I. Matth., V, 3-10; Luc, vi
1. C'est ce qu'on appelait les Ao'-yia xustoxâ. Papias, dans Eu-
sèbe, //. £., m, 39.
3. L'apologue, tel que nous le trouvons, Juges, ix, 8 et suiv., llSam.j XII, 4 et suiv., n'a qu'une ressemblance de forme avec la
vrai qu'on trouve dans les livres bouddhiques des paraboles exactement du même ton et de la même lacture que les paraboles évangéliques ^ Mais il est difficile d'admettre qu'une influence bouddhique se soit exercée en ceci. L'esprit de mansuétude et la profondeur de sentiment qui animèrent également le christianisme naissant et le bouddhisme suffisent peutêtre pour expliquer ces analogies.
Une totale indifl'érence pour les choses extérieures et pour les vaines superfluités en fait de meubles et d'habits dont nos tristes pays nous font des nécessités était la conséquence de la vie simple et douce qu'on menait en Galilée. Les climats froids, en obligeant l'homme à une lutte perpétuelle contre le dehors , donnent beaucoup de prix aux recherches du bien-être. Au contraire , les pays qui éveillent des besoins peu nombreux sont tes pays de l'idéalisme ec de la poésie. Les accessoires de la vie y sont insignifiants auprès du plaisir de vivre. L'embellissement de la maison y est frivole; on se tient le moins possible enfermé. L'alimentation forte et régulière des climats peu généreux passerait pour pesante et désagréable.
parabole évangélique. La profonde originalité de celle-ci est dans le sentiment qui la remplit. Les paraboles des Midraschim sont aussi d'un tout autre esprit.
i| . Voir surtout le loUm de la botme loi, ch. iii et iv.
Et quant au luxe des vêtements, comment rivaliser avec celui que Dieu a donné à la terre et aux oiseaux du ciel? Le travail, dans ces sortes de climats, paraît inutile ; ce qu'il donne ne vaut pas ce qu'il coûte. Les animaux des champs sont mieux vêtus que rhomme le plus opulent, et ils ne font rien. Ce mépris, qui, lorsqu'il n'a pas la paresse pour cause, sert beaucoup à l'élévation des âmes, inspirait à Jésus des apologues charmants : « N'enfouissez pas en terre, disait-il, des trésors que les vers et la romlle dévorent, que les larrons découvrent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où il n'y a ni vers, ni rouille, ni larrons. Où est ton trésor, là aussi est ton cœur\ On ne peut servir deux maîtres; ou bien on hait l'un et on aime l'autre, ou bien on s'attache à l'un et on délaisse l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon*. C'est pourquoi je vous le dis : Ne soyez pas inquiets de l'aliment que vous aurez pour soutenir votre vie, ni des vêtements que vous aurez pour couvrir votre corps. Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent; ils n'ont ni cellier ni grenier, et votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas fort au-dessus
4. Comparez Talm. de Bab., Baba bathra, 11 a. t. Dieu des richesses et des trésors cachés , sorte de Plulus dans la mythologie phénicienne et syrienne
VIE DE JÉSUS
d'eux? Quel est celui d'entre vous qui, à foice de soucis, peut ajouter une coudée à sa mesure? Et quant aux habits, pourquoi vous en mettre en peine? Considérez les lis des champs ; ils ne travaillent ni ne filent. Cependant, je vous le dis, Salomon dans toute sa gloire n'était pas vêtu comme Tun d'eux. Si Dieu prend soin de vêtir de la sorte une herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, que ne fera-t-il point pour vous, gens de peu de foi? Ne dites donc pas avec anxiété : « Que man- « gerons-nous? que boirons- nous? de quoi serons- « nous vêtus? » Ce sont les païens qui se préoccupent de toutes ces choses ; votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Mais cherchez premièrement le royaume de Dieu , et tout le reste vous sera donné par surcroît. Ne vous souciez pas de demain ; demain se souciera de lui-même. A chaque jour suffit sa
peine *. »
Ce sentiment essentiellement galiléen eut sur la
destinée de la secte naissante une influence décisive.
La troupe heureuse, se reposant sur le Père céleste
de tout ce qui tenait à la satisfaction de ses besoins,
avait pour première règle de regarder les soucis de
1. Matth., VI, 19-21, 24-34, Luc, xii, 22-31, 33-34; xvi, 13. Comparez les préceptes Luc, x, 7-8, empreints de la môme naïveté, et Talmud de Babylone, Sota, 48 6.
