Cf. Épltre de Jude, H
4 La difficulté contre cette hypothèse, c'est quon ne conçoit guère qu'à l'époque de la rédaction des Actes, l'empreinte première d'un mythe aussi injurieux à Paul eût été assez effacée pour que le rédacteur, essentiellement favorable à Paul , a.t mtrodu, e en son récit sans en voir le sens original. Qu'il 1 a.t mtrodu.te pour distinguer Paul du Simon fictif des judéo-chrétiens, c'est ce qui est encore plus invraisemblable; le rédacteur des Actes cherche plutôt à atténuer le crime de Simon qu'à l'exagérer.
tout leur embarras? L'action de grâces, en effet, était à peine finie, qu'on dit h Paul' : « Tu vois, frère combien est grand le nombre des croyants parmi les Juifs; et tous sont d'ardents zélateurs de la Loi. Or, ils ont entendu dire que tu enseignes aux Juifs dispersés parmi les nations l'apostasie de la loi de Moïse, les détournant de circoncire leurs enfants et de marcher selon les coutumes juives. Que faire donc^ De tous côtés, ils vont apprendre ton arrivée». Fais ce que nous allons te dire. Nous avons ici quatre hommes ayant contracté un vœu. Prendsles, purifie-toi avec eux, supporte les frai^ qu'entraîne la cérémonie de consécration des nazirs, et tous sauront alors que ce qu'ils ont entendu dire de toi n'est rien et que, toi aussi, tu observes la Loi. »
Ainsi, k celui qui leur apportait l'hommage d'un monde, ces esprits bornés ne savent répondre que par une marque de défiance. Paul devra expier par une momerie ses prodigieuses conquêtes. I! faut qu'il donne des gages à la petitesse d'esprit. C'est quand on l'aura vu accomplir avec quatre mendiants , trop pauvres pour se faire raser la tête à leurs frais, une superstition populaire qu'on le reconnaîtra pour çon-
\ Act XXI 20 et suiv.
'î. Nous suivons le Vatkams. Ce verset parait avoir été re>
touché. ,
5,6 ORIGINES DD CHRISTIANISME. [An 58J
frère. Telle est l'étrange condition de l'humanité, qu'il ne faut pas s'étonner d'un tel spectacle. Les hommes sont trop nombreux pour qu'il soit possible de fonder quelque chose ici-bas sans faire des concessions à la médiocrité. Pour heurter les scrupules des faibles, il faut être ou complètement désintéressé de l'action, ou très -puissant. Ceux que leur position oblige à compter avec la foule sont amenés h demander aux grands hommes indépendants de singulières inconséquences. Toute pensée vigoureusement avouée est dans le gouvernement du monde un embarras. L'apologie, le prosélytisme, eux-mêmes, quand ils impliquent un peu de génie, sont pour les partis conservateurs des choses suspectes. Voyez ces éloquents laïques qui de nos jours ont tenté d'élargir le catholicisme et de lui concilier les sympathies d'une partie de la société qui était fermée jusque-là au sentiment chrétien; qu'ont-ils obtenu de l'Église à laquelle ils amenaient des foules d'adhérents nouveaux? Un désaveu. Les successeurs de Jacques Obliam ont trouvé prudent de les condamner, tout en profitant de leurs succès. On a accepté leur offrande sans un remercîment; on leur a dit comme à Paul : « Frères, vous voyez ces milliers de vieux croyants qui tiennent à des choses que vous passez sous silence quand vous parlez aux gens du monde ; prenez garde , laissez
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SAINT PADL.
là les nouveautés qui scandalisent, et sanctifiez-vous
avec nous. » . ,
Que fera Paul placé entre son grand principe de l'inutilité des œuvres et l'immense intérêt qu il y avait , ne pas rompre avec l'Église de Jérusalem Sa position dut être cruelle. Se soumettre à une pratique ^l . tenait pour inutile et presque pour m^ne^^^^^ puisqu'elle pouvait laisser croire que le salut obt^n arLre chose que les mérites du Chris, c^ti^
Lttre en contradiction flagrante avec la doctrine qu'il avait partout prêchée, et que, dans sa grande
Ltre circdaire en particulier, il avait développée :luneforcesanspareille.Pourquoi,d'aeu.u,
demande-t-on de remettre en vigueur un rite arriéré,
dénué de toute efficacité, et qui est presque une négation du dogme nouveau? Pour bien monirerqiii
est juif, pour réfuter d'une façon péremptoire le bm pndu'qu'il avait cessé d'être juif, qu'il n'adme^tai
plus la Loi ni les traditions. Or, bien sûrement ,1 l les admettait plus. Conniver ^ - -le^^^^^^^^^^^^ n'était-ce pas une infidélité envers Christ? Tout c la dut aiTêter Paul et l'agiter profondément. Mais un plipe supérieur, qui domina sa vie, lui fit vaincre
es ré ugnLes. Au-dessus des opinions e des se^tin^ents particuliers, Paul plaçait la chanté Chns nous a délivrés de toute loi; mais, si, en profitant de
518 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 58]
la liberté que Christ nous a donnée, on scandalise son frère, il vaut mieux renoncer à cette liberté et se remettre en esclavage. C'est en vertu de ce principe que Paul, comme il le dit lui-même, se fit tout à tous, juif avec les juifs, gentil avec les gentils'. En acceptant la proposition de Jacques et des anciens, il appliquait son principe favori; il se soumit donc. Jamais peut-être, dans sa vie d'apôtre, il ne fit un sacrifice plus considérable à son œuvre. Ces héros de la vie pratique ont d'autres devoirs que les héros de la vie contemplative. Le premier devoir de ceux-ci est de sacrifier leur rôle actif h leur idée, de dire tout ce qu'ils pensent, rien que ce qu'ils pensent, dans la mesure exacte où ils le pensent; le premier devoir des autres est de sacrifier souvent leurs idées, parfois même leurs principes les plus arrêtés, aux intérêts de la cause qu'ils cherchent à faire triompher.
Ce qu'on demandait à Paul, du reste, était moins de se rendre nazir* que d'acquitter les frais d'ordination de quatre nazirs , qui n'avaient pas de quoi payer les sacrifices qu'on faisait en ces sortes d'occasions. C était là une œuvre fort estimée chez les