‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 114 sur 143 · C.HXP. XV. — BATAILLE DE SALAMIPŒ · texte numérisé non relu

C.HXP. XV. — BATAILLE DE SALAMIPŒ

l'entrée du passage, rencontra les fugitifs, et acheva de les mettre en déroute. Ce fut dans cette rencontre qu'un vaissseau sidnnien, le même qui avait capturé le bâtiment d'Égine à Sciathus, etqui avait toujours a bord l'intrépide Pythéas, fut attaqué a la fois par la galère de Thémistocle et par celle de Polycrite d'Égine. Crius, père de Polycrite, s'était montré un des pi us ardents à repousser, quelques annéesauparavant.Cléomène, lorsqu'il aborda à Eglne pour essayerde saisir les principaux habitants de l'Ile soupçonnés défavoriser les Perses. Quand il aperçut la bannière de l'amiral athénien, Polycrite interpella ce dernier etlui demanda si lesEginètes trahissaient la cause de laGrèce. Le brave Pythéas fut rendu à sa patrie. Aristide, qui avait été l'un des dix généraux de Marathon, ne commanda pas de vaisseau àSalamine; mais il demeura sur le rivage, attentif au cours des événements, et épiant le moment favorable pour aider à la victoire où son heureux rival allait recueillir tant de gloire et d'autorité. Au moment où la flotte ennemie commença à faiblir, il embarqua sur un léger bateau un détachement d'oplltes athéniens avec quelques archers et quelques frondeurs, puis 1) les jeta dans l'Ile de Psy Italie. Les Perses placés dans ce poste furent taillés en pièces jusqu'au dernier, selon Hérodote et Eschyle. Plutarque, d'après le témoignage d'un auteur dont il vante les connaissances historiques, a mêlé à cet événement une horrible tragédie, sur laquelle les écrivains antérieurs gardent le silence. Suivant ce récit, Aristide fit prisonniers trois neveux de Xerxès qu'il envoya à Thémistocle; quand ces jeunes gens arrivèrent auprès du général, ils le trouvèrent occupé à faire un sacrifice sur le pont de son vaisseau. Le devin Euphrnntide, qui assistait à la cérémonie, lui conseilla alors d'immoler ces étrangers en l'honneur de Bacchus. L'Invasion perse interrompit, à ce qu'il parait, la procession annuelle au milieu de laquelle la statue du mystique lacchus était solennellement conduite le long du chemin sacré d'Athènes à Eleusis. Un des exilés athéniens, ayant les yeux fixés dans la direction du sanctuaire, crut voir s'élever dans le ciel le nuage de poussière qui accompagnait dans cette saison le passage du dieu ; il s'imagina également entendre les cris avec lesquels on avait coutume de l'invoquer. Comme le nuage se dirigeait vers la mer et enveloppait la flotte, il supposa que la divinité outragée quittait Eleusis pour voler au secours des Grecs, et pour se venger sur les Perses de ce qu'on ne lui avait pas rendu les honueurs qu'on lui devait. Si une apparition de ce genre excita l'imagination des Athéniens, soit durant, soit après le combat, le devin que nous venons de nommer pouvait croire que le sang des captifs barbares serait une offrande agréable aux dieux irrites. Mous ajouterons que Thémistocle, bien qu'il fut .peu enclin à la superstition, ne dédaigna pas de s'en servir quelquefois comme d'un utile instrument. Hérodote ne mentionne pas les pertes respectives des deux armées dans cette bataille; mais, puisque Ctésias fait monter celle des Perses a 500 vaisseaux , Diodore emprunta sans doute à uiie autorité digne de foi le chiffre de 200 navires pour les Perses et de 40 pour le» Grecs. Les barbares perdirent beaucoup plus d'hommes en proportion que les

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Grecs. Leurs marins, on effet, tirés des régions con tin en taies de l'Asie, n'iraient pas ei> état de se sauver à la nage comme leurs adversaires accoutumes à braver les flots depuis leur enfance. Au nombre des morts se trouvèrent Ariabigne, frère de Xerxès, et commandant de la flotte, et plusieurs autres Perses de haute naissance. Xerxès possédait encore néanmoins des forces suffisantes pour recommencer la lutte. L'attitude qu'il prit fit même supposer aux Grecs qu'il allait poursuivre ses desseins avec un nouvel acharnement. Il fit, des préparatifs pour construire un pont ou une chaussée sur la partie la plus resserrée du détroit, eu liant les uns aux autres un certain nombre de bâtiments marchands phéniciens (l); mais ses dispositions menaçantes n'étaient qu'une ruse pour dissimuler ses sentiments véritables et ses intentions. Il commençait à comprendre le danger de la situation où il se trouvait. Sa flotte était gravement endommagée; une nouvelle défaite pouvait la ruiner entièrement et assurer aux Grecs la paisible domination des mers. On pouvait lui couper le chemin de l'Asie; il était exposé à être enfermé dans des pays hostiles où son armée périrait par lu famine ou par l'épée. Le souvenir du passé n'était pas fait-pour lui peindre l'avenir sous des couleurs séduisantes. Sa marche à travers la Grèce n'avait été signalée que par des désastres. Les succès mêmes qu'il avait remportés avaient été tellement mêlés de revers que son nom n'inspirait plus de terreur, et que l'ennemi s'enhardissait à la résistance. La journée de Salamine n'était pas encore écoulée peut-être qu'il avait déjà secrètement résolu de battre en retraite.

