Justin, Apol. I, 67, est d'un siècle plus avancé
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mémoire sur a les dits et faits » de Jésus, ces livrets avaient un caractère tout privé. Ce n'étaient pas des écritures authentiques, officielles, universellement reçues dans la communauté ; c'étaient des notes dont les personnes au courant des choses faisaient peu de cas et qu'elles jugeaient tout à fait inférieures comme autorité à la tradition*.
Paul, de son côté, n'avait nullement l'esprit tourné à composer des livres. Il n'avait pas la patience qu'il faut pour écrire; il était incapable de méthode; le travail de la plume lui était désagréable, et il aimait à s'en débarrasser sur d'autres-. La correspondance, au contraire, si antipathique aux écrivains, habitués à exposer leurs idées avec art, allait bien à son activité fébrile, à son besoin d'exprimer sur-le-chamix ses impressions. A la fois vif, rude, poh, mahn^ sarcastique, puis tout à coup tendre, délicat, presque mièvre et câlin, ayant l'expression heureuse et fine au plus haut degré, habile à semer son style de réticences, de réserves,, de précautions infinies, de malignes allusions, d'ironies dissimulées, il devait exceller dans un genre qui exige avant tout du premier mouvement. Le style épistolaire de Paul est le
\. Papias, dans Eusèbe, //. E., Ilï, 39. 2. Rom., XVI, n.
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plus personnel qu'il y ait jamais eu. La langue y est, si j'ose le dire, broyée; pas une phrase suivie. Il est impossible de violer plus audacieusement, je ne dis pas le génie de la langue grecque, mais la logique du langage humain; on dirait une rapide conversation sténographiée et reproduite sans corrections. Timothée se forma vite à remplir auprès de son maître les fonctions de secrétaire, et, comme sa langue devait un peu ressembler à celle de Paul, il le remplaça fréquemment. 11 est probable que dans les ÎÉpîtres et peut-être dans les Actes nous avons plus d'une page de Timothée : telle était la modestie de cet homme rare que nous n'avons aucun signe certain pour les retrouver.
Même quand Paul correspondait directement, il n'écrivait pas de sa propre main; il dictait *. Quelquefois, quand la lettre était finie, il la relisait; son âme impétueuse l'emportait alors; il y faisait des additions marginales, au risque de briser le contexte et de produire des phrases suspendues ou enchevêtrées \ Il envoyait la lettre ainsi raturée,
i. Rom., XVI, 22. Les passages Philémon, i9, et Gai., vi, N, n'impliquent pas que ces deux lettres fussent entièrement autographes; ce seraient là, en tout cas, des exceptions.
2. Par exemple, Rom., ii, 14-15; I Cor., viii, 1-3; Gai., u, 6-7; VI, 1. Cf. Cic, Ad AU., V, 1. Pour se représenter l'aspect
Ki
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sans se soucier des innombrables répétitions de mots et d'idées qu'elle contenait. Avec sa merveilleuse chaleur d'âme, Paul a une singulière pauvreté d'expression. Un mot l'obsède S il le ramène dans une page à tout propos. Ce n'est pas de la stérilité ; c'est de la contention d'esprit et une complète insouciance de la correction du style. Pour éviter les fraudes nombreuses auxquelles donnaient lieu les^ passions du temps, l'autorité de l'apôtre et les conditions matérielles de l'épistolographie antique % Paul avait coutume d'envoyer aux Églises un spécimen de son écriture, qui était facilement reconnaissable ' ; après quoi, il lui suffisait, selon un usage alors général, de mettre à la fin de ses lettres quelques mots de sa main pour en garantir l'authenticité *.
(l'une lettre de Paul , voir Papyrus grecs du Louvre et de la Bibl. imp., dans les Noiices et extraits, t. XVIII , 2« partie, pi. VI et suiv., ou pi. XVII, ou pi. xxii ( pap. 18 6is), ou pi. xlvi,
ou pi. LU.
1. Par exemple, xauxâcfAai et ses dérivés, dans les deuxépîtres
aux Corinthiens.
2. II Thess., Il, 2; Denys de Cor., dans Eus., H, E., IV, 23.