‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 108 sur 143 · CHÀP. XV. — ÉTAT DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

CHÀP. XV. — ÉTAT DE LA GRÈCE

La famille thessaliennc des Aleuades, comme nous l'avons vu, avait . u> pressé Xerxès d'entreprendre l'invasion de In Grèce et lui avait donné Thc,™u«B*' à entendre que, dans cette circonstance, elle servait d'organe à tout le peuple de la Thessalie. Mais, en réalité, les Aleuades n'avaient consulté que leur ambition particulière; leurs compatriotes ignoraient peut-être, et certainement désapprouvaient leur conduite. Trois frères, Dis du plus jeune des Aleuades, étaient à cette époque les chefs de la famille. Désirant fortifier leur puissance par l'appui des Perses et devenir les maîtres souverains de leur pays, ils consentirent à se rendre vassaux d'un monarque étranger. Les Thessaliens, au contraire, se montrèrent si peu favorables à leur trahison, qu'au moment où Xerxès allait entrer en Europe, Ils envoyèrent à l'assemblée des Etats grecs, réunis à l'Isthme, des députés chargés d'invoquer leur aide pour défendre leurs passages contre l'ennemi. Toutefois, ils déclarèrent en même temps qu'ils n'étaient pas en état de faire face aux assaillants, et que, si leurs alliés les abandonnaient, ils seraient forcés d'accepter les conditions les plus avantageuses qui leur seraient imposées. Pendant l'hiver qu'il passa fi Sardes, Xerxès avait envoyé en Grèce pour demander la terre et l'eau à tous les États, excepté à ceux d'Athènes et de Sparte. Les Thessaliens avaient obéi a l'injonction du roi, peut-être parce qu'ils n'étaient pas encore assurés d'obtenir (ht secours et parce qu'ils ne croyaient pas que cet acte de soumission pût les empêcher de se défendre plus tard s'ils en avaient le moyen. Toutes les tribus répandues entre la Thessalie et la chaîne de l'OEta, les Locriens eux-mêmes, qui néanmoins n'abandonnèrent pas la cause de la Grèce, suivirent cet exemple. Les Phocéens, t%££~ dont le territoire se trouvait presque sur le passage de l'ennemi, ne craignaient pas les Perses autant qu'ils Unissaient les Thessaliens. Cette Inimitié existait depuis très-longtemps entre les deux nations voisines; mais les événements qui eurentjieu peu d'années avaut l'expédition de Xerxès l'enflammèrent ait plus haut degré. Les Thessaliens envahirent la Phocide avec une force supérieure ; mais les Phocéens les surprirent et les mirent en complète déroute. Le peuple vaincu n'oublia jamais ce désastre et céda aux Perses avec d'autant moins de répugnance qu'il était plus impatient de se venger. Les Phocéens, au contraire, si ie parti qu'ils adoptèrent ne leur fut pas entièrement inspiré, comme Hérodote le croyait, parle choix opposé des Thessaliens, puisèrent du moins dans ce contraste un redoublement deièle pour la bonne cause. Les montagnards de la Doride ne partagèrent point ces heureuses dispositions. Trop faibles pour songer à la résistance, ils n'avaient pas assez d'ardeur pour former la résolution d'abandonner leurs villes. En Beotie, toute UWoth. l'influence appartenait à Thèbes, dont le gouvernement se trouvait entre les mains d'nn petit nombredefamilles. Celles-ci haïssaient et craignaient Athènes, non -seulement comme une ancienne rivale de Thèbes, mais comme l'ennemie de leur pouvoir politique. D'un autre coté, TUespies et Platée étaient unies à l'Attique par l'aversion que leur inspirait Thèbes. Ainsi, dans les États situés au nord de l'Isthme, des prétentions égoïstes des passions jalouses faisaient, la plupart du temps, oublier

m HISTOIRE DE LA GRÈCE.

la sûreté publique et l'intérêt commun . Là même 011 elle l'emportait, la bonne cause devait rarement son triomphe à des motifs purs et généreux.

' Des causes du mime genre allaient empêcher la péninsule de déployer son énergie tout entière. Le plus grand nombre des États du Péloponèse étaient, à la vérité, ou alliés a Sparte, ou soumis à sou influence; mais tien était deux que leur jalousie contre cette ville décida à se mettre a l'écart. L'ancienne rivale de Lacédémone, Argos, ne faisait à cette époque que se remettre du coup qu'elle avait reçu de Sparte quelques années auparavant. On ne connaît pas la date précise de cet événement. Pausanias dit qu'il eut lieu immédiatement après l'avènement de Cléomènc, mais on a de fortes raisons pour le rapporter à une époque de beaucoup postérieure à son règne. Une réponse de Delphes avait encouragé Cléomène à attaquer Argos. Les présages d'un sacrifice l'ayant détourné d'envahir le territoire d' Argos du coté de i'Arcadie, il transporta son armée à travers le golfe à Nauplie, avec l'assistance de quelques vaisseaux de Sicyone et d'Egine, dont il obtint les services de gré ou de force. Dans la plaine ou-dessous de Tirynlhe, il rencontra les Aiglens. Pendant plusieurs jours, les deux troupes se surveillèrent l'une l'autre, et les Argiens, pour plus de sûreté, prenaient leurs repas aux mêmes heures que les Spartiates. Celte précaution suggéra, dit-on, à Cléomène, un stratagème au moyen duquel il surprit l'ennemi et le battit complètement. Le principal détachement de ceux qui échappèrent au carnage se réfugia dans une enceinte voisine et consacrée au héros Argus. Craignant de violer les privilèges du lieu, Cléomène essaya d'abord de saisir les vaincus à l'aide d'une ruse; mais quand il là vit découverte, il ordonna aux Hiioles de rassembler du bois autour du sanctuaire et d'y mettre le feu. Les flammes enveloppèrent le lieu sacré, et tous les réfugiés périrent. Cléomène se servit de sa victoire comme on pouvait s'y attendre. 11 conduisit son aimée devant les murailles d'Argos privée de ses défenseurs. Mais ce qui restait de citoyens, les jeunes gens, les vieillards et surtout les femmes, animés, dit-on, par les chants de Télésille, firent si bonne contenance, que le Spartiate, hors d'état de donner l'assaut à la ville, et peut-être sous l'empire de craintes superstitieuses, retourna dans son pays. Argos honora plus tard le génie de Télésille, en lui élevant une statue qui la représentait un casque à la main et des livres à ses pieds. Un oracle rapporté par Hérodote, quoiqu'il ne mentionne pas l'événement, attribue la délivrance de la ville au dévouement d'une femme (1). Cependant, Argos avait perdu six mille hommes, la fleur de sa population. Un grand nombre de ceux qui gouvernaient l'État avaient péri. Aussi, beaucoup d'individus, exclus jusqu'alors du pouvoir, ne rencontrèrent aucune opposiliou lorsqu'ils réclamèrent les droits de citoyen. Cette admission forcée des habitants

, note i, repousse l'Iiisloire de Télésille, et suppose juin u » slalue représenta» t, à ce qu'il pense, une Aphrodite *, Celle etpliiation u'est pas reproduite dans la Induction au-

..izedtvGoOgk

Page 1