‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 112 sur 143 · CHÀP. XV. — ÉMIGRATION A.SALAMINE · texte numérisé non relu

CHÀP. XV. — ÉMIGRATION A.SALAMINE

sislance. L'armée perse s'avançait à grands pas sur Athènes. Après avoir Lu Atwdésolé la Phocide', les troupes avaient paisiblement traversé la Béotie, °™X'™' dont toutes les villes, à l'exception de Thespies et de Platée, firent acte de soumission, en recevant des garnisons macédoniennes. Athènes devait s'attendre à subir le même sort que Thespies et Platée, toutes deux réduites en cendres. Ce ne fut cependaut pas sans une violente lutte que le peuple adopta le décret sollicité par Thémistocle, décret portant que la ville serait abandonnée aux soins de sa déesse tutélaire, et que les citoyens, après avoir mis en sûreté leurs femmes, leurs enfants et leurs parents âgés ou infirmes, se réfugieraient sur leurs vaisseaux. Selon Aristo te, l'aréopage jugea nécessaire, afin d'équiper la flotte, de fiiireàchacunde ceux quidevaient y servir une avance de huit drachmes, somme équivalente à la paye ordinaire pour vingt-quatre jours. Les Platéens, qui avaient combattu à bord des bâtiments athéniens à Artémisium, étaient entrés en Béotie, après avoir traversé l'Eqripe, afin de pourvoir à la sûreté de leurs familles, et ils ne purent rejoindre la flotte. Ou raconte qu'au moment où tout était disposé pour l'embarquement, la tète de la Gorgone qui ornait la cuirasse de Pallas disparut, et que Thémistocle, eu la cherchant, découvrit un trésor qui fournit a l'aréopage les moyens de déployer sa sage générosité. Comme on le pense bien, on cacha ou on emporta tous les objets qui auraient tenté la cupidité des Perses. On attendait toujours un signe qui prouvât aux esprits irrésolus que le moment suprême était arrivé, et que la ville devait être abandonnée. Alors la prêtresse de Minerve annonça que le serpent sacré, gardien de la citadelle, s'était enfui sans toucher au gâteau de miel qu'on lui offrait chaque mois. Ce présage dissipa tous les doutes, excepté toutefois chez les plus pauvres citoyens, qui, ne pouvant se résoudre à quitter leurs demeures, ou qui, conservant toujours l'espoir de quelque miraculeuse délivrance, résolurent de s'enfermer dans la citadelle avec les gardiens du temple. Le reste de la population émigra & Salamine, à Égine ou â Trézène, où elle fut accueillie avec empressement. Un décret stipula que les réfugiés seraient défrayés de leurs dépenses, et que leurs enfants seraient instruits aux frais .du trésor public. Les Tréiéuiens ouvrirent même à leurs malheureux amis lelibre accès de leurs vignes et de leurs vergers. Une escadre, composée ., des vaisseaux fournis par les mêmes États qui avaient combattu à Artéinisium et d'un petit nombre d'autres, se réunit bientôt à la flotte rassemblée à Salamine. Parmi les nouveaux arrivés on remarquait quatre navires de Naxos, équipés d'abord pour le service des barbares. Le capitaine d'une de ces galères, Démocrite, homme très-influent dans son fie, persuada heureusement à ses concitoyens de désobéir aux ordres qu'ils avaient reçus pour aller combattre à côté de leurs concitoyens. Les colonies corinthiennes de Leucade et d'Ambracie furent les villes les plus éloignées du continent grec qui embrassèrent la cause nationale. A l'ouest de l'Adriatique, Crotone, se montrant seule sensible aux dangers de la Grèce, envoya un vaisseau. Le mérite de cette bonne action appartient peut-être uniquement au commandant Phoyllus,

ooglc

qui avait remporté trois victoires aux jeux pythiques et qui équipa probablement son navire à ses frais. La flotte tout entière se composait de trois cent quatre-vingts vaisseaux (t).

