‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 107 sur 143 · CHAP. XV. — REVUE DE DORISQUE · texte numérisé non relu

CHAP. XV. — REVUE DE DORISQUE

courage, mais aussi par l'abondance d'or qu'ils étalaient, parla suite de voitures, de femmes et de serviteurs dont ils se faisaient accompagner. Le spectacle qui fut donné à Xerxès dans les plaines et sur les rivages deDorisque l'enorgueillit sans doute, mais il dut en même temps inspirer des inquiétudes sur l'issue de l'entreprise aux Grecs intelligents de son cortège. Le langage de Démarate, dans la conversation qu'Hérodote lui prête avec Xerxès après la revue, exprime, bien qu'elle n'ait probablement jamais eu lieu, les pensées qui devaient se présenter à l'esprit d'un Spartiate. La pauvreté, observe le roi déchu, fut le seul présent que la Grèce reçut de la nature; mais la loi et fa raison mettaient entre ses mains des instruments avec lesquels elle cultivait son maigre héritage et devait espérer repousser l'invasion de Xerxès et de son armée.

Depuis Dorisque, les troupes continuèrent leur marche le long du ri- -M*^* * vnge, avec la flotte en vue, à travers une région jadis subjuguée par Mé- T«™"*nir«* gabaze et Mardonius. Elles se renforçaient en chemin des hordes thraces au milieu desquelles elles passaient. L'expédition ne manquait pas de provisions; le pays, les vaisseaux et les magasins formés dans les villes de la côte lui en procuraient en abondance. Les principales cités qui se trouvaient sur la route avaient depuis longtemps reçu l'ordre de se préparer nu passage du roi. Chat une, en conséquence, célébrait l'arrivée du monarque dans un festin magnifique. La division de l'armée * qui l'accompagnait trouvait dans ses haltes des ressources journalières. Mais pour le prince et pour son cortège on disposait, sous une tente, une table couverte de vaisselles d'or et d'argent et chargée de tous les mets que la terre, l'air et l'eau avaient pu fournir. Le lendemain, lorsque le royal convive s'éloignait, ses compagnons emportaient soigneusement les débris du banquet, la tente, les vases précieux et les meubles. Un seul repas de Xerxès coûta aux Thasiens quatre cents talents. C'était à peu près la somme fournie annuellement par les alliés d'Athènes pour entretenir lamarinequi détruisit ta puissance navale de la Perse. Ce n'était pas sans raison qu'un citoyen d'Abdère engageait ses compatriotes à offrir UDe solennelle action de grâce aux dieux pour les remercier de ce que Xerxès ne faisait qu'un seul repas par jour. La rareté de l'eau fut la principale contrariété que l'armée éprouva. Hérodote nomme plusieurs rivières qui ne suffirent pas à la consommation.

Parmi les préparatifs exécutés pour la campagne se trouvait un pont jeté sur le Strymon, Quand Xerxès arriva sur les bords de cette rivière, ses pré Lies- m âges firent un socrifice de chevaux blancs et se servirent de leurs sortilèges pour se rendre l'onde propice. Mais à Amphipolis, alors appelée les Neuf-Voies, ils célébrèrent une cérémonie plus horrible que leur suggéra le nom du lieu. Dans uu but qu'eux seuls peutêtre connaissaient, ils ensevelirent vivants un garçon et une fille nés dans le pays, pour chacune des Neuf- Voies. Hérodote observe qu'une femme de Xerxès sacrifia plus tard, et de la même manière, à une divinité infernale, quatorze jeunes victimes nées de uobles perses. A Acanthe, Xerxès s'arrêta pour visiter le merveilleux canal au moyen duquel là flotte évita le danger de doubler le moût Athos. Les Acau-

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thiens lui parurent zélés pour sa cause, et il leur donna des marques particulières de sa faveur. Les habitants de cette contrée avaient sans doute recueilli un gain considérable d'un travail gui avnit si longtemps retenu une multitude innombrable d'ouvriers dans fe voisinage de leur ville ; ils pensaient aussi sans doute aux avantages durables qu'ils retireraient du canal. Voilà pourquoi peut-être ils honorèrent par des sacrifices, comme on en faisait aux héros, un Perse de haute naissance qui avait dirigé les travaux et qui vint à mourir au moment où Xerxès se trouvait au milieu d'eux. A Acanthe l'armée se sépara pour la première fois de la flotte et quitta la côte pour atteindre, à travers la Péninsule chalcidienne.la ville de Thermo, laquelle donnait alors son nom au golfe qui emprunta plus tard celui de Thessnlonique. Là, après que In flotte eut côtoyé plusieurs baies et se fut renforcée de vaisseaux et d'hommes tirés des ports chaleidiens, lesdetix forces se rencontrèrent de nouveau. Durant le séjour de l'expédition à Therme, Xerxès satisfit sa curiosité en s'embarquant pour l'embouchure du Pénée et en examinant le remarquable défilé à travers lequel ses eaux s'échappent des plaines de, la Thessalie.

âtf^,™Ufa Tandis que l'Asie s'agitait au bruit des préparatifs de la Perse, la Grèce ne pouvait pas être tranquille. Ceux des Etats qui avaient le plus à redouter une invasion durent être inquiétés de bonne heure par la nouvelle de la grande expédition que Darius commença à préparer aussitôt après la bataille de Marathon. Cependant la confiance inspirée par *• un triomphe récent, l'incertitude des projets de l'ennemi et plus tard la révolte de l'Egypte, retardèrent la délibération des Grecs et les empêchèrent de mettre le temps à profit pour leur défense. A la fin cependant, lorsque l'insurrection égyptienne fut réprimée, lorsque les intentions hostiles du nouveau roi ne furent plus douteuses, les principaux États, et ceux qui étaient animés du même esprit, sentirent la nécessité de pourvoir à un danger imminent. Quand Xerxès se rendit à Sardes, ilsenvoyèrentdesespions pour vérifier ce qu'il y avait de vrai dans les bruits qu'on avait répandus. Découverts à Sardes, les espions furent renvoyés par l'ordre du roi après qu'on leur eut fait contempler la puissance du monarque. En leur faisant grâce, Xerxès était peut-être moins dirigé par desseutimentsde pitié ou d'orgueil que par l'espérance de les votajettr le (rouble et le découragement parmi leurs concitoyens. La force de la Grèce résidait tout entière dans l'union de ses enfants. Sans cet accord, les obstacles naturels que le sol offrait à l'invasion étaient inutiles. Rn conséquence, ce qu'il y avait de plus pressé, c'était de soulever la nation comme un seul homme contre l'ennemi commun. Une fois arrivé à ce but, on n'avait plus qu'à maintenir avec courage et prudence les boulevards que la nature opposait à l'agression; mais, comme la nécessité était urgente, la difficulté était grande. Les vues et les senlimenls des États grecs variaient suivant leur situation naturelle. Le peuple ne manquait nulle part d'amour pour la liberté et de haine pour la domina lion étrangère ; mais les passions et les intérêts de chacun nuisaient à l'explosion du sentiment national.

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