Mardonius, le principal auteur de cette malheureuse expédition, s'aperçut bientôt des pensées qui préoccupaient son maître ; il sentit combien les espérances qu'il lui avait données avaient été trompeuses, combien peu le caractère de Xerxès était propre à supporter de pareils mécomptes, et combien enfin il trouverait à la cour d'ennemis disposés à ruiner son crédit. Il eut donc la prudence de prévenir les désirs du foi et de lui donner un conseil analogue à ses propres, desseins, tout en réservant une nouvelle carrière à son ambition , tout en se promettant d'achever une conquête au moyen de laquelle il regagnerait la faveur royale, a 11 engagea le monarque à ne point s'occuper de la perte de quelques vaisseaux et à ne pas s'inquiéter de ce que les Grecs s'étaient montrés meilleurs marins que les Phéniciens, les Égyptiens , les Cypriotes et les Ciliciens. .La défaite de ces peuples ne ternissait en rien In gloire des Perses, habitués à compter, non sur des planches fragiles , mais sur des hommes et sur des chevaux vigoureux. Les armes de In Perse étaient sur terre aussi irrésistibles que jamais. Si le roi en voulait faire l'épreuve, il n'avait qu'à pénétrer dans le Péloponèse. Là il verrait que ces matelots tout enorgueillis de leur triomphe n'oseraient pas lui tenir tête. Si Xerxès n'était pas satisfait de l'usage qu'il avait fait de su puissance, s'il pensait qu'il était temps de retourner en Perse,

(1) Clésias (26) e\ Strahon >i, p. 595, rapportent que Xeriès nvi.il d'abord l'intention de faire arriver ses troupes à Salnmine nu moyen d'une rhaussée, maii que la bataille l'empêcha de mettre ce projet à exécution.

CHAI'. XV. — BtTBAJTE DE XBBXÈS. y^

Mardonius s'offrait à choisir 300,000 hommes dans l'année pour achever la soumission de la Grèce.» Le prince accueillit avec joie ces ouvertures. Artémise, qu'il Teignit de consulter, quoiqu'au rapport d'Hérodote aucune puissance au monde ne pût le retenir plus longtemps, approuva la proposition de Mardonius, observant que, si elle était adoptée, les Gïecs courraient seuls des dangers, puisque, le roi élanten sûreté, le sort âe ses esclaves devenait indilïérent. Si au contraire Mardonius tenait sa promesse , toute la gloire en appartiendrait à son maître. Xerxès loua sa prudence et lui témoigna son estime en lui confiant ses enfants, avec lesquels elle s'embarqua aussitôt pour Ephèse. Daus la même nuit la flotte reçut l'ordre de se diriger en toute hâte vers l'Hellespont pour garder les ponts jusqu'à l'arrivée du roi. Au moment où les vaisseaux mettaient à la voile, ils prirent au milieu de l'obscurité quelques îlots rocheux, situés près de la côte, pour des navires grecs, et s'enfuirent dans toutes les directions. La méprise ayant été découverte à propos, la flotte se rassembla de nouveau, et se dirigea vers son but sans rencontrer aucun obstacle.

Les Grecs n'apprirent que vers le milieu du jour suivant le départ H, de la flotte perse. Ils se mirent aussitôt à sa poursuite; mais s'étanl *"» avancés jusqu'à Andros sans l'apercevoir, ils firent halte pour tenir un couseil de guerre. Les Athéniens désiraient aller en avant, pour détruire les ponts et mettre obstacle au retour de Xerxès; Thémistode conseillait cette opération. Mais Eurybiade représenta le danger auquel ou s'exposaitjen poussant au désespoir un redoutable adversaire, et fut d'avis qu'il fallait lui laisser le chemin libre. Plu! arque attribue cette opinion à Aristide, supposant qu'elle fut émise à Sa lamine ; mais il n'y a aucune raison de croire que cet illustre citoyen accompagna la flotte à Andros. Les capitaines pélopouésiens approuvèrent tous le sentiment de l'amiral ; et Thémistocle , convaincu sans doute aussi , chercha à apaiser le mécontentement de ses concitoyens, qui au premier moment manifestèrent l'intention de se séparer de leurs alliés et d'essayer sans leur appui d'enfermer les Perses en Europe. Il leur rappela : «que les hommes réduits à l'extrémité déploient souvent un courage extraordinaire : ils devaient se trouver assez? heureux d'avoir détourné l'orage qui grondait sur leurs tètes, sans vouloir le rappeler tandis qu'il n'était pas encore dissipé. Leur victoire ne leur appartenait pas, elle était l'œuvre des dieux et des héros dont les barbares avaient provoqué la colère par leur orgueil impie et par leur violence sacrilège. » Les Athéniens cédèrent enfin, et la flotte s'arrêta au milieu des Cyclades pour châtier ceux des insulaires qui avaient envoyé du secours à l'ennemi.

