CHAPITRE XVI
Peu de jours après la bataille de Salamine, l'Attique se trouva délivrée de la présence des barbares, et les Athéniens retournèrent chez eux pour labourer leurs champs et relever leurs maisons. La nécessité de vaquer à leurs affaires domestiques fiitun des principaux arguments qu'employa Thémistocle lorsqu'il voulut détourner ses concitoyens de poursuivre la flotte des Perses. Les vainqueurs reprirent leurs utiles travaux avec plus d'ardeur que jamais, convaincus que leur territoire était désormais à l'abri de nouveaux ravages Sparle était arrivée trop tard à Marathon et pour sauver Athènes, mais maintenant elle avait le loisir de faire ses préparatifs et se trouvait bien avertie. Quoique l'ennemi possédât encore des forces de terre imposantes, après les brillants succès obtenus par les Grées, après que la journée de Marathon eut montré ce que pouvaient la discipline et la bravoure, il était à croire que les alliés ne regarderaient plus a la distance lorsque les barbares se présenteraient sur le territoire d'un peuple qui avait tant souffert pour la cause commune. Pendant l'hiver les Grecs demeurèrent inactifs, comme si les barbares n'avaient pas été à leurs portes ; mais au printemps ils se levèrent comme des hommes qui s'arrachent à un pénible sommeil, et se souvinrent à ia fois que Mardonius campait en ïhessalie, et qu'une flotte perse tenait encore la mer.
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«vint j. c. Apres avoir transporté l'armée au delà de l'Hellespont, cette flotte i79' avait passé l'hiver, la plus grande partie à Cumes et le reste à Samos. Lorsque les flots se furent calmés, l'expédition tout entière se réunit auprès de cette dernière Ile sous le commandement de trois nouveaux chefs. Les amiraux avaient l'intention de garder'la défensive, n'imaginant pas qu'ils seraient attaqués par 1rs Grecs, mais se défiant extrêmement des Ioniens. La flotte des barbares montait seulement à trois cents vaisseaux, au nombre desquels figurait l'escadre d'Ionie. Une ièvoltedes Ioniens, dont ils soupçonnaient la fidélité, révolte appuyée par les vainqueurs de Salamine, pouvait occuper longtemps toutes leurs forces dans ce pays. Ces soupçons et ces craintes étaient fondés. Lorsque au printemps la flotte grecque, comptant cent dix navires, vint à Kgine sous les ordre» de Léotychide, roi de Sparte, successeur de Démaraie, et de Xautippe, fils d'Atiphrou, le persécuteur de Miltiade, quelques réfugiés ioniens, qui avaient échoué dans une entreprise contre Strnttis, tyran de Chins, demandèrent des secours, dans le but de rendre l'Ionie indépendante (t). Ils s'étaient déjà adressés à Sparte, qui, àc« qu'il parait, s'en référa au jugement des alliés. Ils n'obtinrent qu'une seule u «oiis chose des chefs de In flatte, ce fut qu'ils s'avançassent à l'est jusqu'à
^""ï™.* Di" Délos.Ce mouvement fut même exécuté avec répugnance, et parut peutêtre téméraire à beaucoup de gens. Les relations qui existaient entre l'Ionie et la Grèce n'avaient jamais été assez actives pour familiariser les Grecs, surtout ceux du Péloponèse, avec la côte orientale de In mer Egée. Au delà de Délos leur imagination couvrait la mer d'ennemis, et Samos leur paraissait les Colonnes d'Hercules. Ainsi des craintes réciproques laissèrent libre l'intervalle qui séparait les deux îles. Les deux flottes se reposaient, mais en se tenant sur la défensive. Tous tes regards étaient fixés sur les armées de terre, évidemment appelées à décider la lutte.
Durant son séjour' en Tbessalie, Mardonius avait pris des dispositions pour la prochaine campagne. Quel que fût son orgueil, il n'était pas assez aveugle pour se dissimuler que la conquête de la Grèce n'était pas une entreprise aussi facile qu'il se l'était d'abord imaginé, et qu'il l'avait persuadée Xerxès. Pour faire triompher ses espérances, ou ses désirs, il élait prêt à user de toutes les ressources. Probablement les inquiétudes causées par sa situation lui inspirèrent la pensée d'envoyer Mtrdoiiius consulter les plus fameux oracles de la Grèce, se flattant qu'à travers ,
aie* oracle* jes rites d'une religion étrangère, il pourrait entrevoir l'avenir et puiser | quelque instruction profitable. Quelles révélations l'émissaire du général perse recueillit dans les sanctuaires d'Apollon et d'Amphiaraùs, on dans l'antre mystérieux de Trophonius, c'est ce qu'Hérodote ne put apprendre. Cet historien présume cependant que les réponses transmises à
(I) Parmi eux».' Iromiiil un nomme; HiTOilole, fil-Ji-Biisiliile.que Manso [Spttrta, t. p. 5*6) confond aice l'historien. Msnso imagine sans motif, à notre avis, que. pour dissimuler la crainte qu'ils avaient des Perses, les Spartiates prétendirent ignorer 1« distance lie Samoa à la côte asiatique. Nom pemon; encore moins qu'il» nient pu être ai peu éclairés à ce sujet.
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