Joan, XV
VIE DE JÉSUS
Entraîné pBT cette effrayante progression d'etithousîasme, comiriâHaé par les nécessités d'une prédication de plus en pins exaltée, Jésus n'était plus libre ; il appartenait à son rôle et, en un sens, h l'huraanité. Ijuelquefois on eût dit que sa raison se troublait. Il avait comme deà angoisses et des agitations intérieures^ La grande vision dû royaume de Dieu, sans cessé flartd)Oydht devant ses yeux, lui donnait le vertige. Il faut se rappeler que ses proches, par moments, l^avaîent crii fou% que ses ennemis le déclarèrent possédé » .Sôii tempérament, excessivement passionné, le portait à chaque instant hors des bornes de la nature humaine. Son œuvré n'étant pas une œuvré de raison, et se jouant de toutes les règles de l'esprit humain, ce qu'il exigeait le plus impérieusement, c'était la « foi* ». Ce mot était celui qui se répétait le plus souvent dans le petit cénacle. C'est le mot dé tous les mouvements populaires. Il est clair qu'aucun de ces mouvements ne se ferait, s'il fallait que celui qui les excite gagnât ses disciples les uns après les autres par de bonnes preuves, logiquement déduites. La réflexion ne mène qu'au doute, et, si les auteurs de la
^ . lean, xii, 27.
t. Maïc III, ii etsuiv.
3. Marc, m, 22; Jean, vu, 20; vin, 48 et suiv.; x, 20 et smv.
4. Matlh., VIII, 40; IX, 2, 22, 28-39; xvii, <9; Jean, vi, 29, etc.
révolution française, par exemple, eussent dû être préalablement convaincus par des méditations suffisamment longues, tous fussent arrivés à la vieillesse sans rien faire. Jésus, de même, visait moins à la conviction régulière qu'à l'entraînement. Pressant, impératif, il ne souffrait aucune opposition : il faut se convertir, il attend. Sa douceur naturelle semblait l'avoir abandonné; il était parfois rude et bizarre \ Ses disciples , à certains moments , ne le comprenaient plus , et éprouvaient devant lui une espèce de sentiment de crainte*. Sa mauvaise humeur contre toute résistance l'entraînait jusqu'à des actes inexplicables et en apparence absurdes'.
Ce n'est pas que sa vertu baissât; mais sa lutte au nom de l'idéal contre la réalité devenait insoutenable. Il se meurtrissait et se révoltait au contact de la terre. L'obstacle l'irritait. Sa notion de Fils de Dieu se troublait et s'exagérait. La divinité a ses intermittences; on n'est pas fils de Dieu toute sa vie et d'une façon continue. On l'est à certaines heures, par des illuminations soudaines, perdues au milieu de longues
VIE DE JËSUS»
obscurités. La loi fatale qui condamne l'idée à déchoir dès qu elle cherche à convertir les hommes s'appliquait à Jésus. Les hommes en h touchant l'abaissaient à leur niveau. Le ton qu'il avait pris ne pouvait être soutenu plus de quelques mois; il était temps que la mort vînt dénouer une situation tendue à l'excès, l'enlever aux impossioilités d'une voie sans issue , et , en le délivrant d'une épreuve trop prolongée, l'introduire désormais impeccable dans sa céleste sérénité.
4. Matth., XVII, 17 (Vuîg. 16); Marc, m, 5; ix, 19 (Vulg. 18); Luc, VIII, 45 ; ix, 41 .
2. C'est surtout dans Marc que ce trait est sensible ; iv, 40 ; v, 45; IX, 31; x, 32.