‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 115 sur 143 · CHAP. XV. — RETRAITE DE XERXÉS. SU · texte numérisé non relu

CHAP. XV. — RETRAITE DE XERXÉS. SU

rante-cinq jours après s'être séparé de Mardonius eu Thessalie, le monarque atteignit l'Hellespont. Il trouva les ponts détruits par la tempête, mais la flotte était prèle à transporter l'armée à Abydos. Le roi se reposa enfin de ses fatigues au sein de l'abondance. L'incontinence et le manque de sobriété ne furent pas moins funestes à ses troupes que la famine. 11 ne ramena à Sardes que des débris de son immense armée.

Plusieurs villes grecques situées sur la côte de la péninsule chaicld tenue secouèrent le joug' lorsqu'elles 'apprirent la bataille de Salamine et la fuite de la flotte perse. Potidée, sur l'isthme de Pallène, donna la première le signal de la révolte. Olyuthe, habitée à cette époque parles Bottiens, race dans les veines de laquelle coulaient quelques gouttes de sang crétois, et qui avait été chassée du golfe de Therme par les conquêtes progressives des Macédoniens, manifesta de semblables dispositions. Artabaze, ayant rempli sa mission, et se voyant libre d'agir avant que Mardonius l'appelât en Thessalie, songea à profiter de ses loisirs pour châtier les rebelles. Il assiégea d'abord Olyuthe, dont il se rendit maître et dont il massacra la population tout entière. Il repeupla cette ville iufortunée avec des colons de racechalcidienne; ce qui fit d'Olynthe une cité complètement grecque. Le général perse espérait sans doute Fondée' que cette rigueur effraierait Potidée, mais 11 se trompait. Il rencontra cette fois une résistance invincible, qu'il essaya de surmonter au moyen d'une trahison un moment triomphante, mais bientôt heureusement découverte. Il séjourna pendant trois mois autour des murailles sans obtenir aucun succès. A la fin il voulut profiter de la retraite accidentelle des eaux de la mer pour]envelopper la ville avec son armée ; mais, la mer étant revenue à une hauteur plus grande qu'à l'ordinaire, les barbares furent engloutis dans les flots, ou taillés en pièces par la garnison. Entièrement découragé, Artabaze leva le siège, et retourna en Thessalie.

Comme nous l'avons vu , la flotte grecque s'était arrêtée au milieu des f.yclades, afin de punir les Insulaires qui avaient prêté secours aux barbares. Thémistocle profita de cette occasion pour s'enrichir à leurs dépens. Il exigea d'abord une contribution d'Aodros. Les habitants de cette Ile s'étant refusés à cette demande, il leur annonça que les Athéniens se feraient aider par deux puissantes divinités, la Persuasion et la Force. Les citoyens menacés répliquèrent qu'ils seraient secourus par des dieux de moindre qualité, à savoir la Pauvreté et l'Insuffisance. Les Grecs mirent donc le siège devant Andros, mais ils essuyèrent one résistance si vive qu'ils renoncèrent à leur entreprise et retournèrent à Salamine. Thémistocle employa avec plus de succès, vis-à-vis de plusieurs autres villes qui achetèrent leur impunité, l'assistance des dieux que nous avons nommés plus haut.

ne mentionne pas ce désastre, qui occupe une place 11 iniporUiile dan» le récit du messager perse, mis en scène par Eschjle. C'est un utile avertissement de ne pas trop i appuyer du silence de cet historien pour rejeter des événements rapportés par d'autre*, et qu'il n'a pu manquer de connaître.

•izedoir GoOgk

51;! HISTOIRE DE LA (JRBCfc.

