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CHAP. XV. — LES GRECS A SALAMINE. *IC

pénétrer dans le détroit. II fut décidé que le combat commencerait dés

le lendemain matin.

La vue de la puissante flotte de Xerxès ranima toutes les alarmes que Thémistocle avait eu tant de peine a apaiser. La crainte d'être vaincus et bloqués dsus leur position se présenta encore vivement a l'esprit des Pélopoiiésiens. A leur avis Eurybiade commettait une folle en conservant une position où un miracle pouvait seul les mettre en état d'agir de concert avec l'armée rassemblée à l'Isthme sous le commandement de Cléombrote* frère de Léonidas. Les soldats de Cléombrote avalent aussi peu de confiance dans la flotte, et ils croyaient que l'année de terre pouvait seule arrêter les progrès de l'ennemi. Arrivés en toute bâte après avoir reçu la nouvelle du combat des Thermopyles, tlsavaieut lait des préparatifs de défense aussi efficaces que lo temps le leur avait permis. La route qui longe les bords de la mer au-dessus des rochersde Sciron nvalt été coupée, et ils avaient élevé une grossière muraille a travers l'Isthme, muraille formée de matériaux ramassés au hasard, de pierres et de briques, de bois et de sable. L'armée tout entière avait travaillé jour et nuit pour achever cet ouvrage. Les murmures des Péloponésiens devenaient à chaque instant plus violents. Dans une assemblée qui se forma, la majorité imposa silence aux Athéniens, aux Éginètes et aux Mégariens, ne se lassant pas d'insister sur la folie qu'il y avait à demeurer dans le voisinage d'une contrée au pouvoir de l'ennemi. Voyant que ses remontrances et ses arguments ne pouvaient rien sur des hommes aveuglés par la frayeur, Thémistocle prit la résolution de sauver Athènes en dépit de ses alliés. Le plan fut conçu et exécuté avec la rapidité que ré- * clamait cette conjoncture difficile. Tandis que les chefs se répandaient cl en propos passionnés, il s'échappa furtivement du conseil et manda un esclave nommé Sicinnus, qui était précepteur de ses enfants et qui parlait la langue perse. Il Ht partir sur- ie -champ cet homme avec un message pour l'amiral ennemi, a Thémistocle, général des Athéniens, disait-il dans la lettre, s'intéresse au roi et désire voir sa cause triompher; en conséquence ii le fait avertir, a l'insu des Grecs, qu'ifs sont frappés de terreur et qu'ils se disposent à fuir. Les empêcher de battre en retraite, c'est remporter une victoire faille. Au milieu de leurs divisions intestines. Ils ne se verront pas plutôt entoures par les vaisseaux perses, qu'ils commenceront à diriger leurs armes les uns contre les autres. » Ces nouvelles éiaient si vraisemblables; elles éfaient si bien d'accord avec leurs désirs, que les chefs des barbares se hâtèrent de se conformer à l'avis de Thémistocle. Vers minuit, ils quittèrent silencieusement Phalère afin de bloquer l'entrée de chacun des étroits passages qui séparent Salamine, à l'est, del'Attique, et a l'ouest, du territoire deMégare.Une ligne de vaisseaux s'étendait depuis Cynosure, le promontoire oriental de l'Ile, jusqu'au port attique de Munychie; une seconde ligne se développait depuis Céos, le cap occidental de Salamine,' autour de l'ou vertu rc de l'autre détroit. Un corps de barbares fut aussi posté dans unepelitelle nommée Psyttalie, située entreCynosuieetlo cote attiqué,

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afin de protéger les navires désemparés, et de faire tout le mal possible aux ennemis qui échoueraient sur le rivage. i Ces mouvements forent exécutés avec tant de promptitude, que l'Ik se trouva complètement cernée pendant qu'on discutait encore daos le conseil des Grecs. Thémistocle y était revenu, et il avait probablement lait tout ce qu'il avait pu pour prolonger la discussion. Au moment où les chefs allaient se séparer, un inconnu demanda à parler au général athénien. Tbémistocle sortit delà chambre où il se trouvait et aperçut qu'Aristide était exilé depuis trois aos et toujours sous le poids de la sentence de bannissement. S'il faut en croire Plutarque, un décret spécial, proposé par Tbémistocle a l'époque où X erxés se mettait en marche, le rappelaitdans sa patrie; mais cette assertion peut difficilement se concilier avec le récit d'Hérodote. Si Aristide avait été légalement rendu à sou pays, il aurait été présent à Sa lamine dans cette occasion. Nous sommes cependant disposé a admettre avec Plutarque que l'exilé s'était activement employé à armer les Grecs pour la cause de la défense nationale. Il revenait actuellement d'Égine pour offrir ses services à ses concitoyens au moment où la lutte allait s'engager. Ce ne fut pas sans difficulté qu'au milieu de la nuit il se fraya un passage à travers la flotte perse. « Tbémistocle, dit-il, ne cessons pas d'être rivaux, mais luttons à qui de nous deux servira-le mieux son pays ; je viens vous annoncer qu'il n'est plus temps de discuter si vous quitterez ou non Salamine, car nous sommes enveloppés, et nous ne pouvons plus nous échapper qu'en nous frayant un passage à travers les vaisseaux de l'ennemi. » Tbémistocle ne dissimula pas à Aristide la ruse qu'il avait employée, et l'introduisit ensuite dans le conseil. L'assemblée se refusait à croire aux opérations de la flotte perse, lorsqu'un vaisseau de Ténos échappé à la poursuite de l'ennemi vint confirmer la mauvaise nouvelle. Il ne restait plus qu'à se préparer pour la bataille, qui allait sans doute s'-en gager dès le lendemain matin.

