1762 , à réaliser son dessein. Quelques pieuses Filles allèrent ouvrir des écoles dans les environs de Metz; diverses préventions qu’on avait suscitées contre elles entravèrent d’abord les effets

de leurs soins ; mais elles triomphèrent des contradictions, et l’évêque de Metz, depuis cardinal de Montmorency, approuva ces établissements. Metz est donc leur berceau; c’est de cette ville que les Sœurs de la Providence se répandirent eu Lorraine.

L'abbé Moye , ayant été nommé vicaire à Dieuze, les y établit. Puis, M. de Mareil, évêque de Sion et grand prévôt, i’ayantappelé à Saint -Dié , en 1768 , pour commencer son séminaire, le jeune fondateur intéressa dans sa bonne œuvre M. Raulin, chanoine de Saint -Dié, M. Lacombe curé de Sirslal et de Hoff, et M. Galland, curé de Charmes. Ces dignes prêtres s’employèrent avec zèle à la propager. M. Lacombe établit un noviciat à Hautclocher, et M. Galland une maison d’instruction à Esseigney. Quant à M. Raulin, l'abbé Moye ayant quitté la Lorraine pour se vouer aux missions étrangères , il dirigea l'entreprise en son absence, heureux de faire servir son crédit et sa fortune à scs progrès.

M. Moye avait pu céder au goût qu’il

CONGRÉGATIONS RELIGIEUSES DE FEMMES

éprouvait depuis longtemps pour les missions , puisqu’il voyait son projet favorise par des hommes en état de le suivre. Il s’était donc rendu à Paris, d’où il était parti pour la Chine, à la fin de 1771. II parla à M. Gleye, son collègue, du bien que les Soeurs de la Providence avaient fait en Lorraine ; tous deux pcnsèrentqu’il ne serait pas impossible d’en établir en Chine. M. Pottier, évêque d’Agathopolis, et vicaire apostolique du Su-Tchuen, approuva leur projet, après quelques difficultés, et les missionnaires furent secondés, en plusieurs rencontres , par les soins des Filles à qui ils confièrent en divers lieux la direction des écoles. M. Moye, voulant donner plus de stabilité à cette institution, sollicita et obtint, vers 1776, un décret de la congrégation de la Propagande, qui approuvait l'association des Sœurs de la divine Providence, tant en Chine qu’en France, et leur prescrivait des règles : ce décret fut adressé à l’évêque d’Agathopolis.

La persécution , qui éclata peu après , contraignit les Sœursà se disperser; mais elles rendirent néanmoins des services inappréciables , et confirmèrent plusieurs dans la foi. L’évéque avait surtout accordé sa confiance à la Sœur Françoise Gin, qu’il chargea de former des sujets pour perpétuer l'œuvre.

M. Moye , forcé de quitter les missions à cause de ses infirmités , revint en France l’an 1782, et trouva cette sainte famille bien multipliée, grâce au zèle, aux démarches et aux sacrifices de M. Raulin. M. Moye entretenait des relations avec les Sœurs de la Chine, qu’il mettait en rapport avec celles de France; il fortifiait les unes et les autres par scs bons avis. A l’époque de la révolution , il s’expatria , emmenant avec lui plusieurs de ces Sœurs . qui donnèrent leurs soins aux émigrés malades et abandonnés.

Épuisé de travaux , il mourut à Trêves, le 6 mai 1791.

Si la révolution dispersa les Sœurs , elle ne put les faire renoncer à leur vocation , et ces pieuses Filles en reprirent tous les devoirs aussitôt que des temps moins orageux le leur permirent.

Des mains de M. Moye, la direction de l’institut avait passé entre celles de M. Raulin, après la mort duquel l’évêque de Nancy la confia à M. Feys. Depuis la restauration, une ordonnance royale, du 22 août 1816 , autorisa la congrégation. M. Feys , curé de Porlieux, près de Charmes, dans les Vosges, ne négligea rien pour y établir la maison chef- lieu, où non -seulement les novices seraient formées à la piété et à l’enseignement de la jeunesse, mais où les Sœurs âgées et infirmes trouveraient encore une retraite. La Lorraine comprenant une partie allemande et une partie française , la congrégation dut se composer en conséquence de deux divisions. Le noviciat de la partie allemande fut établi à Haulmartin, près Sarrebourg; et M. Deker, uni avec M. Feys dans les soins de l’institut , y dirigea les Sœurs. Le chef-lieu de la partie française est encore à Portieux , dans les Vosges ; mais celui de la partie allemande esta Saint-Jean-de-Basscl , dans la Meurthe. La congrégation ne se borne point au diocèse de Nancy; les cinq cents Filles environ qui la composent sont aussi répandues dans les diocèses voisins. C’est ainsi que les Sœurs de l’un et l’autre idiome tiennent des écoles dans plus de soixante communes de la Moselle: elles sont, d’ailleurs, disposées à aller partout où la Providence les appellera. Chaque année, ou tous les deux ans au moins, elles viennent au chef- lieu se renouveler dans l’esprit de leur vocation ; retrempées par une retraite de dix jours, elles retournent avec ardeur dans les lieux ou ceilc divine Providence les a placées. La charité ingénieuse des Sœurs leur gagne h* cœur des jeunes personnes , qu’elles éloi-

FORMÉES EN FRANCE DEPUIS LE DIX -SEPTIÈME SIÈCLE

gnent des compagnies dangereuses et qu’elles attachent à leurs devoirs. Bonnes et sages institutrices, elles sont également bénies des pasteurs et des parents , auxquels cllesépargnent bien des chagrins. Elles sont, en outre, obligées par état de porter des secours aux malades , de les soigner , et de

leur rappeler leurs devoirs de religion. Les familles chrétiennes, à qui elles rendent de tels services , les reconnaissent en concourant aux progrès d'une association dont la religion et les bonnes mœurs , la société et les particuliers réclament instamment le maintien, l’extension et la prospérité.

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