l0 Eurybiade, conservant toujours le commandement eu chef, assembla uu conseil de guerre, afin de déterminer le lieu où il fallait attendre J'approche de l'ennemi. Les membres de l'assemblée s' accorda ienl presque tous à dire qu'il fallait s'éloigner de Salamine, et prendre position plus près de l'Isthme, a Le Pélopoiièse était le seul pays qu'où eùl désormais à défendre. Si les Grecs perdaient la bataille, ils seraient aussitôt bloqués à Salamine, privés des moyens de fuir ou de protéger leurs villes ; s'ils combattaient, au contraire, plus près de l'Isthme, il leur restait en cas de malheur la faculté de rejoindre l'armée campée sur le rivage et de recommencer la lutte. » L'Intérêt des Athéniens était évidemmeut en opposition avec un projet d'une telle nature ; une pareille alternative ne pouvait leur convenir, puisqu'ils avaient coufié à If mer toutes leurs espérances, et qu'une défaite devait entraîner infailliblemeut leur ruine. Néanmoins, quoique leur force navale fût presque égale a celle de leurs alliés réunis, ils n'avaient qu'un seul vote s émettre dans la délibération. Les esprits restaient indécis, lorsqu'on apprit que les Perses avaient envahi l'Attique, et que la citadelle était tombée ou du moins allait tomber eutre leurs mains. Les flammes, s'élançant bientôt de la citadelle, annoncèrent au loin que la menace du l'oracle était accomplie, et que le territoire de l'Attique se trouvait tout entier au pouvoir des barbares. Xerxès avait continué sa marche sans éprouver de résistance. Il avait ravagé sur son passage les plaines dr l'Attique, et maintenant il campait au pied de la montagne de Cécrops. 1-es Grecs demeurés en ce lieu avaient élevé uue muraille de bois à In base de la citadelle , afin de fermer les brèches que Je temps avaii faites dans l'antique fortification des Pélasges. Le courage de la petite garnison ne faiblit pas en face du puissant ennemi qui se présentait. Klle ne voulut point prêter l'oreille aux propositions des Pisitratides. qui pressaient les Athéniens de sauver leur ville en se rendant. Ceiu d'entre les assaillants qui essayèrent de gravir les penles les plus faciles du rocher, furent assommés avec les pierres qu'on faisait rouler sur eux d'en haut. Grâce à des flèches garnies de mèches enflammées, If assiégeants parvinrent à mettre le feu aux palissades ; mais cependant les défenseurs du sol, quoique couverts de blessures, et pressés parla faim, ne renoncèrent pas à faire leur devoir. Ils montrèrent une telle résolution que Xerxès eu conçut de l' inquiétude. 1

s, A la fin , lorsque toutes les tentatives eurent échoué du côté le plus accessible , la forteresse fut surprise, comme cela arrive souvent , par l'endroit où elle semblait imprenable. Au nord, la montagne de Cécrops aboutit a des précipices appelés autrefois les grands rochers. C'est de la, dit-on, que les tilles de Cécrops se précipitèrent dans l'accès de démence qui les saisit après qu'elles eurent satisfait leur profane curiif

(1) Voyer l'appendice iv.

CHAI'. XV. — PHISR D'ATHKNES. 5ltt

-site. Tandis que les assiégés étaient occupés à repousser les attaques tle l'ennemi vers la muraille occidentale, un petit nombre de barbares escaladèrent les rochers situés au nord, pénétrèrent dans la citadelle et en ouvrirent les portes. Plusieurs Athéniens, voyant que tout était perdu , se précipitèrent dans l'abtme ; d'autres se réfugièrent dans le sanctuaire de la déesse ; les Perses les poursuivirent dans cette dernière retraite et les passèrent au fil de l'épée. Les vainqueurs pillèrent alors les temples et incendièrent la citadelle. Aussitôt après , Xerxès dépêcha un messager a Suse pour porter la nouvelle de ses succès à Artabane, qui remplaçait le monarque pendant son absence. Le lendemain, lorsque sa colère ou sa joie fut apaisée, le roi éprouva quelques scrupules qui troublèrent son imagination. Il appela auprès de lui les exilés athéniens qui étaient à sa suite , et leur permit d'aller dans la citadelle pour y sacrifier selon leurs rites religieux. Ils en revinrent après avoir recueilli un heureux présage. Le premier présent de Pallas, l'olivier sacré, avait été consumé avec le temple; mais tes Athéniens venaient de voir une tige nouvelle, haute d'une Coudée, qui aV ait poussé au milieu des ruines.

Lorsque la connaissance de ces faits parvint aux Grecs rassemblés à Sala mine, la consternation fut générale. Plusieurs capitaines sortirent «i ThJnlïïoprécipitamment, dit-on, du conseil , et firent leurs préparatifs de re- *"■ traite. Quanta ceux qui demeurèrent, ils songèrent encore une fois à s'éloigner de Salamine et à livrer bataille auprès du rivage de l'Isthme. Il était nuit lorsque l'assemblée se sépara. Revenu à bord de son vaisseau, Tbémistocle communiqua le résultat de la conférence à son ami Mnésiphile, qui était un peu plus âgé que lui, mais qui avait un caractère semblable au sien, et] qui contribua beaucoup, dit-on, h former l'esprit du vainqueur deSalamine. Mnésiphile nous est offert comme un représentant des hommes d'État de l'ancienne école attîque', telle qu'elle florit depuis Solon jusqu'au siècle de Périclès. C'était un homme d'une intelligence vigoureuse et pratique, entièrement appliqué aux affaires publiques, ne s'intéressant guère aux spéculations philosophiques dont un grand nombre d'esprits actifs commençaient alors à se préoccuper, indiffèrent ou étranger a la rhétorique qui enseignait autre chose que l'art de s'exprimer nettement. Lorsqu'il apprit la détermination récemment adoptée, cet esprit pénétrant comprit les fatales conséquences qu'elle allait entraîner. Il prévit que les Péloponésiens, dès qu'ils se trouveraient à la portée de leurs rivages, se sépareraient et sacrifieraient la cause publique à leur Intérêt particulier. Il engagea donc Thémistocle à redoubler d'efforts, tandis qu'il en était encore ' temps, pour détourner uue semblable calamité. Plutarque reproche a J

