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CHAP. XV. — CONÇUES DE L'ISTHME. 4M

flatteur et une offre de soumission. Cadmus s'embarqua pour Delphes, où H attendit l'issue de la lutte. Lorsque la fortune se Tut déclarée eu faveur des Grecs, il retowiia auprès de Gélon.

Pendant ce temps-là, Thémistocle s'occupait activement de calmer l'animosité qui régnait entre les villes de la Grèce. Un homme sur lequel on regrette d'avoir aussi peu de renseignements , un Tégéate nommé Chiléos, le seconda dans cette noble tache. 11 usait aussi de tous les expédients pour stimuler l'ardeur et enflammer l'énergie de ses concitoyens. C'est à cette époque, en effet, qu'il fit promulguer un décret condamnant au bannissement Arthmius de Zélée et toute sa postérité, h Arllimius avait été employé sans doute avec les envoyés de Xeraès à répandre dans le Péloponèse l'or et les promesses de la Perse. A l'époque où vivait Démosthène, une colonne de bronze rappelait le crime et la condamnation de cet émissaire mis en dehors de la protection des lois, et que tout Athénien pouvait tuer impunément. Thémistocle fit, dans le même but, une démarche que les circonstances extraordinaires où il se trouvait pouvaient seules peut-être justifler.il provoquais condamnation à mort d'un interprète qui accompagnait les ambassadeurs perses, pour le punir d'avoir fait servir la langue grecque à répandre les ordres du roi barbare. Ce fut encore dans le même esprit que les députés firent an nom de la Grèce le serment de consacrer au dieu de Delphes un dixième des biens de chacune des populations grecques qui se seraient rendues aux Perses sans y être forcées par la nécessité.

Après de grands efforts pour faire concourir la nation tout entière a la défense du pays , le congrès rassemblé à l'Isthme songea à choisir l'endroit où devait se livrer le combat. L'appel des Thessalieni qui voulaient, malgré la trahison des Aleuades, repousser l'invasion sur leurs frontières, attira d'abord son attention. Ce peuple priait les députés d'envoyer un corps de troupes considérable pour garder le passage de Tempe. Personne, à ce qu'il parait, n'eut l'idée que cette position serait sans importance, et qu'une expédition en Thessalie n'aurait aucun but, si on n'avait pas l'intention de livrer bataille dans les plaines de cette contrée, où l'armée envahissante devait avoir nécessairement l'avantage. Tandis que Xerxès se préparait à effectuer son passage h Abydos, un détachement de dix mille hommes, commandé par Euénète de Sparte et par Thémistocle, se mit en marche pour prendre possession de Tempe. Au moment où ils atteignaient leur but, les généraux reçurent d'Alexandre, nouveau roi de Macédoine , un message dans lequel ce prince les exhortait à se retirer d'un lieu où l'armée envahissante les écraserait facilement. Ils s'aperçurent en même temps que la Thessalie était ouverte de plusieurs autres côtés et que l'ennemi pourrait les surprendre. Cédant à l'avis du Macédonien, ils «e rendirent à l'Isthme. Le passage des Thermopyles leur parut alors la position la plu» avantageuse qu'ils pussent choisir. Ils résolurent de s'y établir et de garder eu même temps l'entrée septentrionale du canal de l'Eubéc Quand on apprit'l'aiTivée des Perses en Piérie, sur la frontière de Thessalie, plus des deux tiers de la flotte se dirigèrent vers la cote nord de l' Eu bée,

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et un corps peu nombreux de Péloponésieus se mit en marche pour les Thermopyles.

La cote septentrionale de l'Eubée offrait une situation commode et

'' avantageuse. Là se trouvait une longue baie portant le nom d'Altémisiuii) à cause d'un temple situé à son extrémité orientale, baie en état de recevoir les galères s'il devenaitnécessairedeles abriter sur le rivage. De ce point on dominait la pleine mer et la- cote de Magnésie ; il était facile, en conséquence, de surveiller les mouvements de l'ennemi. D'un autre coté, on se trouvait à une distance si courte des Thermopyles que la flotte pouvait aisément et sûrement communiquer avec les forces de terre. Deux cent soixante et onze trirèmes vinrent donc occuper ce poste sous les ordres d'Eurybiade, l'amiral Spartiate. Quoique les Lace démonlens eussent seulement envoyé dix vaisseaux, les alliés, qui ne voulaient pas obéir à un Athénien, avaient manifesté le désir d'avoir un Spartiate pour chef. Cela était d'autant plus injuste qu'Athènes fournissait cent vingt-sept vaisseaux et en envoyait vingt autres au secours des Chalcidiens. Ce fut principalement, sans doute, la jalousie d'Egine qui détermina les alliés à décliner le commandement d'un Athénien. Coriutbe envoya quarante voiles, Mégare vingt, et le reste appartenait en grande partie aux cités doriennes du Pélopouèse qui, sans être hostiles à Athènes, fie pouvaient reconnaître un chef ionien sans faire an sacrifice énorme à leurs préjugés nationaux.

Tandis que l'armée perse campait en Piérie, en attendant qu'une routo eût été pratiquée à travers l'épaisse forêt qui couvrait les pentes des monts Cambuniens, une escadre de dix vaisseaux se détacha de la flotte de Therme et s'éloigna à toutes voiles pour aller surveiller les mouvements des Grecs. A la hauteur de l'Ile de Sciathus, l'expédition rencontra trois navires grecs, dont l'un appartenait aux Athéniens et les au très à Trézène et à Ëgine. Dès qu'ils aperçurent les Perses, ces bâtiments essayèrent de fuir/mais l'escadre les poursuivit et captura d'abord le trézénien. Après une défense vigoureuse, l'éginète éprouva le même sort. Les vainqueurs choisirent le plus bel homme qu'ils purent trouver parmi les prisonniers trézéniens, et en firent un sacrifice à la proue de son vaisseau, comme un présage de la victoire future- Cet acte d'une horrible superstition n'empêcha pas cependant les Perses de montrer un généreux respect pour le courage de Pythéas d'Épine, qui combattit sui son navire jusqu'à ce qu'ileùtété mis en pièces. Les Athéniens échouèrent leur vaisseau à l'embouchure du Pénée et retournèrent chez eux par la Thessalie. Des feux allumés comme signaux dans l'Ile de Sciathus annoncèrent prompiement aux Grecs rassemblés a Artémisium cette pre-

