‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 212 sur 1128 · Matth.^ XVII, 20 ; Marc, ix, 24 et suiv · texte numérisé non relu

Matth.^ XVII, 20 ; Marc, ix, 24 et suiv

4. Matth., viii, 28; ïx, 34; xii, 43 et suiv., xvii, 14 et suiv.. 20 ; Marc, v, 1 et suiv ; Luc, viii, 27 et suiv.

ses cures mille histoires singulières, où toute la crédulité du temps se donnait carrière. Mais ici encore il ne faut pas s'exagérer les difficultés. Les désordres qu'on expliquait par des possessions étaient souvent fort légers. De nos jours, en Syrie, on regarde comme fous ou possédés d'un démon (ces deux idées n'en font qu'une, medjmun^) des gens qui ont seulement quelque bizarrerie. Une douce parole suffit souvent dans ce cas pour chasser le démon. Tels étaient sans doute les moyens employés par Jésus. Qui sait si sa célébrité comme exorciste ne se répandit pas presque à son insu? Les personnes qui résident en Orient sont parfois surprises de se trouver, au bout de quelque temps, en possession d'une grande renommée de médecin, de sorcier, de découvreur de trésors, sans qu'elles puissent se rendre bien compte des faits qui ont donné lieu à ces imaginations».

1 Celte phrase, Dœmontum habes (Matth., xi, 48; ttic, vn, 33-'jean, V.., 20; vm, 48etsuiv.; s, îOetsuiv.), doit se traduire, na; • . Tu es fou, . comme on dirait en arabe : Medjnoun ente. Le verbe J..i"viv a aussi, dans toute l'antiquité classique, le sens

de « être fou ». . • • .=

S Un homme qui a été mêlé aux récents mouvements sectaires

de U Perse m'a affirmé qu'ayant fondé autour de lui une sorte

de franc-mafionnerie dont les principes furent très-goûtés. U se

vit bientbi érigé en prophète, et que chaque jour il était surpris

d'apprendre les prodiges qu'il avait faiu.. Une foule de gens vou-

VIE DE JESOS.

Beaucoup de circonstances, d'ailleurs, semblent indiquer que Jésus ne fut thaumaturge que tard et à. contre-cœur. Souvent il n'exécute ses miracles qu'après s'être fait prier, avec une sorte de mauvaise humeur et en reprochant à ceux qui les lui demandent la grossièreté de leur esprit MJne particularité, en apparence inexplicable, c'est l'attention qu'il met à faire ses miracles en cachette, et la recommandation qu'il adresse à ceux qu'il guérit de n'en rien dire à personne'. Quand les démons veulent le proclamer Fils de Dieu, il leur défend d'ouvrir la bouche; c'est malgré lui qu'ils le reconnaissent '. Ces traits sont surtout caractéristiques dans Marc, qui est par excellence l'évangéliste des miracles et des exorcismes. Il semble que le disciple qui a fourni les renseignements fondamentaux de cet Évangile importunait

laient se faire tuer pour lui. Sa légende en quelque sorte courait devant lui et l'eût entraîné , si le gouvernement persan ne l'eût soustrait à rinfluence de ses disciples. Cet homme m'a dit qu'ayant failli devenir prophète, il savait comment les choses se passaient, et qu'elles avaient bien lieu comme je les avais décrites dans la

Vie de Jésus.

\. Matth., XII, 39; xvi, 4; xvii, 16; Marc, vm, M et suiv.; IX, 48; Luc, IX, 44; XI, 29.

2. Matth., VIII, 4; ix, 30-31 ; xii, 16 et suiv.; Marc, i, 44; vu,

24 et suiv.; vm, 26.

3. Marc, i, 24-25, 34; m, 42; Luc, iv, 44 . Comp. Vie d'Isidore,

attribuée à Damascius, § 56.

Jésus de son admiration pour les prodiges, et que îe maître, ennuyé d'une réputation qui lui pesait, lui ait souvent dit : « N'en parle point. » Une fois, cette discordance aboutit à un éclat singulier*, à un accès d'impatience, où perce la fatigue que causaient à Jésus ces perpétuelles demandes d'esprits faibles. On dirait , par instants , que le rôle de thaumaturge lui est désagréable , et qu'il cherche à donner aussi peu de publicité que possible aux merveilles qui naissent en quelque sorte sous ses pas. Quand ses ennemis lui demandent un miracle , surtout un miracle céleste, un météore, il refuse obstinément *. Il est donc permis de croire qu'on lui imposa sa réputation de thaumaturge, qu'il n'y résista pas beaucoup, mais qu'il ne fit rien non plus pour y aider, et qu'en tout cas, il sentait la vanité de l'opinion à cet égard.

Ce serait manquer à la bonne méthode historique que d'écouter trop ici nos répugnances. La condition essentielle de la vraie critique est de comprendre la diversité des temps, et de se dépouiller des habitudes instinctives qui sont le fruit d'une éducation purement raisonnable. Pour nous soustraire aux objections qu'on serait tenté d'élever contre le carac-

H. Matth., XVII, 16; Marc, ix, 48; Luc, ix, 41. 2. Matth., XII, 38 et sttiv.; xvi, 1 etsuiv.; Marc, viii, 11 ; Luc, II, 29 et suiv.

VIE DE JÉSUS

tère de Jésus, nous ne devons pas supprimer des faits qui, aux yeux de ses contemporains, furent placés sur le premier plan*. Il serait commode de dire que ce sont là des additions de disciples bien inférieurs à leur maître, qui, ne pouvant concevoir sa vraie grandeur, ont cherché à le relever par des prestiges indignes de lui. Mais les quatre narrateurs de la vie de Jésus sont unanimes pour vanter ses miracles ; l'un d'eux, Marc, interprète de l'apôtre Pierre*, insiste tellement sur ce point que, si l'on traçait le caractère du Christ uniquement d'après son Evangile, on se représenterait Jésus comme un exorciste en possession de charmes d'une rare efficacité , comme un sorcier très-puissant, qui fait peur et dont on aime à se débarrasser './Nous admettrons donc sans hésiter que des actes qui seraient maintenant considérés comme des traits d'illusion ou de folie ont tenu une grande place dans la vie de Jésus.) Faut-il sacrifier à ce côté ingrat le côté sublime d'une telle vie? Gar-

\. Josèphe, Ant., XVIII, m, 3

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