Lorsque le soleil se leva, la flotte des barbares couvrait la mer entre Psyttalie et l'ouverture du canal. L'armée était rangée en bataille sur les bords du golfe d'Eleusis. Sur un des -sommets du mont jftgaléus on éleva pour Xerxès un trône magnifique du haut duquel il pouvait assister au combat, imposer la terreur de sa présence aux lâches ou aux timides, et décerner à propos les récompenses et les punitions. Des scribes debout à ses cotés enregistraient les noms de ceux qui attiraient son attention par quelques beaux faits d'armes. Les Grecs ne manquaient pas de motifs d'émulation . Avant l'embarquement, Thémistoelr leur adressa un discours dans lequel , comme le rapporte Hérodote, il leur exposa simplement tout ce qu'il y a de meilleur et tout ce qu'il y a de pire dans la condition de l'homme, les exhortant ensuite a faire leur choix. Il était véritablement autorisé à dire que tout ce qu'il y avait de noble dans le caractère, que tout ce qu'il y avait de beau dans l'existence des Grecs dépendait de l'issue du combat ; qu'aucun des avantages qui les distinguaient des barbares, honneur, vertu,

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prospérité, ne pouvait survivre à la perle de leur indépendance. Ah moment oit les alliés M rendaient h leur poste, un navire revint d'Égine où il avait été envoyé la veille, lorsque l'on eut arrêté le projet de défendre Salamine, pour implorer l'appui d'iliaque et de sa race, les héros tutélaires de cette lle(i). Dansunecérémoniesolennelle,cesdemi-dfeuii furent invités à prendre part à la bataille. On avait usé de prières semblables pour solliciter le concours de ces ,-Eacides qui régnaient jadis à Salamine, et qui y étaient particulièrement honorés. La tradition d'Égine rapportait que le vaisseau chargé de la mission sacrée engagea le premier le combat; elle supposait encore que les héros invoqués ne cessèrent pas, sous la forme de guerriers armés de toutes pièces, de protéger les galères grecques pendant la bataille.

Les alliés attendaient les Perses dans la partie la plus resserrée du Baume < détroit, qui compte à peine'un quart de mille de largeur(400 mètres). Stlï,n"1B- A mesure que les Perses s'approchèrent, les Grecs reculèrent, sans doute pour attirer l'ennemi dans un endroit où il ne pourrait Taire usage de ses foi-ces trois fois plus considérables que les leurs. Ce fut alors que le vaisseau des ^acides, ou , comme on le penseplus généralement, nue galère athénienne, commandée par Aminias, s'élança en «vantet attaqua un bâtiment ennemi. Cette attaque devint le signal d'un combat général. Les Perses firent de vaillants efforts, et ne le cédèrent pas aux Grecs en courage et en persévérance. Chaque homme combattait comme si les yeux du roi eussent été fixés sur lui. Mais si elle n'était pas secondée par une habileté supérieure, la valeur des nlliés était accompagnée de plus de sang-froid et de résolution, et elle n'était entravée par aucun des obstacles qui jetaient la confusion parmi leurs antagonistes. Plusieurs causes contribuèrent à mettre le désordre parmi les barbares. Les bâtiments des Perses, ceux surtout qui occupaient la première ligne, étant plus grands et plus larges que