. mière apparition de l'ennemi. L'alarme excitée par celte nouvelle fut si grande, que l'amiral résolut d'abandonner sa position et de se retirer à Chalcis, où un petit nombre de vaisseaux pouvaient défendre l'Eiiripe. Avant de s'éloigner, il plaça des sentinelles sur les hauteurs de l'Eubée, afin de connaître toutes les opérations de la flotte ennemie. Après avoir élevé une colonne de pierre pour signaler à l'attention un rocher dangereux qui se trouvait dans le.caual entre Sciathus et Ma-

chap. xy. — marche des pbbSes. *ft~

gnésie, l'escadre perse revint à Theroae et anuonca que la eôte était libre. Alors la flotte tout entière se mît en route, et, après onze jours do marche, vint jeter l'ancre sur le rivage méridional de la Magnésie. La côte, depuis l'embouchure du Pénée jusqu'au golfe dé Fagases, est escarpée,-et privée, non-seulement de ports, mais aussi de bonnes rades. Les difficultés sont plus grandes encore au pied de l'Ossa et du Pélion. La nuit surprit les Perses avant qu'ils eussent atteint le golfe de Pagases ; mais , à la hauteur du Pélion , ils trouvèrent une baie s' étendant de la ville de.Canasthée au cap de Sépias, où ils résolurent d'attendre le jour. Comme la partie basse de la côte avait peu d'étendue , une petite fraction seulement des navires put être tirée sur le rivage, le reste jeta l'ancre. La nuit était belle et paisible, on se trouvait alors au milieu de Tété ; mais, lorsque la brise commença à tomber, la mer devint agitée. Le vent soufflant du nord-est, ceux qui firent atlen- T*gPf* à tiou .au i présages de mauvais temps et qui purent trouver un lieu de refuge échappèrent à la tempête, mais les autres furent bientôt exposés aux plus grands dangers. Leurs ancres ayant été brisées, les vaisseaux furent précipités les uns sur les autres et fracasses contre les rochers. Pendant trois jours et trois nuits la tempête conserva une violence extraordinaire. Les chefs craignirent alors que les Thessaliens ne voulussent profiter du désordre général pour les attaquer et pour achever leur ruine ; ils se hâtèrent en conséquence de former, 'avec les débris du naufrage, une sorte de rempart autour de la flotte réfugiée sur le rivage. Fendaiitj ce temps-là les Mages ne demeurèrent pas inactifs; ils multiplièrent leurs Incantations et offrirent des sacrifices au Vent, à Thétis et aux Néréides, quand ils apprirent des Ioniens que ce funeste rivage était consacré à ces puissances célestes. Enfin la tempête s'apaisa ; mais à une grande distance la côte fut couverte des débris de la flotte. Selon l'estimation la plus faible , le nombre des vaisseaux détruits monta à plus de quatre cents. Tout fut perdu : les équipages, les munitions et le trésor. Lorsque les flots eurent repris leur tranquillité, ce qui restait de la flotte doubla la pointe méridionale de la Magnésie et entra dans le golfe de Pagases, où les vaisseaux se réfugièrent dans le port d'Aphète.

Les Grecs suivirent la naissance et les progrès de la tempête avec une joie proportionnée aux craintes que leur avait causées l'approche de l'expédition barbare. On crut plus tard que l'événement avait été annoncé par les oracles qui ordonnaient aux Delphiens et aux Athéniens de sacrifier, les uns au Vent, les autres à Borée, dieu allié à leur race, qui avait enlevé aux rivages de i'ilissus Orithye, fille d'Erechthée. Le lendemain du jour où la tempête s'éleva, pendant qu'elle était dans sa force, les vedettes qu'on avait chargées de surveiller l'ennemi apportèrent à Cbalcis une telle description du désastre de la flotte perse, qu'on la crut détruite tout entière. L'escadre grecque, après avoir rendu grâces à Neptune, alla reprendre son poste à Artémisium pour compléter la victoire que les dieux avaient commencée. Elle arriva à temps pour capturer quinze navires perses qui étalent restés a Sépias après le dé-

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JKft ' HISTOIRE DE LÀ URECG.

part des iiutres bâtiments. Ces navires cherchaient à rejoindre In masse ; apercevant les Grées, Ils les prirent pour des amis, et ne découvrirent leur erreur que lorsqu'il fut impossible de battre en retraite.

