‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 100 sur 143 · CHAI'. XIV. — INVASION M L'ÀTIIQUE · texte numérisé non relu

CHAI'. XIV. — INVASION M L'ÀTIIQUE

messager, nommé Phidippide, que la rapidité avec laquelle il accomplissait de lougs voyages avait rendu célèbre. Il est probable qu'ils recoururent aussi aux Platéens, qu'ils pouvaient regarder non-seulement comme des alliés, mais encore comme des frères. A l'occasion d'une disputa de frontières, Platée s'était depuis longtemps mise en hostilité avec Thèbes. Menacée par sa puissante voisine, elle implora, sous le régne de Cléomène, la protection de Sparte. Elle offrait de quitter la confédération béotienne pour se ranger sous la domination des Spartiates. Ceuxci ne trouvèrent aucun avantage a établir de semblables rapports entre eux et les Platéens. Dans le but peut-être de semer le germe de continuelles disputes entre l'Attique et la Béotie, ils leur conseillèrent de s'adresseraox Athéniens, qui accueillirent leur demande. Les Thébains contestèrent le droit des Platéens à rompre les liens qui les unissaient a la Béotie, et se préparèrent à soutenir leur prétention par la voie des armes. Les Corinthiens intervinrent heureusement, et lorsque la question fut déférée à leur arbitrage, ils décidèrent en faveur de Platée; puis ils fixèrent ses frontières. Les Thébains furent si mécontents de cette sentence, qu'ils attaquèrent l'armée athénienne venue au secours des Platéens au moment où elle rentrait m Attlque ; mais ils essuyèrent une défaite et se trouvèrent forcés d'abandonner une partie du territoire que leur avaient assigné les Corinthiens. On transporta les bornes de Platée, et conséquemment celles de l'Attique, devant l'Asopus. Les Platéens devinrent, comme on les appela désormais, des Athéniens Béotiens. Leur propre indépendance politique d'un côté, et de l'autre les privilèges particuliers (l] des citoyen s d'Athènes, les unirent aux Athéniens par les lie us les plus étroits. Les Platéens rassemblèrent donc toutes leurs forces, qui, dansune occasion postérieure et également pressante où ils combattirent surjeur propre territoire, se montaient à six cents hommes pesamment armés (2) ; puis, marchant sur Marathon, ils trouvèrent l'armée athénienne en présence de l'ennemi.

Le courrier d'Athènes, voyageant avec une promptitude extraordinaire, arriva a Sparte le lendemain du Jour où il avait quitté la ville menacée. 11 raconta' la chute d' Érétrie et l'Imminent danger d'Athènes. Les Spartiates ne refusèrent pas leur assistance, espérant peut-être que^ le moindre relard la rendrait inutile. Si au eoutraire leurs intentions étaient loyales, ils ne comprirent pas l'urgence de la situation. La lune allait prendre son plein dans quelques Jours. Commencer une expédition dans cet intervalle, du inoins dans le mois où l'on se trouvait alors, le mois probablement de la grande fête des Carnées, c'était une chose contraire aux maximes fondamentales de leur superstition (3). Quoi qu'il en soit, ils rudoyèrent le messager en lui promettant un secours éloigné. Pour consoler ses concitoyens, celui-ci leur annonça l'appui

(1) Ce fut pfo I mlilc menl le rapport A'hopolilit, rapport représenté plui larf pur l'orateur ihébain [dan? Thuc, ni, 63) comme une admission absolue à la franchise allique. Vojci Wachsmiilli. I, *,p. 1+9; Niebubr, II, p. 30.— (2) Hérodote ne donne pas le nombre des Platéens piéscnls à Marathon. Justin cl Corq0iui Népos le fout mouler « mille. — [3) Vovei l'appendice III. à

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d'une main Invisible. An moment o.ù il franchissait le sommet des montagnes qui séparent l'Argolide de l'Annale, le dieu Pan l'appela, dit-il, par son nom, et le chargea d'adresser aux Athéniens un reproche amical ponr avoir abandonné le culte d'une divinité qui leur avait été souvent utile autrefois et qui leur prouverait encore sa bonté dons l'avenir. La ville reconnaissante répondit à cet encouragement opportun en dédiant à la divinité champêtre une grotte naturelle qui existait .dans le rocher de Cecrops, et en l'honorant par un sacrifice annuel et une course de flambeaux. On fit un vœu extraordinaire pour invoquer la protection de Diane contre les flèches des barbares; ponr chaque ennemi tué, on promit de conduire «ne chèvre chaque année devant son autel à Agrès, sur les bords de i'illssus, où, selon la légende du temple, la déesse s'était pour la première fois servie de son arc, lorsqu'elle vint de son fie natale (1). Avec cette réunion de forces, avec ces espérances, l'année athénienne traversa les hauteurs qui séparent la plaine de Marathon de l' Atliquc centrale, et se posta à l'est des montagnes, à V ouverture de la vallée.

Selon la constitution de ClistWne, les troupes comptaient dix généraux, à la tète desquels se trouvait le polémarque Callimaque, dont l'autorité et l'influence assuraient seules l'unité des résolutions. La toi assignait à ee dernier le commandement de l'aile droite et le vote décisif dans toutes les questions où les voix des dix généraux se balanceraient entre elles. Parmi ceux-ci était Miltiade, le dernier maître de la Chersonèse, qui avait obtenu sans opposition ce témoignage de la confiance publique. A son retour à Athènes, il avait trouvé ses rivaux et ses ennemis qui s'efforçaient d'exciter contre lui la jalousie populaire, et qui cherchaient à baser une accusation capitale sur le séjour qu'il avait fait dans sa principauté étrangère. Ils pouvaient dire devant le tribunal qu'un compatriote d'Harroodius et d'Aristogiton qui devenait tyran méritait la mort. Comme il avait sans doute exercé son autorité sur des Athéniens, bien que ce fût hors de l'Attique, il était, suivant les termes de la loi, soumit à la pénalité portée contre la tyrannie. Miltiade échappa au danger, non pas peut-être a cause de son innocence, mais parce qu'il avaitheureusement consacré au service d'Athènes la puissance qu'on lui reprochait d'avoir exercée. Une haine profonde subsista pendant plusieurs générations entre les Athéniens et ces débris de la race des Pélasges que nous avons vus s'établir dans les lies de Lemnos et d'Imbros après avoir été chasses de l'Attique. Ils s'étaient rendus redoutables dans la mer Egée par leur piraterie, et dans une de leurs excursions ils avaient débarqué sur la cote attique pour enlever les femmes du pays occupées à célébrer une fête. Le ressentiment éprouvé dans cette circonstance par les Athéniens s'accrut encore à la nouvelle bientôt après répandue, que les Pélasges, soupçonnant leurs captives de projets hostiles, les avaient tuées, elles et leurs enfants. Cette action atroce, à la suite de laquelle les horreurs lem-

(t) Pdusan,, i, 19, 6.

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