‹ Histoire des origines de ChristianismeChapitre 267 sur 364 · I. Pensées · texte numérisé non relu

I. Pensées

4M ORIGINES DD CHRISTIANISIIE. [An 180)

Un martyre bien plus dur fut infligé à Marc- Aurèle en la personne de son fils Commode. La nature, par un jeu cruel, avait donné pour fils au meilleur des hommes une sorte d'athlète stupide, uniquement propre aux exercices du corps, un superbe garçon boucher, féroce, n'aimant qu'à tuer. Sa nullité d'esprit lui inspira la haine du monde intelligent qui entourait son père; il tomba entre les mains de goujats de bas étage qui firent de lui un des monstres les plus odieux qui aient jamais existé. Marc-Aurèle voyait mieux que personne l'impossibilité de tirer quelque chose de cet être borné, et néanmoins il ne négligea rien pour te bien élever. Les meilleurs philosophes dissertaient devant l'adolescent'. Lui, il écoutait, h peu près comme ferait un jeune lion qu'on doctrinerait el qui laisserait dire, en bâillant et eu montrant de longues dents à ses maîtres. Marc-Aurèle fut égaré dans cette afl"aire par son manque de finesse pratique. Il ne sortit pas de ses phrases habituelles sur la bienveillance qu'il faul, porter dans tes jugements et sur les égards qu'on doit à ceux qui sont moins bons que nous'. Les neuf — '■■'■" d'indulgence qu'il se fait valoir h lui-même

.mpride, Commode, 1.

lir Pensées, IX, li, surtout XII, 16, ua« de$ pensées où

est exagérée jusqu'à la bu9«eté.

[An 180] MARG-AURÈLB. 473

nous montrent sa charmante bonhomie^. « Quel mal pourrait te faire le plus méchant des hommes, si lu restais obstinément doux pour lui, si, à l'occasion, tu l'exhortais paisiblement, et lui donnais sans colère, alors qu'il s'efforce de te nuire, des leçons comme celle-ci : « Non, mon enfant, nous sommes nés pour « autre chose. Ce n'est pas moi qui éprouverai le « mal, c'est toi qui t'en feras à toi-même, mon en- « faut! » Montre-lui adroitement, par une considération générale, que telle est la règle, que ni les abeilles n'agissent comme lui , ni aucun des animaux qui vivent naturellement en troupes. N'y mets ni moquerie ni insulte ; que tout soit dit sur le ton d'une affection véritable, comme soi-tant d'un cœur que n'aigrit point la colère; ne lui parle point comme on fait à l'école, ni en vue d'obtenir l'admiration des assistants ; mais parle-lui avec le même abandon que si vous étiez tous deux seuls. » Commode (si c'est de lui qu'il s'agit) fut sans doute peu sensible à cette bonne rhétorique paternelle. Il n'y avait évidemment qu'un moyen de prévenir les affreux malheurs qui menaçaient le monde : c'était, en vertu du droit d'adoption, de substituer un sujet plus digne à celui que le hasard de la naissance avait désigné. Julien

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