Voir Introd., p. xlih-xlii
2. La première mention certaine des esséniens se trouve vert Tan 106 avant J.-C. Jos., Ant., XUI, xi, 2; B. J.» ï, m, 5.
VIE DE JÉSUS
qui restaient en dehors de toutes ces imaginations particulières , et s'en tenaient à la simplicité du mosaïsme. Aucun» pouvoir dogmatique analogue à celui que le christianisme orthodoxe a déféré à l'Église n'existait alors. Ce n'est qu'à partir du ut siècle, quand le christianisme est tombé entre les mains de races raisonneuses , folles de dialectique et de métaphysique, que commence cette fièvre de définitions qui fait de l'histoire de l'Église l'histoire d'une immense controverse. On disputait aussi chez les Juifs; des écoles ardentes apportaient à presque toutes les questions qui s'agitaient des solutions opposées; mais, dans ces luttes , dont le Talmud nous a conservé les principaux traits , il n'y a pas un seul mot de théologie spéculative. Observer et maintenir la Loi, parce que la Loi est juste, et que, bien observée, elle donne le bonheur, voilà tout le judaïsme. Nul credo^ nul symbole théorique. Un disciple de la philosophie arabe la plus hardie. Moïse Maimonide, a pu devenir l'oracle de la synagogue , parce qu'il a été un canoniste très-exercé.
Les règnes des derniers Asmonéens et celui d'Hérode virent l'exaltation grandir encore. Ils furent remplis par une série non interrompue de mouvements religieux. A mesure que le pouvoir se sécularisait et passait en des mains incrédules, le peuple juif vivait
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,8 ORIGINES DO CHniSTIANISME.
de moins en moins pour la terre et se laissait de plus en plus absorber par le travail étrange qm s opérait en son sein. Le monde , distrait par d'autres spectacles, n'a nulle connaissance de ce qm se passe en ce coin oublié de l'Orient. Les âmes au courant de leur siècle sont pourtant mieux avisées. Le tendre et clairvoyant Virgile semble répondre, comme par un écho secret, au second Isaïe; la naissance dun enfant le jette dans des rêves de palingénésie universelle '. Ces rêves étaient ordinaires et formaient comme un genre de littérature, que l'on couvrait du nom des sibylles. La formation toute récente de 1 Empire exaltait les imaginations; la grande ère de paix où l'on entrait et cette impression de sensibilité mélancolique qu'éprouvent les âmes après les longues périodes de révolution faisaient naître de toute part des espérances illimitées.
En Judée, l'attente était h. son comble. De saintes personnes, parmi lesquelles la légende cite un vieux Siméon, auquel on fait tenir Jésus dans ses bras, Anne, ÛUe de Phanuel, considérée comme prophe-
4 Éd ,v. Le C«ma>u« came» (V. 4) était une sorte d'apocaly^eÏ ylUne, empreinte de .a philosophie ^e rh.to.ro a..>.e. •Jforient. Voir Servius sur ce vers, et Carnuna s^bylkna U. 97-817. Cf. Tac, llUt., V, 43; Suet., Vesp., 4, Jos-, B. J.. VI, », 4.
VIE DE JÉSDS.
tesse*, passaient leur vie autour du temple, jeûnant, priant, pour qu'il plût à, Dieu de ne pas les retirer du monde sans leur avoir montré l'accomplissement des espérances d'Israël. On sent une puissante incubation, l'approche de quelque chose d'inconnu.
Ce mélange confus de claires vues et de songes, cette alternative de déceptions et d'espérances, ces aspirations sans cesse ref)uiées par une odieuse réalité, trouvèrent enfin leur interprète dans l'homme incomparable auquel la conscience universelle a décerné le titre de Fils de Dieu, et cela en toute justice, puisqu'il a fait faire à la religion un pas auquel nul autre ne peut et probablement ue poui-ra jamais être comparé.