La flotte des Perses était si considérable qu'ils sentirent à peine la perte qu'ils venaient de faire. Lorsque, de leur position à Apbète, ils aperçurent la faible flottille de leurs adversaires , ils songèrent uniquement à leur ôter les moyens de fuir. Ils ne purent imaginer un seul moment qu'ils voulussent engager la lutte. En conséquence, ils détachèrent une escadre de deux cents voiles qui reçut l'ordre d'aller couper la retraite aux Grecs en interceptant le canal. Ceux-ci, de leur côté, qui se persuadaient n'avoir presque plus d'ennemis à combattre, tombèrent EurLs™ ^ans 'a consternation quand ils virent se développer la puissance à laquelle Ils devaient faire face. On rapporte queThémistocle eut beaucoup ' - de peine a les empêcher de se retirer et d'aller se réfugier dans l'Euripe. Hérodote raconte même que ce général, ayant reçu l'énorme somme de trente talents des Eubéens, comme le prix des efforts qu'il fit pour retenir laflotteà Artéraisium, employa une partie de l'argent à gagner l'amiral Eu rybiade et le chef corinthien Adimante, et à les faire changer de résolution. Comme Plutarque, nous rejetons cette histoire, qui n'a probablement micirh fondement. Quoi qu'il en soit, il est certain que, non-seulement les Grecs demeurèrent sur place, mais encore qu'ils revinrent de leur première surprise et qu'ils regardèrent l'ennemi en face. Ils eurent communication des plans de leurs adversaires , grâce à un nommé Scylliasqui arrivait d'Aphète, Cet homme jouissait d'une si grande réputation comme habile plongeur, qu'on crut généralement qu'il avait traversé les dix milles d'intervalle sous les flots. Instruits dès le matin de ce qui se passait, ils se décidèrent à attendre jusqu'à minuit pour aller a la rencontre de l'escadre envoyée pour tourner l'Enbée. Pendant ce temps-là les Perses ne bougeaient pas de la position qu'ils occupaient à Aphète, parce qu'ils craignaient de laisser échapper l'ennemi. Ils se croyaient non-seulement plus nombreux, mais encore en possession de vaisseaux meilleurs voiliers. Surpris de cette inaction, li'AnVmi' *e8 Grecs attendirent une attaque jusqu'à midi, puis ils prirent la résolinra, lution d'aller en avant et d'essayer leurs forces. Les Perses furent étonnés de tant de hardiesse et s'avancèrent à leur tourpour envelopper leurs adversaires. Au cercle que les barbares formèrent autour d'eux, les Grecs opposèrent un cercle plus petit où leurs vaisseaux présentaient la proue à l'ennemi. Le combat s'étant engagé, les Perses furent mis en désordre et perdirent trente bâtiments, mais la lutte demeura indécise à cause de la nuit qui interrompit les opérations. Les deux flottes retournèrent chacune à son poste avec des sentiments bien différents. Les Perses étaient inquiets et découragés, les Grecs remplis d'espérance. A la vérité, ces derniers n'avaient pas remporté une victoire décisive, mais ils avaient pris confiance dans leur force et connaissaient la faiblesse de l'ennemi. Ce n'est pas sans raison que l'induré célébra plus tard Artémisium comme le lieu « où les enfants d'Athènes jetèrent les fondements de la liberté. »

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CHAH XV. — ÀRTÉMISIUM. *89

Ln nuit suivante, «ne nouvelle tempête, accompagnée de pluie, de rtSeSSTittonnerre et d'éclairs, jeta l'épouvante parmi les Perses rassemblés à **"*■* Cœ- Aphèle, où le rivage était encombré des cadavres qu'on avait rapportés après le combat. La même tempête assaillit avec une furie pins grande encore l'escadre qui naviguait autour de l'Eu bée, et la jeta le long de la côte tristement célèbre chez les anciens sous le nom de Cœla (les creux). Ce terrible endroit se trouve probablement sur le rivage oriental de l'Ile, qui, dans toute l'étendue de ses côtes, ne renferme qu'un canal oft un vaisseau eu détresse puisse s'abriter. L'escadre perse périt sur ces rochers. Les Grecs, réunis à Arlémisium, reçurent en même temps la bonne nouvelle de ce désastre et un renfort de 53 vaisseaux athéniens qui traversèrent saus doute le théâtre du naufrage si Cœla était située dans le lieu où nous le supposons. Les alliés mirent de nouveau à la voile pour recommencer le combat avec des chances de plus en plus - • favorables. Les Perses, qui se trouvaient encore sous l'impression des terreurs de la dernière nuit, demeurèrent immobiles ï mais une escadre de Ciliciens , fraîchement arrivée ou détachée du corps .principal dans un but inconnu, rencontra les Grecs et (ut détruite.

Le lendemain les généraux perses, indignés d'épro*ver une résistance aussi vive de In part d'un ennemi aussi méprisable, redoutant d'ailleurs la colère de leur maître, se dirigèrent sur Artémisium pour engager la bataille. Quand ils furent arrivés, ils donnèrent à leur ligne la Tonne d'un croissant. Alors les Grecs, sans attendre davantage, commencèrent l'attaque, percèrent et rompirent la ligne des barbares. La flotte perse, peu facile a manœuvrer, fut mise en grand désordre. Plusieurs vaisseaux cependant luttèrent avec acharnement et remportèrent quelques avantages partiels. La division égyptienne se distingua particulièrement et captura cinq navires grecs avec leurs équipages. Du côlù des alliés, aucune nation ne se montra plus courageuse que les Athéniens. Parmi ces derniers, on remarqua Clinias, fils* d'AIcibiade, qui commandait un vaisseau qu'il avait équipé et armé a ses frais. An résumé, les deux flottes éprouvèrent à peu près autant de dommage l'une que l'autre. A la nuit, lorsque la fatigue sépara les combattants, les Grecs purent se dire victorieux ; mais leur triomphe leur coûtait cher. La moitié des vaisseaux athéniens se trouvèrent hors de service. Les alliés, cela était évident, n'étaient pas en état de survivre à une autre victoire de ce genre ;'ll fallait songer à la retraite. L'arrivée d'un Athénien, qui avait été posté non loin des Thermopyles avec un bâtiment léger, vint le lendemain donner plus de consistance à celte résolution. Il apportait la nouvelle que le roi Spartiate Léonidas était tué, que tous ses compagnons avaient été massacrés ou faits prisonniers, et que les Perses s'étaient rendus maîtres du passage qui donnait accès en Phocide, en Béotieetdans l'Attique. LéonW»««i

A l'époque où le congrès rassemblé à l'Isthme se détermina à dé- i£tJlmma~ fendre le défilé des Thermopyles, on allait célébrer les fêtes olympiques et celles d'Apollon Cnraéen , qui n'étaient guère moins; solennelles pour

«00 HISTOIBE DE LA 6BËGE.