(1) Hérod., Vin, lii. (idjl Si i<pt iû;as»mT&i3iBe«oiMUi:i*a>.[Wifti!T<.ùï Âiaxi- Sif TU(i[ià£G,J!. Le lecteur peu! se demander ici de r] ne lin manière le a Grecs s'attendaient à obtenir le secours de ces héros. Ori icioil quelque lumière d'un cas semblable rapporté parDiodore (Mai., il, p. 13). Les Locricns épirt-uli>ri<'u< vont demander à Sparte son appui contre Crotone, et nn leur répond que les Spartiates leur accordent lesTjfidandes (Castor et Pollin) pour alliés. Les envoyés Ioniens acceptent ce secours. Après un sacnlire propitiatoire, ils préparent sur leur vaisseau un lit pour les Dioscures, et s'en vont. Millier pense (Dor., I, <i, 12) <|ua les Locriens emportèrent les statues des héros. Outre (lue celle opinion est eiisoi peu probable, ,'lle ne ressort nullement des paroles de Dioilorc : Vîiîkj-fiioaiv iilrcTî ouuuoi^ii; JiSdvai tvj; T'jïSaf ïîst;' d fît iretoSii;, iï ïi repenti SscS eÎ " to prfli-i oiavKjiu-iï&i, ■xtivaiSfË,**-™ rki ÊoTflaiv î.-*f ' niviliv. /.v\ xatt.it p-rimn-nc «orpuan t«; A'.:T«jf',i; tù.m\ i«i Tïi;v■nà;,, *« ànt'nXrjaii im ri» itaTpîîa. Justin ne par.lil pas non plus avoir ainsi compris ce récit (xi, S) : o Illi longinqua militi^i e.rii^ili, avxilium a Caslort et Polluce petere tas juhenl. Nequc legali responsum social urbis ipreverunt, profeelique in proximuni lemplum, facto sacrificio, aittritiuin iteorum implorant. Litalis hosiiis, obttntaque ut rebantur guod petebant, haud sertu lœti quam sideos ipsos secum avecturi estait, pulvinaria ils in nave companunt; faustisque profecti ominibus, snlatia suis pro auxiliis déportant. » il est encore moins probable que les images de? .Kncides aieul été emportées dans un vaissfim qui allait combattre.

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ceux des Grecs , se trouvaient les plus exposés à l'action d'une fort' brise qui soufflait régulièrement sur le détroit à une certaine heure du jour. Thémlstocle, dit-on , avait compris l'avantage qu'il pouvait tirer de ce fait et engagé la bataille au moment favorable. Tourmentés par le vent et par les flots, les navires des Perses présentèrent le flanc à \t proue des vaisseaux ennemis. Tandis que la première ligne se trouvai! ainsi embarrassée, les capitaines des lignes postérieures, impatients de se signaler en présence du roi, s'empressèrent vers le lieu de l'action et se heurtèrent souvent contre les leurs, dont plusieurs déjà battaient en retraite. Quelques Phéniciens , dont les galères avaient souffert du choc de trirèmes ioniennes poussées par le vent, se rendirent sur If rivage et se plaignirent au roi de ce qu'ils appelaient la trahison dfs Ioniens. Xerxès prêta l'oreille à l'accusation, jusqu'au moment où w galère Ionienne prouva la fidélité de ses compatriotes par un exploit extraordinaire. Le bâtiment Ionien venait de détruire un vaisseau artiqtie, lorsqu'il fut lui-même attaqué et coulé par un navire d'Egine, Le tillac, n'étant pas encore submergé, permettait à l'équipage de « maintenir à bord. Ce fut dans cette situation que les Ioniens se défirent à coups de javelots de leurs adversaires et finirent par capturer le vaisseau qui avait coulé le leur. A cette vue le roi ordonna de mettre à mort les Phéniciens qui avaient osé calomnier tes plus braves et les plus déterminés de ses serviteurs.

Quoique la plainte des Phéniciens tut probablement mal fondée, il est certain que la confusion qui se mit bientôt dans la flotte perse fut considérablement aggravée par l'extrême variété des nations qui en faisaient partie. Les Égyptiens, les Phéniciens, les Ciliciens, les Cypriotes, les Ioniens et autres peuples, combattant ensemble, n'avaient d'autres liens entre eux que l'engagement pris d'obéir au même maître. Une aventure racontée par Hérodote ne fut probablement pas le seul exemple des rapports étranges des ennemisdes Grecs pendant cette bataille. U reine de Carie, Artémise, fut poursuivie par Aminias, qui ne soupçonnait pas la valeur de la prise qu'il eut pu faire s'il eût atteint cette héroïne, dont les Athéniens avaient mis la tète a prix pour une somme de 10,000 drachmes. Elle s'enfuit avec beaucoup d'autres au moment où le désordre était général parmi les Perses. Ayant été serrée de près par l'ennemi j elle ne fit aucun scrupule d'attaquer et de couler bas la galère montée par Damasithymus , roi de Calynde. Aminias, supposant alors qu'il avait donné la chasse à un navire ami, abandonna sa poursuite. Xerxès témoin de ce fait loua hautement le courage et l'adresse d'Arté m ire.

En réalité la première charge décida de l'issue de la bataille. L'immense flotte commença dès lors à se mettre dans un désordre que plusieurs causes contribuèrent à accroître. Il s'écoula néanmoins beaucoup de temps avant que les alliés pussent définitivement triompher de In résistance active ou passive de la masse des vaisseaux ennemis. Aï moment où la nuit commençait à tomber, les débris de la flotte perse se réfugièrent aPhulère, où les Grecs ne les poursuivirent pas. Lorsque les vaincus battirent en retraite, une escadre d'Egine, postée auprès de

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