CHAPITRE VII
SCITE DD DEIXIÉHE VOÏACE DE PAUL. -PAUL A ATHÈNES.
Paul, toujours accompagné des fidèles Bcréens, fit voile vers Athènes '. Du fond du golfe Thermaïque à Phalère ou au Pirée, la route est de trois ou quatre journées de petite navigation. On passe au pied de l'Olympe, de l'Ossa, du Pélion ; on contourne les sinuosités de la mer intérieure que l'Eubée sépare du reste de la mer Egée *- ; on franchit le
4 Que Paul ait fait ce voyage par mer, c'est ce qui résulte do ^c<"./xvii, U, 15. Pour aller de Bérée à Athènes par terre, en effet' il n'était pas nécessaire de venir à la côte; la route de terre ainsi' entendue eût été pleine de liétours et de difficultés; delà sorte, d'ailleurs, il eût été plus naturel que Paul vint à Corinthe avant d'aller à Athènes. Paul s'embarqua probablement vers Alorus ou Méthone. (Voir Strabon, VU, fragm. ÎO, 22; Leake, III,
433 et suiv.) 2. C'est la route suivie aujourd'hui ; mais il -îst fort possible
(A„ 53J SAINT PACU '«
Singulier détroit de TEuripe. A chaque bordée, on effleure cette terre vraiment sainte, où la perfection s'est une fois dévoilée, où l'idéal a réellement existé, cette terre qui a vu la plus noble des races fonder en même temps l'art, la science, la philosophie, la politique. Paul n'éprouva pas sans doute en y abordant l'espèce de sentiment filial que les hommes cultivés éprouvaient dès lors en touchant ce sol ven.^ vable '. Il était d'un autre monde; sa terre sainte
était ailleurs.
La Grèce ne s'était pas relevée des coups terribles qui l'avaient frappée dans les derniers siècles. Comme les fils de la Terre, ces tribus aristocratiques s'étaient déchirées les unes les autres; les Romains avaient achevé de les exterminer; les anciennes familles avaient k peu près disparu. Les antiques villes de Thèbes, d'Argos étaient devenues de pauvres villages; Olympie et Sparte étaient humiliées; Athènes et Co- ' rinthe avaient seules survécu. La campagne était presque un désert : l'image de désolation qui résulte
„u; saint Paul ait passé au large de l'Eubée, ainsi que l'a voulu
*'/Son, Epist. ad QuMum fraCre,n,\, 1; Sulpicius à Cic' Epist. fam., IV, 5; Ad Att.,\, «0; VI, 1; Tacite, Ann., ,, 'ôS Pline le Jeune, Epist., VIII , 24; Philostrate, V*e d-.ipoli V, 41 ; Vie des sopli., U , ., 27; Sp^^ien, Vie de SepL ,Sc't>., 3.
des peintures de Polybe , de Cicéron , de Strabon et de Pausanias est navrante '. Les apparences de liberté que les Romains avaient laissées aux villes, et qui ne devaient disparaître que sous Vespasieu % n'étaient guère qu'une ironie. La mauvaise administration des Romains avait tout ruiné ' ; les temples n'étaient plus entretenus; à chaque pas, c'étaient des piédestaux dont les conquérants avaient volé les statues ou que l'adulation avait consacrés aux nouveaux dominateurs*. Le Péloponèse surtout était frappé de mort. Sparte l'avait tué; brûlé par le voisinage de cette folle utopie, ce pauvre pays ne renaquit jamais ^ A l'époque romaine, d'ailleurs, le régime des grandes
1. Polvbe, XXXVII, 4; XL, 3; Cicéron, In Pisonem, 40; Lettre de Sulpicius à Cicéron, Ad fam., IV, 5; Strabon, VHÎ, VIII, 1 ; IX, II, 5, 25; m, 8 ; v, 15; Plutarque, De def. orac, 5, 8; Pausanias, Iï,xviii, 3; xxxviii, 2; VII, xvii, 4; Jos., B. J.,