plusieurs États doriens et surtout pour Sparte. Le danger que courait la Grèce ne semblait pas assez imminent pour mettre obstacle a ers fêtes religieuses. On jugea doue qu'il était suffisant d'expédier un petit détachement de troupes, afin d'arrêter les progrès de l'ennemi jusqu'au moment où le pays tout entier prendrait part à l'action. Pour convaincre les Grecs septentrionaux que, malgré ce délai, Sparte n'avait aucune envie de les abandonner, la faible armée qu'on envoya en avant fut confiée à Léonidas, roi de Lacédémone. L'expédition se composait de trois cents Spartiates suivis d'un corps d'Hilotes dont on ne sait pas le nombre, de cinq cents hommes de Tégée, cinq cents de Mautinée, cent vingt fournis par Orchomène d'Arcadie et mille des autres contrées de l'Arcadie. Corinthe mit sur pied quatre cents hommes, Ph lion te deux cents et Mycènes quatre-vingts. On envoya des messagers pour sommer la Phocide et les Loi-riens, dont le territoire touchai! à la position que l'on allait défendre, de rassembler toutes leurs forces. On leur rappela que « Xerxès n'était pas un dieu, mais un simple mortel, soumis, comme toutes lesgrandeursdece monde, à une chute éclatante ; on les engagea à prendre courage, en leur disant qu'Athènes, Égine, les autres puissances maritimes surveillaient la mer, et que les troupes envoyées en avant ne feraient que précéder l'armée de tout le Péloponèse. » A cette nouvelle, les Phocéeus marchèrent sur les Thermopytes avec mille hommes, et les Loeriens d'Oponte avec tout ce qu'ils purent réunir de soldats. Sept cents Thespiens, pleins de zèle et d'ardeur, vinrent rejoindre Léonidas lorsqu'il entra en Béotie. Thèbes, au contraire, laissa percer des dispositions équivoques. On savait que les principaux habitants de cette ville avaient de l'amitié pour les Perses ; aussi Léonidas, pour déjouer sans doute leurs intrigues, leur demanda .du secours. Les Tbébains envoyèrent quatre cents hommes; mais, dans l'opinion d'Hérodote, ce renfort leur fut arraché par la crainte. Ce fol avec cette faible armée que Léonidas alla disputer le passage des Thermopyles à deux millions d'hommes.

Plus tard on a supposé, et c'est peut-être un bruit qui se répandit aussitôt après la mort de Léonidas, qu'en allant prendre son poste, il prévoyait nettement le sort qui l'attendait. Hérodote donne quelque vraisemblance à cette opinion, en racontant que le chef Spartiate choisit ses compagnons parmi ceux de ses compatriotes qui avaient des enfants pour les remplacer. Plutarque allait plus loin ; il croyait qu'avant de quitter sa patrie, il célébra, en présence des familles intéressées le> funérailles solennelles de la petite troupe qu'il commandait. Ce fut dans celte occasion, ajoute l'écrivain, qu'il dit de ses soldats qu'ils n'étaient pas assez nombreux pour combattre, mais qu'ils l'étaient assez pour mourir. Il existe néanmoins un fait qui détruit cette fiction. Avant d'arriver aux Thermopyles, le roi ne connaissait'pas le sentier à l'aide duquel l'ennemi attaqua son arrière-^arde ; le seul danger qu'il eut en vue n'était donc pas tel qu'il pût ébranler un homme aussi courageux. A I ses yeux, il ne s'agissait que de résister pendant quelques jours a des attaques continuelles , il est vrai , mais effectuées par des corps peu

CBAP. XV. — LES THKRMOFVLES. 4M

nombreux sur un espace étroit où le terrain le favorisait. Enfermé entre le promontoire oriental de l'Œta, nommé Cnllidrome, et ie rivage dn golfe Maliaque, le défilé a une longueur de quatre à cinq milles (i ,500 mètres environ). Plus resserré à ses extrémités, il ofTraità peine le passage d'une voiture. Au pied des rochers du Callidrume coulent en abondance des eaux chaudes et sulfureuses ,- plusieurs autres petits ruisseaux serpentent à travers le chemin. Tel est le passage des Therroopyles. Du coté delà mer, le défilé n'était pas moins bien défendu; il longe le bord d'un marais profond formé par la vase que charrient les rivières de la vallée du Sperchius, etdont ledépôt s'avance maintenant continuellement dans le golfe, tandis que la partie contiguë à la route se raffermit et élargit le passage. Bans des temps fort reculés, les Phocéens, maîtres des Thermopyles, pour se mettre à l'abri des incursions des Thessaliens, avaient construit une muraille à l'entrée septentrionale, et détourné les eaux des sources dans une tranchée qui traversait la route. Ils furent en sûreté derrière ce rempart jusqu'au moment où les Thessaliens découvrirent un sentier qui, descendant la montagne avec le torrent de l' Asope, remonte ensuite jusqu'au sommet du Callidrome par une pente escarpée et vient aboutir près de l'issue méridionale du passage, là où se trouvait Jadis te village d'Alpénu Cette découverte rendait la fortification lnujile et permettait de la laisser tomber en ruine. Il semble étonnant, il serait même peu croyable, si le fait n'étaitpas positivement affirmé par Hérodote, qu'à l'époque où les membres du congrès résolurent de défendre les Thermopyles, personne ne se soit trouvé parmi eux qui ait connu l'existence de ce chemin détourné. Les députés firent seulement réparer la vieille muraille. Quand il arriva, Lconidas apprit le danger auquel l'exposait ce sentier de la montagne si les barbares le découvraient. En conséquence, à la nouvelle de l'approche de l'ennemi, il plaça, d'après le désir qu'ils lui en exprimèrent, une troupe de Phocéens sur les hauteur» afin de protéger les Grecs contre une surprise.

lia première apparition des Perses excita chez les compagnons de Léontdas non moins de terreur qu'elle en avait causé parmi leurs frè res d'Artémisium lorsqu'ils virent s'avancer la flotte ennemie. Les Péloponésiens parlaient de battre en retraite et de réserver toutes leurs ressources pour la défense de l'Isthme. Mais les Phocéens et les T.oeriens, plus que les antres intéressés à arrêter les progrès des Barbares, s'indignèrent de cette proposition. Léonidas conjura les alliés de demeurer à leur poste, et il les rassura en expédiant des messagers pour demander un prompt secours aux États confédérés. Xerxès ayant entendu dire qu'une poignée d'hommes, commandés par un roi Spartiate, se trouvait sur son chemin, s'imagina, dit-on, que sa présence dissiperait facilement cet audacieux rassemblement. Aussi se montra-Ml fort surpris lorsqu'un cavalier envoyé a la découverte rapporta qu'il avait aperçu les Spartiates devant les murailles tranquillement occupés à peigner leurs chevelnres flottantes. Il put à peine ajouter foi aux paroles de Uémarnte , qui assurait que les Spartiates avaient certainement l'Intention de lui disputer le passage et qu'ils avaient coutume de soi-

