‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 227 sur 1128 · Justin, DiaL cum Tryph · texte numérisé non relu

Justin, DiaL cum Tryph

3. L'Église grecque l'a longtemps rejetée du canon. Eusèbe, H. E., m, 25, 28, 39; VII, 25; Cyrille de Jérusalem, Catech., IV 33, 36; xv, 46; Grégoire de Nazianze, Carm,, p. 264, 4404, édit. Caillau; Concile de Laodicée, canon 60; liste à la suite de la Chronographie de Nicéphore, p. 419 (Paris, 4652). Les Arméniens placent aussi l'Apocalypse parmi les livres dont la canonicilé est douteuse. Sarkis Schnorhali, cité dans Exercice de la fc hrél., avec Tapprobation du catholicos Nersès (Moscou, 4850, en arménien), p. 415-117. Enfin, l'Apocalypse manque dans l'ancienne version Peschito

ciples deviennent des hérétiques ( ébionites , millénaires), perdus dans les bas -fonds du christianisme. L'humanité avait passé à un autre royaume de Dieu. La part de vérité contenue dans la pensée de Jésus l'avait emporté sur la chimère qui l'obscur-

cissait.

Ne méprisons pas cependant cette chimère , qui a été l'écorce grossière de la bulbe sacrée dont nous vivons. Ce fantastique royaume du ciel, cette poursuite sans fm d'une cité de Dieu, qui a toujours /préoccupé le christianisme dans sa longue carrière, / a été le principe du grand instinct d'avenir qui a y^J animé tous les réformateurs, disciples obstinés de ' > S^ l'Apocalypse, depuis Joachim de Flore jusqu'au sec- ^ ^ taire protestant de nos jours. Cet effort impuissant pour fonder une société parfaite a été la source de la tension extraordinaire qui a toujours fait du vrai chrétien un athlète en lutte contre le présent. L'idée du a royaume de Dieu » et l'Apocalypse, qui en est la complète îmage, sont ainsi, en un sens, l'expression la plus élevée et la plus poétique du progrès humain. Certes, il devait aussi en sortir de grands égarements. Suspendue comme une menace permanente au-dessus de l'humanité, la fm du monde, par les effrois périodiques qu'elle causa durant des siècles, nuisit beaucoup à tout développement pro-

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fane*. La société, n'étant plus sûre de son existence, en contracta une sorte de tremblement et ces habitudes de basse humilité qui rendent le moyen âge si inférieur aux temps antiques et aux temps modernes. Un profond changement s'était, d'ailleurs, opéré dans la manière d'envisager la venue du Christ- La première fois qu'on annonça à l'humanité que sa planète allait finir, comme l'enfant qui accueille la mort avec un sourire, elle éprouva le plus vif accès de joie qu'elle eût jamais ressenti. En vieillissant, le monde s'était attaché à la vie. Le jour de grâce, m longtemps attendu par les âmes pures de Galilée, était devenu pour ces siècles de fer un jour de colère : Dies irœ, dies illa! Mais, au sein même de la barbarie, l'idée du royaume de Dieu resta féconde. Quelques-uns des actes de la première moitié du moyen âge commençant par la formule « A rapproche du soir du monde... » sont des chartes d'affranchissement. Malgré l'Église féodale, des sectes, des ordres religieux, de saints personnages continuèrent à protester, au nom de l'Évangile, contre l'iniquité du monde. De nos jours môme, jours troublés où Jésus n'a pas de plus authentiques continuateurs que

4. Voir, pour exemple, le prologue de Grégoire de Tours à son Histoire ecclésiastique des Francs.

VIE DE JÉSDS.

MO

ceux qui semblent le répudier, les rêves d'organisa-

tV^ t tion idéale de la société , qui ont tant d'analogie

, ^<^>5,avec les aspirations des sectes chrétiennes primitives,

r J^ ne sont en un sens que l'épanouissement de la même

j^V* idée, une des branches de cet arbre immense où

germe toute pensée d'avenir, et dont le « royaume * Si de Dieu » sera éternellement la tige et la racine.

Toutes les révolutions sociales de l'humanité seront

greffées sur ce mot-là. Mais, entachées d'un grossier

matériahsme, aspirant à l'impossible, c'est-à-dire à

I fonder l'universelle félicité sur des mesures poliUques

et économiques, les tentatives « socialistes » de notre ' temps resteront infécondes, jusqu'à ce qu'elles pren-

nent pour règle le véritable esprit de Jésus, je veux dire l'idéalisme absolu, ce principe que, pour posséder la terre, il faut y renoncer.

Le mot de « royaume de Dieu » exprime, d'un autre côté, avec un rare bonheur, le besoin qu'éprouve l'âme d'un supplément de destinée , d'une compensation à la vie actuelle. Ceux qui ne se plient pas à concevoir l'homme comme un composé de deux substances, et qui trouvent le dogme déiste de l'immortalité de l'âme en contradiction avec la physiologie, aiment à se reposer dans l'espérance d'une réparation finale , qui , sous une forme inconnue, satisfera aux besoins du cœur de l'homme. Qui sait

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si le dernier terme du progrès, dans des millions de siècles, n'amènera pas la conscience absolus de i'univers, et dans cette conscience le réveil de tout ce qui a vécu? Un sommeil d'un million d'années n'est pas plus long qu'un sommeil d'une heure. Saint Paul , en cette hypothèse, aurait encore eu raison de dire: In ktu oculi'! Il est sûr que l'humanité morale et vertueuse aura sa revanche, qu'un jour le sentiment ^;. . 4^' de l'honnête pauvre homme jugera le monde, et que, ^«^ J* ce jour -là , la figure idéale ^e Jésus sera la confusion de l'homme frivole qui n'a pas cru à la vertu, de l'homme égoïste qui n'a pas su y atteindre. Le mot favori de Jésus reste donc plein d'une éternelle beauté. Une sorte de divination grandiose semble en ceci avoir guidé le maître incomparable et l'avoir tenu dans un vague sublime, embrassant à la fois divers ordres de vérités.

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