Hérodote d'avoir fait honneur de cet avis à Mnésiphile. En effet, si ses avertissements révélèrent le danger à Thémistocle, c'est à Mnésiphile et non à ce dernier que revient l'honneur d'avoir sauvé la Grèce. Mais il est probable qu'ils ne firent qu'échanger leurs pensées et se fortifier l'un l'autre dans leur première conviction . Thémistocle retourna auprès d'Eurybiade, lui exposa les motifs de sou appréhension, et l'engagea à

•izedoir GoOgk

réunir un nouveau conseil. Cette démarche ayant réussi, et un secooî conseil de guerre s'étnnt formé, il s'efforça de faire partager ses vue; aux membres de l'assemblée. Adlmante, l'amiral de Corinthe . qui avait beaucoup à craindre pour sa propre vitle, si la flotte demeurait à Salamine, se montra le principal adversaire de Thémistocle. Il blàmt l'empressement prématuré de l'Athénien, eu lui rappelant que, dans les Jeux publics, ceux qui partaient avant le signal encouraient la peine du fouet, a Oui , répondit Thémistocle ; mais aussi ceux qui restent en arrière n'obtiennent pas la couronne. » Dans le débat qui eut lieu ensuite, Thémistocle ne pouvait pas insister sur les motifs dont il avait fait part à Eurybiade, sans outrager ceux qu'il désirait persuader. Il i dissimula ses soupçons et se borna à expliquer les avantages de la position occupée par la flotte grecque, u A Salamine comme à l'Isthme, 1 vous combattrez, dit-il, pour la défense du Péloponèse; mais vous i combattrez dans la situation la plus favorable à vos intérêts; vous combattrez ayant Salamine, Égine et Mégare derrière vous : au contraire, si vous vous rendez à l'Isthme, vous abandonnez ces villes aux barbares, et vous vous enlevez votre meilleure chance de surces, b Adimante repoussa encore avec véhémence cette proposition, et se montra peu généreux envers Thémistocle et envers Athènes , en disant qu'un homme sans patrie ne devrait pas être admis à donner son avis. Thémistocle repoussa fièrement l'insulte, et, se tournant vers Eurybiade, il déclara que les Athéniens étaient résolus, si les alliés persistaient dans leur dessein, à s'éloigner avec leurs familles et leurs biens pour aller se réfugier sur le sol fertile de Siris, au sud de l'Italie, ou une colonie d'Ioniens avait déjà fondé une ville florissante. Cette menace tixa les irrésolutions d'Eurybiade, et lui fournit au moins un prétexte pour changer de plan. Son autorité, ou son influence, décidèrent le conseil à adopter les idées de Thémistocle. „ Six jours après que les Grecs eurent quitté Artémisium, la flotte perse " pénétra dans la baie de Phalère. Xerxès se rendit à bord avec Mardonius, et convoqua les principaux chefs afin de délibérer sur le plus ou le moins d'urgence qu'il y avait à livrer bataille. Au nombre des princes qui conduisaient en personne leurs escadres se trouvait une femme, Artémise, reine de Carie. Selon le rapport d'Hérodote, cette princesse fut la seule qui comprit qu'il était imprudent d'engager un combat où l'on avait tout à perdre et rien à gagner. Elle opina pour qu'on attendit la désunion des Grecs, désunion qui arriverait Infailliblement lorsque le manque de provisions les arracherait à leur poste et les attirerait à l'Isthme. Si le fait est vrai, Artémise pensait comme Mnésiphile, mais heureusement il ne se trouvait pas de Thémistocle dans l'armée des Perses, Le roi résolut d'attaquer l'ennemi sur-le-champ. - Attribuant l'échec qu'avait éprouvé sa flotte à la mollesse de serviteurs éloignés, de leur maître, il se 'flatta que sa présence exciterait les braves et imposerait aux lâches. Le même jour il ordonna de faire voile pour Salamine et de s'y ranger en ordre de bataille. Quand la flotte atteignit le but fixé, l'heure était si avancée qu'elle n'eut pas le temps de

Page 1