CHAPITRE XXIll
PBOGBkS D^OBGANISATION.
\u milieu de circonstances en apparence si diffi-
ciies, l'organisation de l'Eglise se complétait avec une surprenante rapidité. A l'heure où nous sommes arrivés, TÉglise de Jésus est quelque chose de solide et de consistant. Le grand danger du gnosticisme, qui était de diviser le christianisme en sectes sans nombre, est conjuré. Le mot d' a Église catholique »^ éclate de toutes parts, comme le nom de ce grand corps qui va désormais traverser les siècles sans se briser. Et on voit bien déjà quel est le caractère de cette catholicité. Les montanistes sont tenus pour des sectaires ; les marcionites sont con-
4 . ÉxxXnota KsAoXtKia. Ëpttre des Smyrniotes sar le martyre de Polycarpe, titre, §§ 8, 46 (tiic <v 2|A6pvf xoOoXuiiic iiocXnoioç), 49; Épltres pseudo-ign., ad Smym., 8. Gomp. Actes de saint Piane, g 49. Dans Gelse (Orig., V, 59), i ^^Mytkiï ùxXnaCa. Cf. fragm. de Muralori, lignes 55-57, 64-6S, 66, 69.
400 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [Ad 179]
vaincus ae fausser la doctrine apostolique ; les différentes écoles gnostiques sont de plus en plus repoussées du sein de TÉglise générale. Il y a donc quelque chose qui n'est ni le montanisme, ni le niarcionisme, ni le gnosticisme» qui est le christianisme non sectaire, le christianisme de la majorité des évoques, résistant aux hérésies et les usant toutes, n'ayant, si Ton veut, que des caractères négatifs, mais préservé par ces caractères négatifs des aberrations piétistes et du dissolvant rationaliste. Le christianisme, comme tous les partis qui veulent vivre, se discipline luimême, retranche ses propres excès. Il joint à l'exaltation mystique un fonds de bon sens et de modération, qui tuera le millénarisme, les charismes, la glossolalîe, tous les phénomènes spirites primitifs. Une poignée d'exaltés, comme les montanistes, courant au martyre, décourageant la pénitence, condamnant le mariage, n'est pas l'Église. Le juste milieu triomphe; il ne sera tjonné aux radicaux d'aucune sorte de détruire l'œuvre de Jésus. L'Église est toujours d'opinion moyenne; elle est la chose de tout le monde, non le privilège d*une aristocratie. L'aristocratie piétiste des sectes phrygiennes et l'aristocratie spéculative des gnostiques sont également déboutées de leurs prétentions. Il y a dans l'Église les parfaits et les imparfaits; tous peuvent en faire partie. Le
martyre, le jeûne, le célibat sont choses excellentes ; mais on peut sans héroïsme être chrétien et bon chrétien.
Ce fut répiscopat qui, sans nulle intervention du pouvoir civil, sans nul appui des gendarmes ni des tribunaux, établit ainsi Tordre au-dessus de la liberté dans une société fondée d'abord sur l'inspiration individuel le. Voilà pourquoi les ébionites de Syrie, qui n'ont pas Tépiscopat, n'ont pas non plus l'idée de catholicité. Au premier coup d'œil, l'œuvre de Jésus n'était pas née viable ; c'était un chaos. Fondée sur une croyance à la fm du monde, que les années, en s'écoulant, devaient convaincre .d'erreur, la congrégation galiléenne semblait ne pouvoir que se dissoudre dans l'anarchie. La libre prophétie, les charismes, la glossolalie, l'inspiration individuelle, c'était plus qu'il n'en fallait pour tout ramener aux proportions d'une chapelle éphémère, comme on en voit tant en Amérique et en Angleterre. L'inspiration individuelle crée, mais détruit tout de suite ce qu'elle a créé. Après la liberté, il faut la règle. L'œuvre de Jésus put être considérée comme sauvée, le jour où il fut admis que l'Église a un pouvoir direct, un pouvoir représentant celui de Jésus*. L'Église dès