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,i gner leurs chevelures la veille d'un combat (l). Quatre jours s'éeoulè- " rent avant qu'il put croire que son armée en se montrant ne se renierait pas un passage. Le cinquième jour, il ordonna à un corps de troupes medes et cissiennes d'attaquer ce téméraire ennemi et de lui amener tous les Grecs captifs. Placé sur un trône élevé, le monarque dominait l'étroite entrée du défilé que ses soldats allaient forcer. Mais les assaillants combattirent sur un terrain où le nombre ne servait qu'a augmenter le désordre. Leurs courtes lances ne pouvaient atteindre l'ennemi ; les plus avancés tombèrent, et ceux qui les suivaient chargeaient sur leurs cadavres. Les assauts multipliés des barbares vinrent se briser contre les Grecs immobiles, comme les flots sur un rocher. Vers la fin du jour on rappela les Mèdes et les Cissf en s épuisés de fatigue pour leur faire succéder les 1 0,000 Immortels, que le roi voulut enfin opposer à ses intrépides adversaires. Lorsque cette troupe d'élite s'avança, les Grecs firent bonne contenance. S'ils reculèrent parfois, ce fut seulement pour attirer l'ennemi à leur poursuite, et livrer un combat plus efficace. Trois fois, durant ces assauts infructueux, Xerxés donna des marques de la plus violente colère. La lutte dura jusqu'à la nuit. Quand les deux armées purent compter leurs pertes, on vit que celles des barbares étaient grandes, tandis que du côté des Grecs quelques Spartiates avaient seuls succombé. Le lendemain les Perses renouvelèrent leurs attaques avec aussi peu de succès que la veille. A l'exception des Phocéens placés sur la montagne, toutes les troupes des différentes villes qui formaient l'armée grecque se relavèrent tour à tour au poste d'honneur. Chacune fit son devoir et repoussa vigoureusement l'ennemi. L'inquiétude et la crainte succédèrent à l'extrême confiance de Xerxès. i. Il était impossible que le sentier détourné ne lût pas découvert. Plu- ■ sieurs personnes à la fois peut-être révélèrent ee redoutable secret. Deux Grecs, un Carystien et Corydallus d'Antieyre, encoururent le reproche d'avoir commis cette lâche trahison; mais, suivant l'opinion générale, confirmée d'ailleurs par l'arrêt solennel de l'assemblée amphictyonique qui mit sa tête à prix , Ephialte fut convaincu d'avoir guidé les barbares dans le fatal sentier, Itavi de cette découverte, Xerxès ordonna à Hydarne, commandant des dix mille, de suivre le traître, avec ses troupes. Ils se mirent en marche à l'entrée de la nuit, et ils purent sans difficulté atteindre le sommet du Callidrome, qu'occupaient les Phocéens. La nuit était paisible, et au milieu du silence universel on n'entendait que le bruit des pas des soldats sur les feuilles qui couvraient la montagne boisée. Les Phocéens se levèrent aussitôt et coururent aux armes. Surpris de rencontrer un ennemi sur leur route, les Perses craignirent de se trouver en face des Spartiates ; mais lorsqu'il phialte leur eut révélé la vérité, ils se disposèrent à se frayer un passage. Ils firent pleuvoir une grêle de flèches sur les Phocéens, qui, se croyant le seul objet de l'attaque , se retirèrent sur le sommet le plus élevé afin de vendre chèrement leur vie. Les barbares ne les pour-

(1) Pliit.,Iyc..93,Srrah.,i,p.467.

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CHAI*. XV. — LES TUEftMOPÏLES. 403

suivirent pas, continuèrent leur chemin, et descendirent vers l'Alpénus. Pendant ce temps-là des déserteurs s'étaient rendus dans le camp grec, pour apprendre à leurs compatriotes les opérations de l'ennemi. A la pointe du jour, le rapport qu'ils firent fut confirmé par les sentinelles placées sur les hauteurs : elles annonçaient que les barbares avaient franchi le sommet de ta montagne. On n'avait guère le temps de délibérer. 11 ne fallait plus songer qu'à écouter les conseils de la prudence et ceux de l'honneur. Léonidas ne retint pas, il encouragea peut-être les alliés qui désirèrent se dérober à un danger imminent ; quant à lui et à ses compagnons, il déclara qu'ils défendraient jusqu'au dernier moment le poste que Sparte leur avait confié. Tousse retirèrent, à l'exception des Thespiens et des Thébains. Les Thespiens demeurèrent volontairement, afin de mourir glorieusement avec leur général. Nous aurions une aussi bonne opinion des Thébains si l'événement ne semblait pas démontrer que leur détermination leur fut imposée. Hérodote raconte que Léonidas, tout en congédiant la plupart de ses compagnons d'armes, retint les Thébains comme otages, parce qu'il connaissait le peu d'affection dont ils étaient animés pour la cause de la liberté. Cependant on a peine à comprendre comment et pourquoi il usa de violence envers cette division de ses troupes, lorsqu'il était lui-même assuré de mourir. Plutarque, qui relève le peu de consistance du motif allégué par Hérodote, aurait victorieusement défendu l'honneur des Thébains, s'il avait pu nier qu'ils survécurent seuls au combat. On dit i|ue Mégistias, devin d'Aearnanie, qui prétendait descendre du devin Mélampe, lut la fatale destinée de ses compagnons dans les entrailles des victimes avant que la nouvelle du danger fut parvenue jusqu'à eux. Lorsque le présage se confirma, Léonidas pressa cet homme de s'éloiguer; ce qui prouve, dit Hérodote, que le roi Spartiate ne désirait conserver aucun de ceux qui avaient envie de partir. Suivant l'exemple de l'héroïque devin, Théocle, qui, après avoir prédit la chute dira à A ris tome ne, refusa de survivre à la ruine de son pays, Mégistias ne voulut pas quitter Léonidas. 11 se contenta de renvoyer son fils unique dont il était accompagné, afin que la race de Mélampe ne s'éteignit pas ' avec lui. Léonidas voulut aussi, dît-on, sauver deux de ses parents en les envoyant porter à Sparte des lettres et des messages ; mais l'un d'eux répondit aux intentions bienveillantes du roi en disant qu'il était venu pour manier des armes et non pour porter des lettres. L'autre objecta que ses. actions apprendraient à Sparte tout ce qu'elle désirait connaître.