Et quant au luxe des vêtements, comment rivaliser avec celui que Dieu a donné h la terre et aux oiseaux du ciel? Le travail, dans ces sortes de climats, paraît inutile ; ce qu'il donne ne vaut pas ce qu'il coûte. Les animaux des champs sont mieux vêtus que l'homme le plus opulent, et ils ne font rien. Ce mépris, qui, lorsqu'il n'a pas la paresse pour cause, sert beaucoup h l'élévation des âmes, inspirait à Jésus des apologues charmants : « N'enfouissez pas en terre, disait-il, des trésors que les vers et la rouille dévorent, que les larrons découvrent et dérobent; mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où il n'y a ni vers, ni rouille, ni larrons. Ou est ton trésor, là aussi est ton cœur^ On ne peut servir deux maîtres ; ou bien on hait l'un et on aime l'autre, ou bien on s'attache à l'un et on délaisse l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et *Iamon^ C'est pourquoi je vous le dis : Ne soyez pas inquiets de l'aliment que vous aurez pour soutenir votre vie, ni des vêtements que vous aurez pour couvrir votre corps. Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent; ils n'ont ni cellier ni grenier, et votre Père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas fort au-dessus
4 Comparez Talm. de Bab., Baba bathra. 1i a. 2. Dieu des richesses et des trésors cachés , sorte de Plulus dans la mythologie phénicienne et syrienne
VIE DE JÉSUS. 1"77
d'eux? Quel est celui d'entre vous qui, à force de soucis, peut ajouter une coudée à sa mesure? Et quant aux habits, pourquoi vous en mettre en peine? Considérez les lis des champs ; ils ne travaillent ni ne filent. Cependant, je vous le dis, Salomon dans toute sa gloire n'était pas vêtu comme l'un d'eux. Si Dieu prend soin de vêtir de la sorte une herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au feu, que ne fera-t-il point pour vous, gens de peu de foi? Ne dites donc pas avec anxiété : « Que mante gerons-nous? que boirons- nous? de quoi serons- « nous vêtus? » Ce sont les païens qui se préoccupent de toutes ces choses ; votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Mais cherchez premièrement le royaume de Dieu , et tout le reste vous sera donné par surcroît. Ne vous souciez pas de demain ; demain se souciera de lui-même. A chaque jour sufiit sa
peine *. »
Ce sentiment essentiellement galiléen eut sur la destinée de la secte naissante une influence décisive. La troupe heureuse, se reposant sur le Père céleste de tout ce qui tenait à la satisfaction de ses besoins, avait pour première règle de regarder les soucis de
4. Matth., VI, 19-21, 24-34, Luc, xii, 22-31, 33-34; xvi, 13. Comparez les préceptes Luc, x, 7-8, empreints de la môme naïveté, et Talmud de Babylone, Sota, 48 b.
Ov^
la vie comme un mal qui étouffe en Thomme le germe de tout bie^^ Chaque jour, elle demandait à Dieu le pain du lendemain*. A quoi bon thésauriser? Le royaume de Dieu va venir. «Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône, disait le maître. Faitesvous au ciel des sacs qui ne vieillissent pas, des trésors qui ne se dissipent pas ^ » Entasser des économies pour des héritiers qu'on ne verra jamais, quoi de plus insensé*? Comme exemple de la folie humaine, Jésus aimait à citer le cas d'un homme qui , après avoir élargi ses greniers et s'être amassé du bien pour de longues années, mourut avant d'en avoir joui^ ! Le brigandage, qui était très-enraciné en Galilée % donnait beaucoup de force à cette manière de voir. Le pauvre, qui n'en souffrait pas, devait se regarder comme le favori de Dieu, tandis que le riche, ayant une possession peu sûre, était le vrai déshérité. Dans nos sociétés établies sur une idée très-rigoureuse de la propriété, la position du pauvre est horrible; il n'a
• 1. Matth., xni, 22; Marc, iv, 49; Luc, via, 44.
2. Matth., VI, 44 ; Luc, xi, 3. C'est le sens du mot è^tcuato;. 3 Luc XII , 33-34. Comparez les belles maximes, toutes semblables à celleU , que le Talmud prête à Monobaze. Talmud de
Jér., Penh, 45 &•