CHAPITRE ^I
KDS ÉVOQUES DK Gaii
A cdté d'excès moraux, fruit d'un sentiment mal réglé, et d'une exubérante production de légendes, filles de l'imagination orientale, il y avait heureusement l'épiscopat. C'était surtout dans les régions purement grecques de l'Église que cette belle institution florissait. Opposé à toutes les aberrations, classique en quelque sorte et moyen dans ses tendances, plus préoccupé de la voie humble des simples fidèles que des prétentions transcendantes des ascètes et des spéculatifs, l'épiscopat devenait de plus en plus l'Église elle-même «t sauvait l'œuvre de Jésus de l'inévitable naufrage qu'elle eût subi entre les mains des gnostiques, des montanistes et même des . Ce qui doublait la force de l'épiscopat, cette espèce d'oligarchie fédérative avait ; ce centre était Rome. Ânicet avait vu,
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pendant les dix ou douze ans de sa présidencOi presque tout ie mouvement du chrislianisme venir se concentrer autour de lui. Son successeur, Soter (probablement un juif converti, qui traduisit en grec son nom de Jéstts)^ vit ce mouvement grandir encore. La vaste correspondance qui s*était depuis longtemps établie entre Rome et les Églises prit une extension plus considérable que jamais. Un tribunal central des controverses tendait visiblement à s*établir.
La Grèce et l'Asie continuaient d'être, avec Rome, le théâtre des principaux incidents de la croissance chrétienne. Gorinthe possédait en son Dionysius un des hommes du temps les plus respectés ^ La charité de cet évêque ne se renfermait pas dans son Église. De toutes parts on le consultait, et ses lettres faisaient autorité presque comme des écrits sacrés. On les appelait « catholiques », parce qu'elles étaient écrites non à des particuliers, mais à des Églises en corps. Sept de ces morceaux furent recueillis et révérés à l'égal au moins des épttres de Glément Romain. Elles étaient adressées aux fidèles de Lacédémone, d'Athènes, de Nicomédie, de Gnosse, de Gortyne et des autres Églises de Grète, d'Amastris et des autres Églises du Pont. Soter, selon l'usage de l'Église de
1. Eusèbe, H. E,, II, xxv, 8; IV, xxi, xxiii; saint Jérôme, Chron,, p. 473, Schœne ; De viris ULj tl.
174 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 105]
Rome, ayant envoyé à l'Église de Corinthe des aumônes accompagnées d'une lettre pleine d'instructions pieuses, Denys le remercia de cette faveur :
C'était aujourd'hui le difflanche, écrit-il, et nous avons lu votre lettre, et nous la gardons pour la lire encore, quand nous voudrons entendre de salutaires avertissements, comme nous faisons pour celle que Clément nous a déjà écrite. Par votre exhortation , vous avez resserré le lien entre deux plantations remontant l'une et l'autre à Pierre et Paul, je veux dire TÉglise de Rome et celle de Corinihe. Ces deux apôtres, en effet, sont aussi venus dans notre Corinthe et nous ont enseignés en commun, puis ont fait voile ensemble vers Tltalie, pour y enseigner de concert et souffrir le martyre vers le même temps.
L'Église de Corinthe cédait à la tendance de toutes les Églises; elle voulait, comme l'Église de Rome, avoir eu pour fondateurs les deux apôtres dont l'union passait pour la base du christianisme. Elle prétendait que Pierre et Paul, après avoir passé à Corinthe le moment le plus brillant de leur vie apostolique, en étaient partis ensemble pour l'Italie. Le peu d'accord qui régnait sur l'histoire des apôtres rendait possibles de pareilles suppositions, contraires à toute vraisemblance et à toute vérité.
Les écrits de Denys passaient pour des chefsd'œuvre de talent littéraire et de zèle. Il y combattait énergiquement Marcion. Dans une lettre h une pieuse
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sœur nommée Chrysophora, il traçait de main de mattre les devoirs de la vie consacrée à Dieu. Il n'en fut pas moins opposé aux grossières exagérations du montanisme. Dans sa lettre aux Amaslriens, il les instruisait au long sur le mariage et la virginité , et leur commandait de recevoir avec douceur tous ceux qui voudraient faire pénitence, soit qu'ils fussent tombés dans l'hérésie, soit qu'ils eussent commis toute autre faute. Palma, évêque d'Amastrîs*, accepta pleinement le droit que se donnait Denys d'enseigner ses fidèles. Denys ne trouva quelque résistance à son goût pour les admonestations que chez révoque de Cnosse, Pinytus, rigoriste exalté. Denys l'engageait h considérer la faiblesse de certaines personnes et à ne pas imposer généralement aux fidèles le fardeau trop pesant de la chasteté. Pinytus, qui avait de l'éloquence et qui passait pour une des lumières de l'Église, répondit en témoignant à Denys beaucoup d'estime et de respect; mais, à son tour, il lui conseilla de donner à son peuple une nourriture plus solide et une instruction plus forte, de peur que, toujours entretenus avec le lait de la condescendance, ils ne vinssent insensiblement à vieillir sans être jamais sortis en esprit de la faiblesse de