Justin, DiaL, 35; Orig., Contre CeUe, Y
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grande vogue. Les hérésies triomphaient presque toujours par leur condamnation même. Le gnosticisme en particulier était chassé de l'Église, et il élaitpartout; l'Église orthodoxe, en le frappant d'anathème, s'en imprégnait. Chez les judéo-chrétiens, ébionites, esséniens, il coulait à pleins bords.
Quand une religion commence h compter un grand nombre de partisans, elle perd pour un temps quelques-uns des avantages qui avaient contribué i^ la fonder; car l'homme se plaît bien plus et trouve plus de consolations dans la petite coterie que dans l'Église nombreuse, où l'on ne se connaît pas. Comme la puissance publique ne mettait pas sa force au service de l'Église orthodoxe, la situation religieuse était celleque présentent maintenant l'Angleterre et l'Amérique. Les chapelles, si l'on peut s'exprimer ainsi, se muhipliaient de toutes parts. Les chefs de secte luttaient de séduction sur les fidèles, comme font de nos jours les prédicateurs méthodistes, les innombrables disxpnfprs des pays libres. Les fidèles étaient une i curée que s'arrachaient d'avides sectaires, nblables h. des chiens alTamés qu'à des passes femmes surtout étaient la proie convoitée ; Iles étaient veuves et en possession de leurs illes ne manquaient pas d'être entourées de :t habiles directeurs, qui renchérissaient de
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mollesse et de complaisance pour accaparer des cures d'âmes fructueuses et douces à la fois.
Les docteurs gnostîques avaient, dans oette chasse aux âmes, de grands avantages. Affectant une plus haute culture intellectuelle et. des mœurs moins rigides, ils trouvaient une clientèle assurée dans les classes riches, qui éprouvaient le désir de se distinguer et d'échapper à la discipline commune, faite pour des pauvres*. Les rapports avec les païens, et les perpétuelles contraventions de police qu'un nxembre de l'Eglise était amené à commettre, contraventions qu. l'exposaient sans cesse au martyre, devenaient des difficultés capitales pour un chrétien occupant une certaine position sociale. Loin de pousser au martyre, les gnostiques fournissaient des moyens de l'éviter. Basilide, Héracléon protestaient contre les honneurs immodérés rendus aux martyrs ; les valentiniens allaient plus loin : dans les moments de vive persécution, ils conseillaient de renier la foi, alléguant que Dieu n'exige pas de ses adorateurs le sacrifice de la vie, et qu'il importe de le confesser moins devant les hommes que devant les éons *.
Ils n'exerçaient pas moins de séductions parmi
4. Voir V Église chrélieane, p. «40, 441, 468, 393, 394, et ci- dessus, p. 99 et suiv.