Ibid., I
4. Matth., III, 4; Mare, I, 6; fragm. de VÉvang. âçi éhionim, dans Épipb., Adv. hœr., xxx^ 43.
espèce de désespoir h réfléchir sur sa vocation mystérieuse, rimagination du peuple s'était reportée avec beaucoup de complaisance vers les anciens prophètes. Or, de tous les personnages du passé , dont le souvenir venait comme les songes d'une nuit troublée réveiller et agiter le peuple, le plus grand était Élie. Ce géant des prophètes , en son âpre solitude du Carmel , partageant la vie des bêtes sauvages , demeurant dans le creux des rochers , d'où il sortait comme un foudre pour faire et défaire les rois, était devenu, par des transformations successives, une sorte d'être surhumain , tantôt visible , tantôt invisible, et qui n'avait pas goûté la mort. On croyait généralement qu'Élie allait revenir et restaurer Israël K La vie austère qu'il avait menée, les souvenirs terribles qu'il avait laissés, et sous l'impression desquels l'Orient vit encore', cette sombre image qui, jusqu'à nos jours, fait trembler et tue, toute cette mythologie, pleine de vengeance et de terreurs, frappaient vivement les
1. Malachie, m, 23-24 (iv, 5-6 selon la Vulg.); Ecclésiastique, XLViii, 40; Matth., xvi, 44; xvii, 40 et suiv.; Marc, vi, 45; viii, 28; IX, 40 et suiv.; Luc, ix, 8, 49; Jean, i, 24, 25.
2. Le féroce Abdallah, pacha de Saint-Jean-d'Acre, pensa mourir de frayeur pour l'avoir vu en rêve, dressé debout sur sa montagne. Dans les tableaux des églises chrétiennes, on le voit entouré de tôtes coupées; les musulmans ont peur de lui.
VIE DE JÉSUS
esprits et marquaient, en quelque sorte, d'un signe de naissance tous les enfantements populaires. Quiconque aspirait à une grande action sur le peuple devait imiter Élie , et , comme la vie solitaire avait été le trait essentiel de ce prophète, on se représenta « l'homme de Dieu » sous les traits d'un ermite. On se figura que tous les saints personnages avaient eu leurs jours de pénitence , de vie agreste , d'austérités * . La retraite au désert devint ainsi la condition et le prélude des hautes destinées.
Nul doute que cette pensée d'imitation n'ait beaucoup préoccupé Jean'. La vie anachorétique, si opposée à. l'esprit de l'ancien peuple juif, et avec laquelle les vœux dans le genre de ceux des nazirs et des réchabites n'avaient aucun rapport, faisait de toutes parts invasion en Judée. Les esséniens avaient leurs demeures près du pays de Jean , sur les bords de la mer Morte'. L'abstinence de chair, de vin, des plaisirs sexuels, était regardée comme le noviciat des révélateurs *. On s'imaginait que les chefs de secte