Avant qu'Hydnine se mit en marche, Ephialte avait calculé le temps qu'il lui faudrait pour atteindre la base, méridionale de la montagne, et Xerxès avait fixé en conséquence l'heure où il attaquerait les Grecs. Les dix mille atteignirent leur but vers le matin, et l'assaut projeté commença. Mon moins attentif à ménager la vie de ses soldats qu'à porter le ravage parmi les barbares, Léonidas ne resta pas plus longtemps dans le défile; il plaça un détachement pour défendre la muraille, et marcha au-devant de l'ennemi qui l'a» auçait. Cette petite troupe, altérée de gloire

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et de vengeance, pénétra profondément daus les rangs des Perses, que. selon la coutume orientale, leurs chefs poussaient au combat avec le fouet. Un grand nombre de barbares périrent dans la mer, beaucoup furent étouffés par la masse qui les précipitait en avant. Parmi les Spartiates les rangs s'écla Irrirent bientôt, et Léonidas tomba le premier. Un combat terrible se livra sur son cadavre, dont les Grecs s'emparèrent après de longs efforts et après avoir trois fols repoussé l'ennemi. Lorsque les lances de ces vaillants guerriers furent brisées, lorsque leurs glaives furent émnussés, le bruit se répandit que la troupe d'Hvdarnr allait entrer dans le passage. Les Spartiates reculèrent alors jusque vers la muraille et gravirent une petite érninenct: située de l'autre côté, où ils choisirent leur dernier poste. Les Thébains cependant n'étaient pas revenus avec eux ; ils avaient mis bas les armes et demandaient grâce. La plupart d'entre eux l'obtinrent. A ce sujet Hérodote rapporte une histoire sur laquelle Plutarque se montre assez naturellement incrédule : il raconte que tous les prisonniers furent plus tard marqués d'un fer chaud comme des esclaves fugitifs. Quoiqu'il en soit, il est hors I de doute qu'ils se mirent à la merci des barbares. Débarrassés de tous i les obstacles, les Perses renversèrent la muraille et entourèrent l'éminenec, où les débris de la troupe grecque essuyèrent avec calme une grêle de flèches , de javelots et de pierres. A la fin Ils succombèrent tous. On les ensevelit plus tard dans ce même lieu. Leur tombe, comme disait Sjmonide, devint un autel, un sanctuaire, où la Grèce honora la mémoire de ses seconds fondateurs (t).

L'inscription du monument élevé en l'honneur de ces héros rappelait que 4,000 habitants du Péloponèse avaient combattu aux Thermopyles contre 3,000,000 de barbares. On ne peut pas ajouter grande foi à l'exactitude de ces chiffres. Si on suppose la force des Loe riens seulement égale à celle des Phocéens, le chiffre d'Hérodote dépasse 6,000 hommes. Les Phocéens, il faut le rappeler, ne prirent point part à la iutte. Toutefois ce calcul ne se concilie pas facilement avec l'assertion de l'historien, qui fait monter à 4,000 le nombre des morts parmi les Grecs, à moins de supposer que les Hilotes , quoique non comptés, formaient uue grande partie de l'armée de Léonidas. Leur présence, au reste, n'enlève rien à l'éclat du fait d'armes. Le roi et ses Spartiates considéraient, sans aucun doute, la défense qu'ils firent, nou comme un acte de dévouement héroïque, mais comme l'a cco m plissement d'un simple devoir. L'esprit qui les animait "parle dans les vers inscrits sur leur monument, vers qui commandaient au passant d'aller dire à leurs compatriotes qu'ils étalent morts pour obéir aux lois de leur patrie. Une anecdote inséparable de cette mémorable journée démontre comment Sparte accueillit la nouvelle de cette grande action. Au moment où la troupe de Léonidas fut enveloppée, deux Spartiales, I Eurytus et Aristodëme, se trouvaient à Alpéni, où les retenait un vUv lent mal d'yeux, Ed apprenant ce qui se passait à l'entrée du défilé, I

(1) 6 Si TOWf tlxtTÎv (0ÔM3TÎVÎ) ittoÇÛN È».(ii«[ lîïlTO. Djddort, », H.

CHAP. XV. - PROGB.ÉS DE XËRXÉS. 495

l'un deees deux hommes courut aux armes et se fit conduire par son Hilote au lieu du combat, où il périt. L'autre, au contraire, manqua de cœur et s'éloigna. Lorsqu'il fut de retour à Sparte, on le montra au doigt avec dédain ; personne ne lui adressait la parole, et on le flétrit en l'appelant le lâche Aristodème. Une inscription particulière faisait mention de la généreuse conduite de Mégislias. Les Perses perdirent dit-on, 20,000 hommes, parmi lesquels se trouvaient plusieurs membres de la famille royale. Pour se consoler de ce désastre, et pour recueillir le principal avanlage de sa victoire, Xerxès envoya des messagers vers la flotte qui stationnait sur la côte occidentale de l'Eubée, faisant publiquement inviter tous ceux que ce spectacle intéresserait à venir voir le châtiment infligé aux hommes qui avaientosebraversapuissance.il est probable qu'il avait auparavant fait ensevelir le plus grand nombre de ses morts. On ajoute qu'il mutila lecorpsdeLéonidas. Cette cruauté(l) ne nous semble pas tout à fait invraisemblable. Xerxès reçut aux Thermopyles la leçon que lui avait annoncée Démarate. Aussi demanda-t-il avec inquiétude à l'exilé si la conquête de la Grèce devait lui coûter autant d'efforts. Le Spartiate répondit qu'il avait huit millecompntriotes prêts à agir comme Léonidas l'avait fait et que les Perses éprouveraient à l'Isthme une résistance plus obstinée qu'aux Thermopyles. Néanmoins il ajouta que si au lieu d'attaquer le Péloponèsede ce côté, ou il aurait en face toutes lesïorces de l'ennemi, le monarque envoyait une parlie de sa flotte pour s'emparer de l'Ile de Cythère et pour ravager la côte de Laconie, la confédération se démembrerait, et, privée de ses principaux chefs, cesserait peu à peu sa résistance. Ce plan , qu'il appartienne & Démarate ou à Hérodote, ne trouva pas de soutien dans le conseil des Perses.

