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Jos.| B, J,, VII, I

276 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 1741

qui fit substituer cette appellation au surnom d'An~ tiqua, qu'elle avait porté jusque-là*.

Il y avait des chrétiens autour de Marc-Aurèle; i) y en avait peut-être dans la légion engagée conb% les Quades. Ce prodige admis de tous les émut. Un miracle bienveillant ne pouvait être l'ouvrage que du vrai Dieu. Quel triomphe, quel argument pour faire cesser la persécution, si l'on persuadait à l'empereur que le miracle venait des fidèles! Dès les jours mêmes qui suivirent l'incident, une version circula, d'après laquelle l'orage Tavorable aux Romains aurait été le fruit des prières des chrétiens. C'est en s'agenoujllant, selon l'usage de l'Église, que les soldats pieux auraient obtenu du ciel cette marque de protection, laquelle flattait, à deux points de vue, les prétentions chrétiennes : d'abord en raonlrant ce que pouvait sur le ciel une poignée de croyants ; puis en témoignant chez le Dieu des chrétiens d'un certain faible pour Tempire romain. Que l'empire cesse de

1. Dion Cissiiis, LV, S3; JVotilia dign., duché d'Arménie p. 96, Bœcking, 1; inscriptions dans Borf^hesi, Œuvres eompl,, î-93i, 9G3; Noël Desvergors, p. 91-93; Pauly, Realen- , p. 86S, 891-89Î (Grolefcnd); Gruter, exclu, 3; Corpus t., m, 30. etc. (v. index, p. H4i); Oreiii, n" 547; Henzen, itronnc, /user, de l'Egypte, II, p. 3Î8 etsuîv.; Kellerigilei, n<- 4t el 249; Ch. Robert, les Légions datbordt {Paris, 1867), p. 16, 17.

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persécuter les saints, on verra ce que ceux-ci obtiendront du ciel en sa faveur. Dieu, pour devenir le protecteur de l'empire contre les barbares, n'attend qu'une seule chose, c'est que l'empire cesse de se montrer impitoyable envers une élite qui est dans le monde le ferment de tout bien.

Cette manière de présenter les faits fut très vite acceptée et fit le tour des Églises. A chaque procès, à chaque tracasserie, on avait cette excellente réponse à faire aux autorités : « Nous vous avons sauvés. » Cette réponse gagna une force nouvelle, quand, à l'issue de la campagne, Marc-Aurèle reçut sa septième salutation impériale % et que la colonne qui se voit encore aujourd'hui debout à Rome s'éleva, par ordre du sénat et du peupk, portant parmi ses reliefs l'image du miracle*. On en prit même occasion de fabriquer une lettre officielle de Marc-Aurèle au sénat, par laquelle il défendait de poursuivre d'office les chrétiens et punissait de mort leurs dénonciateurs*. Non seulement le fait d'une telle lettre est inadmis-

i, Tillemont, £m;}., II, p. 373 ; Noël Desvergers, Essai, p. 94 ; Hœnel, Corpus legum, p. 4^0 et suiv.

t. Le décrel d'érection est de 174.

3. Tertullien, Apol., 5 (cf. Eus.. V, v, 6; Chron., p. 472, 473; Orose et Xiphilin, l. c). C'est probablement, pour le fond, la fausse lettre qui se lit à la suite de VApol. I de saint Justio. Le C»vTa KflttcoOot répond à Vei quidem telriore de Tertullien.

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sible ; mais il est très probable que MarcsAurèle ignora la prélention cpi'élevaient les chrétiens sur le mirac/- dont il passait lui-même pour être l'auteur. Dans cerlains pays, en Egypte, par exemple, la fable chrétienne ne paraît pas avoir été connue'. Ailleurs, elle ne fit qu'ajouter à la dangereuse réputation de magie qui commençait h. s'attacher aux chrétiens*.

La légion du Danube, si elle prit un moment le nom de Pulminala, ne le garda pas officiellement. Comme la douzième légion, résidant à Mélilène, était toujours désignée par ce titre, comme, d'ailleurs, la légion de Mélitène brilla bientôt par son ardeur chrétienne, il s'opéia une confusion, et l'on supposa que ce fut ceite deinière légion qui, transportée contre toute vraisemblance dg l'Euphrate au Danube, fit le miracle et reçut h. ce propos le nom de Fulminata; on oubliait qu'elle avait porté ce surnom deux cents ans auparavant".

Ce qu'il y a de sûr, en tout cas, c'est que la conduite de Marc-Aurèle envers les chrétiens ne fut en

i. Carm. tib., XII, v, 494 el suiv. L'auleur esL un ilirélien d'£jy^te, écrivant vers S60.

i. Mém. de M. Le Blanl, t. XXXI des /Uém. de la Soc. dei antiquaires de France.

^L " Mte confustoa paraît surtout avoir été la fait d'Kusèbe.

[Ad 175] IIARC-AURÈLB. 279

rien modifiée*. On a supposé que la révolte d'Avidius Cassius, appuyée par la sympathie de la Syrie tout entière, surtout d'Antioche, indisposa l'empereur contre les chrétiens, nombreux en ces parfiges, Cela est bien peu probable. La révolte d'Avidius eut lieu en 172, et la recrudescence de persécutions sa remarque surtout vers 176*. Les chrétiens se tenaient à l'écart de toute politique*; d'ailleure, à propos d'Avidius, le pardon déborda du cœur aimant de Marc-Aurèle *. Le nombre des martyrs, cependant, ne fit qu'augmenter; dans trois ou quatre ans, la persécution atteindra le plus haut degré de fureur qu'elle ait connu avant Dèce. En Afrique, Yi^ gellius Saturninus va tirer Tépée', et Dieu sait quand elle sera remise au fourreau. La Sq^rdaigne se remplissait de déportés, qui devaient être rappelés gous Commode, par Tinfluence de Marci^.*. Byzance vit des horreurs. Presque toute la communauté fut ar-

4. Tertullien, Eusèbe, Xipbilin, la Chronique pascale, ne soutiennent le contraire que par système.

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