‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 110 sur 143 · CHAI'. XV. — ARISTIDE. . 4SI · texte numérisé non relu

CHAI'. XV. — ARISTIDE. . 4SI

plus favorables de s'enrichir avec sécurité. Afin d'apprécier convenablement la vertu caractéristique de ce personnage célèbre, il faut songer qu'une semblable intégrité fut toujours rare à Athènes. Quoique ce dé s intéressement n'ait au fond rien d'admirable ou d'héroïque, il ne se montra malheureusement jamais très-commun à aucune époque et dans aucun pays. Durant tout le cours de sa vie, Aristide se signale connut: un des rares mortels qui, non-seulement se sont abstenus du mal, mais qui ont aimé la vérité et la justice au point de combattre avec ardeur tout ce qui leur a semblé contraire à ces grands principes. Lui aussi eut à cœur, ainsi que Thémistocle, la prospérité d'Athènes, mais il la désira comme un but et non comme un instrument. Il n'est pas étonnant qu'un pareil sage se soit fréquemment trouvé en lutte avec un homme d'Etat tel que ïhémistocle, bien qu'ils eussent en vue le. même objet et qu'il n'existât pas un grand désaccord entre leurs idées, sous le rapport de l'intérêt général. Aristide ne connut pas d'autre cause que celle de la justice et du bien public, pas d'autre parti que celui de leurs défenseurs. Thémistocle s'était associé à uue réunion d'hommes qui s'étaient promis une mutuelle assistance, et il lui arriva plus d'une fois de sacrifier le service du peuple à ses amis. Il fermait les yeux sur leurs fautes, les soutenait dans leurs entreprises, et à son tour les employait à ses desseins. C'est alors, on le conçoit, qu'un homme impartial, indépendant, qui se tient éloigné de tontes les factions, qui combat la corruption partout où il la découvre, peut facilement devenir un adversaire embarrassant. Des caractères comme celui 'd'Aristide , même lorsqu'ils ne se manifestent pas sous une forme trop sévère, inspirent rarement l'affection. 11 se trouva sans doute à Athènes beaucoup d'individus qui 11 on -seulement virent avec déplaisir qu'on distinguât' un homme par l'épithète de Juste, mais qui encore s'offensèrent de la vigilance avec laquelle cet homme dénonçait les abus et veillait a la prospérité publique. Sans avoir encouru aucune accusation où' aucun reproche, sans être soupçonné d'aucun projet ambitieux, il fut envoyé par l'ostracisme dans un honorable exil. C'est ainsi que les Ephésicns bnrinirenth: sage Heimotime, parce que personne ne pouvait égaler sa haute vertu. C'est une piquante anecdote que celle où l'on raconte qu'il «ida un de ses concitoyens illettrés à inscrire son propre nom sur un des tessons employés dans ce mode de bannissement. (4H3 ans avant* Jésus-Christ.)

L'éloignement d'Aristide laissa Thémistocle en possession de la faveur populaire. Depuis longtemps il dirigeait ses pensées vers la crise d quicpprocbait.il avait compris qu'il n'était pas permis à Athènesde demeurer immobile jqu'elledevait cesser d'exister commentât indépendant ou s'élever à une position nouvelle. Pour parvenir à ce but, ellen'avait qu'à tirer parti des ressources mises à sa disposition par la nature, et qu'à devenir une grande puissance maritime. Dans l' intervalle qui s'écoula entre la première et la seconde invasion des Perses, on avait fait déjà quelques pas en avant dans ce dessein , eu sacrifiant les intérêts individuels au bien général. A cette époque, tes mines d'argent du Laurium formaient une des branches les plus productives du reveuu public;

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elles étalent louées, par petites parcelles, à des fermiers héréditaires qui, outre la somme d'argent qu'ils payaient pour avoir le droit de les exploiter, livraient encore à l'État une portion du produit. Jusqu'alors, le peuple s'était partagé cette rente comme les profits d'une association particulière. La somme fournie cette année-là par les mines se trouvait plus forte rpie jamais, et pouvait procurer aux citoyens les plus pauvres une ressource qui eût considérablement amélioré leur revenu habituel (l). Thémistocle engagea ses compatriotes à renoncer à cet avantage et à appliquer les fonds disponibles à l'agrandissement de leur marine. Ce ne fut pas en leur faisant entrevoir le danger d'une nouvelle Invasion perse qu'il obtint leur consentement; ce fut en faisant un appel à leur jalousie contre Egine, qui était toujours en guerre avec eux, et dont la flotle dominait la mer. Afin de lutter avec cette formidable rivale, Athènes construisit cent nouvelles galères et porta ainsi sa force navale à deux cents vaisseaux. Ce fut probablement à la même époque qu'il fut décrété que l'on construirait vingt trirèmes chaque année (2). Le vainqueur de Marathon s'opposa, selon quelques rapports, à cet accroissement de la moïine (3). Il n'est pas probable cependant que sa jalousie, qui devint si ardente plus tard, se fût déjà éveillée.

