‹ Histoire des origines de Christianisme [microform]Chapitre 353 sur 1128 · ApoU l · texte numérisé non relu

ApoU l

VIE DE JÉSUS

touchante de Marie auprès de la croix et des fonctions filiales que Jésus remit à Jean, dit M. Strauss, se soit perdue , c'est ce qu'il est bien moins facile de comprendre qu'il ne Test de comprendre comment tout cela a pu naître dans le cercle où se forma le quatrième Évangile. Songeons que c'était un cercle où Tapôtre Jean jouissait d'une vénération particulière , dont nous voyons la preuve dans le soin avec lequel notre Évangile le choisit parmi les trois plus intimes confidents de Jésus, pour en faire le seul apôtre bien -aimé; dès lors, pouvait -on trouver rien qui mît le sceau à cette prédilection d'une manière plus frappante, qu'une déclaration solennelle de Jésus, qui , par un dernier acte de sa volonté , laissait à Jean sa mère comme le legs le plus précieux , le substituait ainsi à sa place, et le faisait a vicaire du Christ », sans compter qu'il était naturel de se demander, au sujet de Marie, comme au sujet de l'apôtre bien- aimé, s'il était possibte qu'ils se fussent éloignés des côtés de Jésus à ce moment suprême? »

Cela est très-bien raisonné. Cela prouve parfaitement qu'il y eut chez notre rédacteur plus d'une arrière-pensée, qu'il n'a pas la sincérité, la naïveté absolue de Matthieu et d3 Marc. Mais c'est ici du moins la marque d'origine la plus lisible de l'ouvrage que nous discutons. En rapprochant ce passage des autres endroits où sont relevés les privilèges « du disciple que Jésus aimait », il ne peut rester aucun doute sur la famille chrétienne d'où ce livre est sorti, f Cela ne prouve pas qu'un disciple immédiat de Jésus l'ait écrit; mais cela prouve que celui qui tient la plume croit ou veut faire croire qu'il raconte les souvenirs d'un disciple immédiat de Jésus, et que son but est d'exalter la prérogative de ce disciple , de montrer qu'il a été, ce que ne

APPENDICE

furent ni Jacques ni Pierre, un vrai frère, un frère spirituel de Jésus J

En tout cal, le nouvel accord que nous avons trouve entre notre texte et l'Évangile de Luc est bien remarquable. I^ expression de Luc, en effet (xxui, 49), n'excluent pas précisément Marie du pied de la croix et l'auteur des Actes, qui est bien le même que celui du troisième Évangile, place Marie parmi les disciples à Jérusalem, peu de jours après la mort de Jésus. Cela a peu de valeur historique, car l'auteur du troisième Évangile et des Actes (au moins pour les premiers chapitres de ce dernier ouvrage) est le traditioniste le moins autorisé de tout le Nouveau Testament. Mais cela établit de plus en plus ce fait, à mes yeux très-grave, que la tradition johannique ne fut pas dans l'Église primitive un accideut isolé, que beaucoup de traditions propres à .''école de Jean avaient transpiré ou étaient communes à d'autres Églises chrétiennes, même avant la rédaction du quatrième Évangile, ou du moins indépendamment de lui. Car de supposer que l'auteur du quatrième Évangile eût l'Evangile de Luc sous les yeux en composant son ouvrage, c'est ce qui me paraît très-iii^)robable.

§ 37. Notre texte retrouve sa supériorité pour ce qui concerne le breuvage sur la croix. Cette circonstance, à propos de laquelle Matthieu et Marc s'expriment avec obscurité, qui chez Luc est tout à fait transformée (xxm, 36), trouve ici sa véritable explication. C'est Jésus lui-même qui, brûlant de soif, demande à boire. Un soldat lui présente un peu de son eau acidulée, au moyen d'une éponge. Cela est trèsnaturel, et d'une très-bonne archéologie. Ce n'est là m une dérision, ni une aggravation de supplice, comme le croient les synoptiques. C'est un trait d'humanité du soldat. S 38. Notre Évangile omet le tremblement de terre et les

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phénomènes dont la légende la plus répandue voulait que le dernier soupir de Jésus eût été accompagné.

§ 39. L'épisode du crurifragium et du coup de lance, propre a notre Évangile, n'a rien que de possible. L'archéologie juive et l'archéologie romaine du v. 31 sont exactes. Le crurifragium est bien un supplice romain. Quant à la médecine du v. 2>k, elle peut prêter à beaucoup d'observations. Mais, quand même notre auteur ferait preuve ici d'une physiologie imparfaite, cela ne tirerait pas à conséquence. Je sais que le coup de lance peut avoir été inventé pour répondre à Zacharie, xii, 10; cf. Apoc, i, 7. Je reconnais que l'explication symbolique a priori s'adapte très-bien à la circonstance que Jésus ne subit pas le crurifragium. L'auteur veut assimiler Jésus à l'agneau pascal S et il est bien aise pour sa thèse que les os de Jésus n'aient pas été brisés*. Peut-être même n'est-il pas fâché de mêler à l'affaire un peu d'hysope ». Quant à l'eau et au sang qui coulent du côté , il est également facile de leur trouver une valeur dogmatique *. Est-ce à dire que l'auteur du quatrième Évangile ait inventé ces détails? Je comprends très-bien qu'on raisonne ainsi :(jésus, comme Messie, devait naître à Bethléhem; donc, les récits, fort invraisemblables d'ailleurs, qui font aller ses parents à Bethléhem au moment de sa naissance sont des fictions) Mais peut-on dire aussi qu'il était écrit d'avance que Jésus n'aurait pas les os rompus, que l'eau et le sang couleraient de son côté?^'estil pas admissible que ce sont là des circonstances réelle-

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