‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 225 sur 1128 · Liv. m, 573 et suiv.; 652 et suiv.; 766 et suiv.; 795 et · texte numérisé non relu

Liv. m, 573 et suiv.; 652 et suiv.; 766 et suiv.; 795 et

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7. Dans Hilgenfeld, Novum Test, extra canonem recept,, p. 99 Ot suiv.

VIE DE JÉSUS

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son action, ou, pour mieux dire, l'un de ses poinls d'appui; car il avait un sentiment trop profond de son œuvre véritable pour l'établir uniquement sur des principes aussi fragiles, aussi exposés à. recevoir des faits une foudroyante réfutation.

Il est évident, en effet, qu'une telle doctrine, prise en elle-même d'une façon littérale, n'avait aucun avenir. Le monde, s'obstinant à durer, la mettait en défaut. Un âge d'homme tout au plus lui était réservé. La foi de la première génération chrétienne s'explique ; mais la foi de la seconde génération ne s'explique plus.f Après la mort de Jean, ou du dernier survivant quel qu'il fût du groupe qui avait vu le maître, la parole de celui-ci était convaincue de mensonge ^)Si la doctrine de Jésus n'avait été que la croyance h une prochaine fin du monde, elle dormirait certainement aujourd'hui dans l'oubli. Qu'estce donc qui l'a sauvée? La grande largeur des conceptions évangéliques, laquelle a permis de trouver sous le même symbole des idées appropriées à des états intellectuels très - divers. Le monde n'a point fini, comme Jésus l'avait annoncé, comme ses disciples le croyaient. (Mais il a été renouvelé, et en un sens renouvelé comme Jésus le voulait."^ C'est parce

4. Ces angoisses de la conscience chrétienne se traduisent avec naïveté dans\ 1I« épître attribuée à saint Pierre, m, 8 et suiv.

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qu'elle était à double face que sa pensée a été féconde, -ca chimère n'a pas eu le sort de tant d'autres qui ont traversé l'esprit humain , parce qu'elle recelait un germe de vie qui, introduit, grâce à une enveloppe fabuleuse, dans le sein de l'humanité, y a porté des fruits éternels.

Et ne dites pas que c'est là une interprétation bienveillante, imaginée pour laver l'honneur de notre grand maître du cruel démenti infligé à ses rêves par Isw réalité. Non, non. | Ce vrai royaume de Dieu, ^ ce royaume de l'esprit, qui fait chacun roi et prêtre; ce royaume qui , comme le grain de sénevé, est devenu un arbre qui ombrage le monde, et sous les rameaux duquel les oiseaux ont leur nid, Jésus Ta compris. Ta voulu, Ta fondé^A côté de Tidée fausse, froide, impossible d'un avènement de parade, il a conçu la réelle cité de Dieu, la « palingénésie » véritable, le Sermon sur la montagne, l'apothéose du faible, l'amour du peuple, le goût du pauvre, la réhabilitation de tout ce qui est humble , vrai et naïf. Cette réhabilitation , il l'a rendue en artiste incomparabh par des traits qui dureront éternellement. Chacun de nous lui est redevable de ce qu'il a do meilleur en «oi. Pardonnons-lui son espérance d'une apocalypse vaine, d'une venue à grand triomphe sur les nuées du ciel.(Peut-être était-ce là l'erreur des

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autres plutôt que la sienne ,^et, s'il est vrai que luimême ait partagé l'illusion de tous, qu'importe, puisque son rêve l'a rendu fort contre la mort, et l'a soutenu dans une lutte à laquelle sans cela peutêtre il eût été inégal ?

Il faut donc maintenir plusieurs sens à la cité divine conçue par Jésus. Si son unique pensée eût été que la fin des temps était prochaine et qu'il fallait s'y préparer, il n'eût pas dépassé Jean-Baptiste. Renoncer à un monde près de crouler, se détacher peu à peu de la vie présente, aspirer au règne qui allait venir, tel eût été le dernier mot de sa prédication. L'enseignement de Jésus eut toujours une bien plus large portée. Jésus se proposa de créer un éta/ nouveau de l'humanité, et non pas seulement de '^^^^^ j^réparer la fin de celui qui existe. Élie ou Jérémie, reparaissant pour disposer les hommes aux crises suprêmes, n'eussent point prêché comme lui. Cela est si vrai que cette morale prétendue des derniers jours s'est trouvée être la morale éternelle, celle qui a sauvé l'humanité. Jésus lui-même , dans beaucoup de cas, se sert de manières de parler qui ne rentrent pas du tout dans la théorie apocalyptique.^ Souvent il déclare que le royaume de Dieu est déjà commencé, que tout homme le porte en soi et peut, ^ s'il est digne, en jouir, que ce royaume, chacun le

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ORIGINES DU CHRISTIAiNISME.

^ ^ crée sans bruit par la vraie conversion du cœur*.^

royaume de Dieu n'est alors que le bien*, un

, .. <>^v^ ordre de choses meilleur que celui qui existe, le \,o^S^> règne de la justice, que le fidèle, selon sa mesure, vT^ doit contribuer à fonder, ou encore la liberté de

Tâme, quelque chose d'analogue à la « délivrance » bouddhique, fruit du détachement. Ces vérités, qui sont pour nous purement abstraites, étaient pour Jésus des réalités vivantes. Tout est dans sa pensée concret et substantiel : Jésus est l'homme qui a cru le plus énergiquement à la réalité de l'idéal.

En acceptant les utopies de son temps et de sa race, Jésus sut ainsi en faire de hautes vérités, grâce à de féconds malentendus. Son royaume de Dieu, c'était sans doute l'apocalypse qui allait bientôt se dérouler dans le ciel. Mais c'était encore, et probablement c'était surtout le royaume de l'âme, créé par la liberté et par le sentiment filial que l'homme vertueux ressent sur le sein de son Père .^C'était la religion pure, sans pratiques, sans temple, sans prêtre; c'était le jugement moral du monde décerné à la conscience de l'homme juste et au bras du peuple. Voilà ce qui était fait pour vivre, voilà ce qui a vécu.

4. Mattb., VI, 40, 33; Marc, xii, 34; Luc, xi, 2; xii, 34 ; xvii. 20, 24 el suiv.

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