Tandis que Xerxès passait l'hiver a Sardes, les Etats grecs, ralliés à la cause de la liberté, envoyèrent des ambassadeurs pour former un congrès à l'Isthme. Les députés songèrent avant tout à cimenter l'union des Grecs. Ils commencèrent par se porter médiateurs entre Athènes et Egine, les engageant à oublier ou du moins à suspendre leur ancienne inimitié. Comme nous l'avons vu', ils envoyèrent des messagers à Argos, puis en ., Crète, où ils n'obtinrent pas plus de succès. Les Cretois, rappelant une légende empruntée à leur antiquité fabuleuse et relative à l'expédition désastreuse de Mtnos en Sicile, refusèrent leur concours, non sans protester de leurs regrets. Les Corcyréens, dont la puissance maritime était une des plus considérables du la Grèce, accueillirent les envoyés du congrès avec des démonstrations amicales et promirent d'envoyer une flotte pour prendre part à la lutte. Ils équipèrent en conséquence soixante vaisseaux ; mais, comme l'événement sembla le prouver, ils voulaient seulement se ménager un prétexte vis-à-vis du parti vainqueur après le combat. Ils dirent pjus tard que les vents contraires avalent retenu lenr escadre et l'avait empêchée d'arriver à propos. Ils ne firent oucune tentative pour la transporter par-dessus l'Isthme. Leur désaccord avec Corintbe augmenta peut-être encore leur lâche prudence.

D'autres ambassadeurs, parmi lesquels se trouvaient un Spartiate et un Athénien, furent aussi chargés d'une mission pour la Sicile, où Gélon s'était rendu maître de Syracuse. Gélon appartenait à cette classe d'usurpateurs rusés, hardis et heureux que nous avons déjà rencontrés

(I) Dit drachmes. Selon la calcul de Bocehk, Écon. polit, des Athéniens (Voir l'excellente traduction française de M. A- Liligant, p. 186), un Athénien pouvait livre à celte époque avec 100 drachmei par an (4*2 fr.) — (2) Diodorc, xi, 43, rapporiecedécretàuneépoqueposlérieure.Boeckh, Ecotj., H, di. 19,— (3) Plut' TMm., i.

tant de fois; mais quelques circonstances particulières avaient signalé son avènement à ia tyrannie. Originaire de l'Ile de Télos, sa famille s'était établie à Gela depuis sa fondation par les Rhodiens. Un de ses. ancêtres, ayant adroitement fait servir la religion à apaiser les partis, obtint ia dignité d'hiérophante héréditaire dans un culte mystique. De lionne heure Gélon s'attacha à la fortune d'Hippocrate, qui devint tyran de Gela après la mort de son père, Cléandre, et qui ajouta ensuite à ses domaines plusieurs villes grecques situées à l'est de l'Ile, ainsi que plusieurs tribus barbares. Ce prince remporta sur les Syracusalns une victoire qui les réduisit à un tel état de détresse, qu'ils se virent contraints de solliciter l'intervention des Corinthiens et des Corcyréens. Ceux-ci ne purent obtenir la paix qu'après avoir décidé les vaincus à céder h Hippocrate leur ville de Camarine. Durant la guerre, Gélon servit son maître avec tant de zèle et d'habileté qu'il obtint le commandement de la cavalerie. Lorsqu'Hippocratc succomba dans une expédition contre les Sicèles d'Hybla, et lorsque le peuple de Gela essaya de secouer le joug des fils de son tyran, Gélou dompta la révolte; mais au lieu de rendre le pouvoir aux héritiers de son bienfaiteur, il le garda pour luimême (491 ans avant Jésus-Christl. Peu de temps après qu'il se fut rendu maître de Gela, il trouva l'occasion d'entreprendre une conquête plus importante encore. Le peuple de Syracuse se joignit aux serfs (t) pour secouer la domination de leurs seigneurs, les descendants des premiers colons qui occupaient la meilleure partie du sol, et jouissaient de tous les droits politiques. On chassa ies oligarques qui se réfugièrent à Casmènes. Les partis opposés s'adressèrent, à ce qu'il semble, à Gélon, et l'acceptèrent pour arbitre de leur querelle. Nous voyons du moins que le peuple de Syracuse lui ouvrit les portes de la ville, quoiqu'il ramenât ses adversaires. Il fut aussi heureux dans cette dernière cité qu'à Gela, et il s'en rendit maître absolu (485 ans avant Jésus-Christ). A dater de ce moment , il confia son ancienne possession aux soins de son frère, Hiéron, et ne songea plus qu'à augmenter la puissance de sa nouvelle capitale. Il rasa Camarine jusqu'aux fondations, et transporta à Syracuse la population tout entière de cette malheureuse ville ainsi qu'une partie de celle de Gela. D'un autre coté, il introduisit, grâce aune manœuvre de politique raffinée, un puissant contre-poids à la prédominance démocratique que ses mesures tendaient à créer. Jusqu'alors on le regardait s! bien comme un partisan de la république, que les oligarques de Mégare lui firent la guerre sans avoir d'autres motifs de haine. Gélon alla mettre le siège devant Mégare, qu'il contraignit de se rendre à discrétion. Tandis que ses ennemis s'attendaient au sort le plus rigoureux, comme les uniques auteurs d'une guerre à laquelle te peuple de la ville s'était montré opposé, il désappointa tout le monde en accordant aux nobles les privilèges des citoyens de Syracuse et en condamnant à l'esclavage et à la déportation leurs sujets inoffensifs. Il traita plus tard de la même manière les deux partis qui se faisaient la guerre dans l'Eubée sicilienne.