Cependant In 'Grèce tout entière célébrait le génie du général athénien. La voix publique attribuait à sa prévoyance et à sa présence d'esprit, secondées par les dieux, la délivrance de la patrie. Lorsqu'on eu! faituu choix parmi les dépouilles de l'ennemi, qu'on en eut envoyé la plus grande partie à Delphes pour être convertie en une statue colossale, et qu'on eut partagé le reste entre les nations alliées, les ebefs se rendirent dans le temple de Neptune sur l'Isthme pour décerner la palme du mérite individuel. L'assemblée se trouva presqu'unanime à accorder la première pliice à Egine : les droits de cette ville à un tel honneur paraissaient si bien élablis que le dieu de Delphes', lorsqu'on loi demanda s'il élait contint des offrandes qu'il avait reçues, répondit qu'il réclamait seulement ce qu'Egine lui devait en raison de sa préséance. Ce dernier présent fut envoyé »us la forme de trois étoiles d'or fixées a un mat de brome. Il s'agissait encore de décider, par le vole de tous les capitaines solennellement déposé sur l'autel de Neptune, leqnel d'entre eux méritait le premier et le second rang. Chacun s 'attribuant la première place convenait que la seconde, appartenait à Thémistocle. m£?rb£ Les Spartiates, ces juges sévères du mérite des Athéniens, devaient lui mînoeie. accorder de plus grands honneurs. Ils l'emmenèrent avec eux et lui donnèrent une couronne d'olivier à cause de son nabiltté, comme ils en donnèrent une à Eurybiade, leur amiral, à cause de son courage. Us lui offrirent encore le plus beau char que la ville possédât, et, pour le distinguer de tous les étrangers qui avaient pénétré dans ses murailles, Sparte envoya trois cents chevaliers pour l'escorter à sou retour jusqu'aux frontières. Plus tard cet homme illustre dédia lui-même un temple à Diane, comme à la déesse des bons conseils. bu aine lundis que ces grands événements se passaient en Grèce, la Sicile d'iiimétc. était délivréed'uudangemon moins menaçant. Térillus, tyrand'Himère, ayant été chassé de ses états par Thé ron, tyran d'Agrigente, sollicita l'appui de Carthage. Les Carthigtnois furent enchantés de trouver uni1 occasion favorable pour mettre le pied dans cette Ile, mais ils ne vou- • lurent rien accorder avant d'avoir obtenu des gagesde sûreté. Le gen-

dre de Térillus, Anaxilaus, tyran de Ehégium, donna ses propres enfants comme otages au suffète carthaginois, Hamilcar, qui du cote de sa inèreélaild' origine syracusaine, et de plus hôte de Térillus. Les Carthaginois envoyèrent, dit-on, en Sicile une armée de 300,000 hommes, lires d'Afrique et deslles de la mer Toscane, sous lecommandementd'Hamilcar. A son arrivée, ce général assiégea Him ère alors en la possession de Tliéron, dont la fille, Démarate, était la femme de Gélon de Syracuse. Gélon accourut bientôt au secours de son beau-père avec une armée, et ranimant le courage des assiégés, il enferma les Carthaginois dans leur camp. Une lettre interceptée, renfermant des promesses de secours faites par Sélinonte, lui suggéra une ruse au moyen de laquelle il introduisit un corps de cavalerie dans les retranchements de l'ennemi. Cette troupe surprit et tua Hamilcar, etbrûta presque toute la flotte abritée suc le rivage et renfermée dans les fortifications. Profitant aussitôt de ce hardi coup de main, Gélon vint avec toutes ses forces livrer bataille aui

CHAP. XVI. — IjKS DEUX FLOTTES. 5)5

Carthaginois, qui furent mis en déroute «près avoir perdu ia moitié de leur aimée. Ceux qui échappèrent au carnage se réfugièrent dans une position où le manque d'eau les força de mettre bas les armes. Pour compléter te désastre des Carthaginois, vingt de leurs vaisseaux, qui avaient échappé à la ruine de la flotte, périrent dans une tempête en retournant dans leur patrie. C'est à peine si un bateau resta pour porter à Carthage la nouvelle de son malheur. Cette grande victoire fut remportée, dit-on, le même jour que celle de Salamlne. Les villes alliées s'enrichirent des dépouilles de l'ennemi, et furent embellies par les travaux des prisonniers qu'elles se partagèrent entre elles. Agrigen te obtint pour elle seule de si grands avantages que de simples particuliers devinrent, dit-on, propriétaires de cinq cents esclaves. On entassa dans les carrières ces malheureux captifs, dont les mains façonnèrent de magnillques ouvrages, en l'honneur des dieux, ou pour la satisfaction des citoyens. Des temples immeuses, des égouts non moins .remarquables que ceux des Romains, un lac artificiel d'une merveilleuse beauté, demeurèrent aussi longtemps qu'Agrigente vécut, et demeurent encore au milieu de ses ruines, comme les monuments de la journée d'Himère.

Page 1