Xerxès avait désormais entre les mains la clef de la Grèce septentrio- P"**» ■>« nale;ilne s'agissait plus que de déterminer vers quel coté ilatlait diriger Xm**' ses armes. Les Thessaliens, qui, depuis l'arrivée du monarque dans leur pays, s'étaient montrés zélés pour son service, songèrent à user de leur influence pour imprimer à l'orage une direction favorableà leurs intérêts. Ces Thessaliens, qu'Hérodote mentionne à ce propos sans aucun autre détail précis, étaient probablement les mêmes nobles qui, contrairement aux désirs de leur nation, sollicitèrent et encouragèrent l'invasion. Ils trouvaient enfin lemoyen de satisfaire leur cupidité et leur vengeance. Ils envoyèrent demander aux Phocéens un présent de cinquante talents, comme le prix exigé pour détourner la tempête qui menaçait la Phocide. Les Phocéens refusèrent de trahir leur foi, ou ils ne voulurent point acheter leur sécurité d'un rival odieux. Alors les Thessaliens persuadèrent à Xerxès de traverser cette partie des montagnes de l'OEta qui séparé [la vallée du Sperchius de celle de la Doride. On épargna les Doriens en qualité d'amis. Quant aux Phocéens, ceux qui ne purent prendra la fuite se réfugièrent sur le plnteau élevé situé au pied du sommet du Parnasse, ou

(t ) Les Perses ai aient coutume de couper la télé el le bras droit aux rebelles qu'ils avaient tués. PI marque, Arlaxerxe, 13, et Stiabon, xvi, p, 733.

Domzeday GoOgk

A mp hisse. La fureur des barbares, dirigée et enflammée par les Tlicssaliens, ruina de fond en comble les champs, les villes, les temples. Le feu et l'épée à la main, l'ennemi ravagea la vallée du Céphise jusqu'aux froutièresde laBéotie. Leriche sanctuaire d'Apollon à Abœ lut pillé et livré aux llammes ; quatorze villes subirent le même sort. A Pan ope, Xerxès divisa ses forces, ou plutôt il détacha un petit corps d'armée vers Delphes en donnant l'ordre d'enlever les trésors du temple et de les lui apporter. La masse des troupes se détourna dans la vallée inférieure du Céphise pour marcher sur Athènes à travers la Béotie.

Les habitants de Delphes, avertis du danger, avaient pris des mesures pour assurer leur sécurité ; ils envoyèrent par mer leurs familles en Achaie, et se réfugièrent à Amphisse, ou sur les sommets du Parnasse, où ils habitèrent le souterrain de Coryce. Auparavant, ayant consulte l'oracle pour savoir s'ils devaient ensevelir ou emporter les trésors sacrés, il leur fut répondu qu'ils ne devaient pas y toucher, que « le dieu saurait bien les défendre lui-même. » Tranquillisés par cette assurance, soixante habitants de Delphes demeurèrent dans l'enceinte sacrée avec le prophète pour attendre l'ennemi. Les Perses s'avançaient brûlant tout ce qui se trouvait sur leur passage le long de la voie sacrée, ainsi appelée à cause des processions religieuses qui la parcouraient périodiquement. Cette route suit le cours du Plistus à travers la gorge quiféparc le Parnasse du mont Clrphis, et se détourne ensuite au nord vers les ravins de Delphes.

A quelle source les dépositaires de l'oracle puisèrent- ils la coulîance qu'ils déployèrent au milieu de leur apparent abandon? quelles machines de guerre possédaient -il s pour faire face à ce danger extraordidinaire? Quelles furent les craintes secrètes des barbares, lorsqu'à l'ouverture du dédié ils aperçurent la ville s'élevant devant eux ainsi qu'un théâtre dominé par le temple célèbre que le monde occidental regardait comme le sanctuaire commun, tandis que derrière eux ils laissaient les précipices du Parnasse, où périrent tant de fois ceux qui avaient osé offenser la majesté d'Apollon? comment se fit-il que le morne silence des rues, abandonnées au moment où ils allaient atteindre le but de leur sacrilège entreprise, jeta l'épouvante dans leurs cœurs, et les pénétra de terreurs inconnues? quelles formes , évoquées dans cet instant critique, se présentèrent à leurs yeux? quels sons, pareils à la voix des dieux irrités , retentirent à leurs oreilles? quels instruments de mort dirigés par d'invisibles mains frappèrent les plus hardis et augmentèrent l'effroi des plus timides? quel déchaînement accidentel des éléments imprima une nouvelle force à la panique? telles sont les questions que l'histoire soulève et ue peut résoudre. C'est à l'imagination du lecteur de déterminer jusqu'à quel point les traditions répandues après l'événement peuvent se concilier avec la îérilé «u la vraisemblance. Au moment où les Perses s'avançaient, le prophète Acératus vit, dit-on, autour du sanctuaire, les phalanges célestes rangées en bataille, et il annonça ce prodige aux habitants de Delphes qui étaient restés auprès de lui. Les barbares venaient d'atteindre l'a-

tizedoir GoOgk

CIIAP. XV. — ORACLli DE DELPUKS. 49T

vont-temple (l), cousacré à Minerve, lorsqu'au milieu des éclairs et du tonnerre, deux énormes rochers, se détachant de la montagne, tombèrent sur eus et écrasèrent un grand nombre d'hommes. En même ' temps un cri de guerre se fit entendre dans l'intérieur du temple de la déesse. Frappés d'épouvante, les Perses s'enfuirent. Les vainqueurs , encouragés par ce succès inattendu , s'élancèrent derrière eux et les tuèrent sans résistance. Les fuyards ne s'arrêtèrent qu'après avoir franchi les frontières de la Béotie. Ceux d'entre les barbares qui survécurent racontèrent qu'entre autres apparitions effraya» tes ils avaient aperçu deux guerriers d'une taille gigantesque acharnés à leur poursuite. Dans ces messagers du ciel, les habitants de Delphes prétendirent reconnaître leurs anciens héros Phylacus et Autonoùs. Pour les remercier de leur concours, ils leur consacrèrent une partie du terrain où ils s'étaient montrés pour la première fois. Hérodote vit les rochers qui écrasèrent les barbares dans l'enceinte du temple de Minerve. C'est ainsi que Delphes fut délivrée, c'est ainsi que la puissance d'Apollon se manifesta glorieusement.

