‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 248 sur 1128 · Matth., XI · texte numérisé non relu

Matth., XI

vaîent dormir, pour le grand nombre, dans un profond oubli, entretenu par le clergé lui-même; l'homme évangélique sera un homme dangereux. De tous les humains le plus intéressé , le plus orgueilleux , le plus dur, le plus dénué de poésie, un Louis XIV, par exemple, devait trouver des prêtres pour lui persuader, en dépit de l'Évangile, qu'il était chrétien. Mais toujours aussi des saints devaient se rencontrer pour fs prendre à la lettre les sublimes paradoxes de Jésus. |^ Jj V^ La perfection étant placée en dehors des conditions %vv^rordinaires de la société , la vie évangélique complète ^ <^*^ ne pouvant être menée que hors du monde, le prin-j ^ ^ cipe de Tascétisme et de Tétat monacal était posé. I \\V^' Les sociétés chrétiennes auront deux règles morales, ^ ^^\^ \rune médiocrement héroïque pour le commun des ^^^.v*^ hommes, l'autre exaltée jusqu'à l'excès pour l'homme ^^l/"^ parfait; et l'homme parfait, ce sera le moine assu- ^\^ ^\^ jetti à des règles qui ont la prétention de réaliser jp^^"^*^ l'idéal évangélique. Il est certain que cet idéal, ne

• fut-ce que par l'obligation du célibat et de la pauvreté, ne pouvait être de droit commun. Le moine est ainsi, à quelques égards, le seul vrai chrétien. Le bon sens vulgaire se révolte devant ces excèîs; à l'en croire, l'impossible est le signe de la faiblesse et de l'erreur. Mais le bon sens vulgaire est un mauvais juge quand il s'agit des grandes choses. Pour obte-

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VIE DE JÉSUS

nir moins de l'humanité, il faut lui demander plus. L'immense progrès moral dû à l'Évangile vient de ses exagérations. C'est par là qu'il a été, comme le stoïcisme, mais avec infiniment plus d'ampleur, un argument vivant des forces divines qui sont en l'homme, un monument élevé à la puissance de la

volonté.

On imagine sans peine que pour Jésus, à l'heure où nous sommes arrivés, tout ce qvii n'était pas le royaume de Dieu avait absolument disparu. Il était, si on peut le dire, totalement hors de la nature : la famille, l'amitié, la patrie, n'avaient plus aucun sens pour lui. Sans doute, il avait fait dès lors le sacrifice de sa vie. Parfois, on est tenté de croire que, voyant dans sa propre mort un moyen de fonder son royaume, îl conçut de propos délibéré le dessein de se faire tuer^ D'autres fois (quoiqu'une telle pensée n'ait été érigée en dogme que plus tard) , la mort se présente à lui comme un sacrifice, destiné à apaiser son Père et à sauver les hommes*. Un goût singulier de persécution et de supplices' le pénétrait. Son sang lui paraissait comme l'eau d'un second baptême dont il devait être baigné, et il semblait possédé d'une hâte

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