(1) Les KtXXip.n du lOAiHifiMi (Voyez Welcker sur Thêognis, p. XIX.)

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L'implacable auitnosité des deux classes qu'il avait ainsi mises cd face l'une de l'autre, et entre lesquelles il gardait probablement une neutralité rigoureuse, devint sans aucun doute le plus solide fondement de sa domination. Il faut cependant lui rendre justice, il parait qu'il usa avec équité et douceur du pouvoir qu'il avait acquis à la suite de toutes ses fraudes et de toutes ses violences. Aucune puissance de la Grèce ne pouvait mettre sur pied une force égale à celle dont il disposait. La renommée de sa grandeur s'était répandue au loin ; on comprenait si bieu le prix de son alliance qu'aucun État n'eût voulu la négliger. Quand les envoyés lui présentèrent leur requête, il commença par se plaindre du peu d'attention que leurs concitoyens avaient accordé h ses propositions, lorsqu'il avait voulu conclure un traité avec eux. Il avait en vain sollicité leur appui contre les Carthaginois et les pirates toscans qal désolaient leur commerce aussi bien que celui des Siciliens, et coutre les Egestiens sur lesquels ils avalent à venger la mort de Doricus. Toutefois, il leiw annonça qu'il ne les abandonnerait pas dans leur détresse ; qu'au contraire, il était prêt à leur fournir une Sotte de deux cents trirèmes, vingt mille fantassins pesamment armés, deux mille hommes de cavalerie pesante, et autant de cavalerie légère, avec un pareil nombre d'archers et de frondeurs. Il promettait en outre d'approvisionner l'armée tout entière durant la campagne. Il ne mettait d'autre condition à ses offres que d'obtenir le commandement des troupes "■ alliées. A cette proposition , le Spartiate Syngrius ressentit une vive colère et se montra indigné de la présomption d'un Grec sicilien qui aspirait à une prééminence dont Sparte devait seule jouir : « L'ombre d'Agamemnon, dit-il, gémirait d'un pareil déshonneur, s Le député athénien ^déclara également que la ville dont il était le représentant ne céderait qu'aux Spartiates le commandement de la force navale. Gélon se contenta alors d'observer que les Grecs paraissaient être mieux fournis de généraux que de soldats.

Si Hérodote nous a fidèlement conservé le véritable esprit de cette conférence, les offres de Gélon ne manquaient pas de générosité, et on se fonda, pour les décliner, sur une confiance aveugle. Quoiqu'il en soit, la réponse des ambassadeurs, si elle témoigna quelque emportement, ne fut pas déraisonnable. Ils auraient réfléchi longuement qu'ils n'auraient pu semontrerplussages. En effet, Athènes et Sparte ne pouvaient, sans se déshonorer, sans s'exposer à de grands périls, confier à un tyran de Sicile le commandement suprême d'une flotte et d'une armée dont leur saluV allait dépendre.

Les Grecs siciliens auraient voulu faire croire que, même après son refus, Gélon aurait secouru les Grecs au moment du danger, s'il n'avait pas été retenu par l'invasion carthaginoise à laquelle il faisait face au moment mémeoùXerxès était chassé de Grèce. Cette supposition favorable n'est point d'accord avec la conduite réelle du tyran. Hérodote rapporte qu'il chargea Cadmus de Cos, qui avait volontairement déposé les rênes du gouvernement de sa patrie pour se retirer en Sicile, de mettre aux pieds de Xerxès, s'il était victorieux, une somme d'argent, un discours

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