Lorsque la flotte grecque quitta définitivement la station d'Artémisium, les Athéniens croyaient que sur les bords de l'Euripe ils entendraient parler d'une armée du Péloponèse envoyée en Béotie pour protéger l'Attique. Apprenant néanmoins qu'aucune force amie ne se présentait pour garder leur frontière, et que les Péloponésiens n'avtient pas l'intention de franchir l'Isthme, où ils comptaient élever une muraille dans le but de se consacrer entièrement à la défense de la péninsule, ils prièrent leurs alliés de s'embarquer avec eux pour Salamine, afin de mettre en sûreté leurs femmes et leurs enfants , et d'arrêter les mesures à prendre contre l'invasion qui les menaçait. Au moment où l'orage grondait sur la Grèce, Athènes avait envoyé consulter l'oracle de Delphes. Admis dans le sanctuaire , les messagers entendirent distinctement lu prêtresse annoncer la ruine qui menaçait leur cité, n Fuyez, Oraek dit-elle, jusqu'aux extrémités de la terre, car Athènes est destiuée à0'1'"1"' périr tout entière sous le feu et le glaive des barbares. Elle succombera et d'autres encore avec elle. Ailleurs aussi les temples des dieux sont déjà couverts d'une sueur sanglante, signe d'une prochaine destruction. Allez et subissez votre sentence. • Tandis que les messagers, accablés de tristesse, se préoccupaient de la terrible réponse, un des principaux citoyens de Delphes, nommé Timon, essaya de relever leur courage, et les engagea à reparaître devant la divinité comme des suppliants, afin d'arracher à sa pitié un arrêt moins cruel. Les députés revinrent alors sur leurs pas et étalèrent leurs branches d'olivier devant l'autel, en déclarant qu'ils ne sortiraient pas du sanctuaire avant d'avoir obtenu une réponse plus favorable. Leur vœu fut exaucé, mais dans des termes plus ambigus et g>lus obscurs que la première fois. « l'a lias venait de parler en leur faveur ; mais elle n'avait pu décider son père à épargner

(1) !'■« irpoWn; ÀSriviîn;. Horod., v » ersinu (confirmée par Harp oc ration,

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sa ville chérie, vouée à une ruine irrévocable. Jupiter, attendri par les prières de sa tille, avait cependant promis qu'après avoir tout perdu, les citoyens d'Athènes trouveraient un refuge dans des murailles de bols. Qu'ils ne se laissent pus fouler aux pieds de l'ennemi et qu'ils prennent la fuite; plus tard ils pourront le regarder eu face. Pendant les semailles, ou pendant la moisson, ô divine Salamine, tu priveras bien des mères de leurs enfants, u )n On rapporta soigneusement aux Athéniens ces paroles mystérieuses, '- dont le sens fut interprété de diverses manières. En parlant de ces murailles de bois, qui devaient offrir la seule chance de salut à l'heure do danger, l'oracle n'avait-il pas eu en vue la flotte qui, augmentée selon les avis de Thémistocle, paraissait en effet le plus sûr rempart d'Athènes? Les jeunes gens, qui considéraient déjà la mer comme le meilleur champ de bataille, adoptèrent cette explication; mais les citoyens phis Âgés ne voulurent pas croire que la déesse quittât ainsi sou ancienne citadelle, et en abandonnât la garde à la divinité rivale à laquelle [elle avait autrefois disputé la possession de l'Altique. 11 leur < paraissait évident que l'oracle avait voulu parler des palissades qui renfermaient jadis le rocher de Pallas , et que cette barrière, rétablie et consolidée avec des matériaux de la même nature, serait eu état de résister aux assauts de l'ennemi. Ceux-là mêmes qui regardaient lés vaisseaux comme les murailles n'étaient pas d'accord sur l'usage qu'il en fallait faire. Quelques-uns les considéraient comme des instru- I ments de délivrance, seulement parce qu'ils serviraient à transporter la population vers quelques terres lointaines, ainsi que le donnait à entendre la première réponse de la prétresse. Ils disaient encore que l'oracle, en annonçant le désastre dont Salamine devait être témoin, n'avait voulu que les détourner de choisir ces rivages pour théâtre d'une lutte fatale avec un ennemi irrésistible. Comme le sort d'Athènes dépendait de ces délibérations, le peuple demanda conseil à Thémîstocle.

Il y a tout lieu de croire que le grand homme, dont nous venons de prononcer le nom, avait préparé la crise qu'il devait maintenant conjurer. L'histoire relative à l'ambassade de Delphes est si transparente, qu'il est à peine possible de se méprendre sur les causes de cette affaire. Thémistocle ne devait pas trouver plus de difficulté à s'assurer le coucours de Timon pour employer une pieuse fraude, que n'en éprouva Cléomène à se procurer l'assistance de Cobon lorsqu'il s'agissait de foire réussir ses mauvais desseius. Devinant peut-être les événements qui allaient immortaliser les rivages de Salamine, il fit observer à ses auditeurs qu'un oracle grec n'aurait pas ajouté au nom de l'ile l'épithète de divine, si elle avait dû voir le triomphe des barbares, au lieu d'être le théâtre de leur destruction. En conséquence, il exhorta ses concitoyens à confier, dans cette conjoncture terrible, leur sûreté et leurs espérances de victoire à leur puissante marine. Cet avis l'emporta sur les autres.

' Le moment arriva où il fallut mettre à exécution ces projets de re-

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