On conçoit facilement qu'un homme comme Thémistocle ait aimé à déployer les brillantes facultés dont la nature l'avait doué. Imaginer ™ uu plan, conduire une intrigue, vaincre une difficulté, diriger les hommes selon ses desseins à leur' insu et contre leur volonté, tout cela devait lui procurer des jouissances suffisamment vives poui- le faire agir. Ce furent ces dispositions qui le poussèrent sans doute à envoyer uu . second message à Xerxès, si su lettre, comme le dit Hérodote, ne fai-

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sait qu'informer le roi de la résolution récemment adoptée par les Grecs et lui apprendre qu'il pouvait retourner en Asie sans aucune crainte. Kn effet, il est peu probable qu'au moment où il venait de remporter une victoire éclatante, il ait songé à se ménager un refuge parmi les liarbar» s. Pins tard cette pensée aurait pu se présenter à son esprit , mais à cette époque on ne peut admettre une semblable prévoyance. Quoique de pareilles anecdotes s'accréditeut avec facilité, il parait constaté qu'il envoya réellement ce nouveau message. Au rapport d'Hérodote, le porteur de la lettre, le même Sicinnus était accompagné par plusieurs autres serviteurs fidèles ou par des amis. Se fondant sur une tradition plus probable, Plutarque assure que le général athénien employa pour agent un prisonnier perse, eunuque de Xerxès, nommé Anince. Dans Hérodote. Thémistocle réclame le mérite d'avoir détourné les Grecs de poursuivre la flotte perse et de détruire les ponts ; il engage Xerxès a se dépouiller de toute crainte au sujet de son retour. Les autorités citées par Plutarque rapportaient au contraire qu'il avait effrayé Xerxès du danger d'être interrompu dans sa marche, et qu'il l'avait pressé de fuir en toute hâte. Cette dernière version semble se concilier parfaitement avec le récit d'Hérodote lui-même, car cet historien raconte que Xerxès ne se reposa pas un seul instant avant d'atteindre Abdëre, et qu'il s'avança à marches forcées vers l'Hellespont.

Mardonius accompagna Xerxès jusqu'en Thessalie, ou il songea luimême à prendre ses quartiers d'hiver. 11 retint avec lui la fleur de l'armée, eu y comprenant les Immortels et un détachement des gardes à cheval du roi. Un corps de 60.000 hommes, faisant partie de ceux qu'il conservait avec lui, escorta Xerxès jusqu'à l'Hellespont sous le commandement d'Artabaze. Quelle différence entre cette foule qui fuyait maintenant sur les routes et cette brillante armée qui, peu de mois auparavant, marchait à la conquête de la Grèce à travers les plaines de la Macédoine et de la Thracel Au lieu d'un luxe inouï, d'une prospérité sans bornes, on ne voyait plus que désordre et détresse. Les magasins se trouvèrent épuisés par l'imprudente profusion ou l'improbité de ceux auxquels on en avait confié la garde. Les contrées que parcourait cette multitude dans su retraite étaient hors d'état de fournir à ses besoins. L'armée ne trouva pas toujours les subsistances qui lui étaient nécessaires, p«t*B ds e"'' fllt souvent contrainte de tromper sa faim avec des herbes, avec L'innée pêne, l'écorce et les feuilles des arbres. Les maladies commencèrent bientôt à séur-ciu milieu des troupes, et Xerxès se vit forcé de confier un grand nombre d'hommes aux villes situées sur sa route, villes déjà appauvries par les frais qu'avait nécessités sa première visite. Le passage du Slrymon fut, à ce qu'il parait, fécond en désastres. Pendant la nuit la rivière s'était couverte d'une glace assez solide pour porter ceux qui arrivèrent les premiers; mais la chaleur du soleil levant ayant opéré un rapide dégel, un grand nombre d'hommes périrent au milieu des eaux (i). Qua-

(i) Il est asseï singulier qu'Hérodote, lorsqu'il décrit les misères de In retraite,

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