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CHAP. XVI. — FORCES DES GBECS

A son arrivée sur l'Isthme , l'armée Spartiate fut rejointe par toute f les forces du Péloponèse, et continua sa route le long des côtes de l'Attique. A Eleusis elle reçut un renfort d'Athéniens commandés par Aristide; traversant ensuite leCithœrou, elle descendit à Erythres, d'où elle découvrit les Perses campés sur les bords de l'Asopus. Près de la ville, Pausanias fit faire halte, et disposa sa ligne au pied de la montagne sur un terrain accidenté. Son armée, entièrement composée d'infanterie, comptait a peu près cent dix mille hommes. Ce nombre s'accrut encore, dit-on, de dix-huit cents Thespiens, qui avaient survécu à la destruction de leur ville, et qui accompagnaient alors les Grecs. Ces malheureux exilés n'avalent cependant point d'armes, et, quoiqu'ils eussent pu se rendre utiles dans le camp, ilsne figurèrent pas, à ce qu'il parait, sur le champ de bataille. Les Athéniens furent avec les Laeédémoniens ceux qui formèrent le corps le plus considérable : ils envoyèrent huit mille hommes, taudis que les Platéens n'en purent fournir que six cents. Corintbe équipa cinq mille hommes, empruntant des secours, non-seulement à ses colonies occidentales, Leucade, Anactorium et Ambracie, mais aussi àPotidée, qui fit preuve Je bonne volonté eu offrant trois cents hommes. Mégare et Sicyone fournirent chacune trois mille hommes-, Tégée en envoya quinze cents, et Orchomène. six cents. Cette ville fut le seul État de l'Arcadiequi prît part à l'expédition. La plus grande partie du surplus provenait des villes de l'Argolide : Trézène envoya mille hommes, mais les forces réunies de Mycènes et de Tirynthe ne montaient qu'à quatre cents hommes. Si on comptait trente-huit mille sept cents oplites, les troupes légères étaient fortes de soixante-neuf mille cinq ce lits hommes. En effet, outre trente-cinq mille Hilotes qui accompagnaient les Spartiates, chaque homme d'armes des autres nations était suivi d'un soldat armé à la légère. Les quelques petits détachements venus des colonies loeédcmoniennes de Mélos, de Céos, de Ténos, de Naxos et de Cythnus étaient probablement équipés de la même manière. C'est ce qui explique l'omission de leurs noms sur la liste d'Hérodote, quoiqu'ils aient figuré sur le monument d'Olympie qui mentionnait les villes appelées à se partager la gloire du triomphe. Le nombre des Perses était plus que triple. Comme nous l'avons vu, Xerxès avait laissé derrière lui trois cent mille hommes de ses meilleures troupes; les Macédoniens et ou tresGrecs ne fournirent pas moins de cinquante mille hommes, au rapport d'Hérodote. Plutarque rapporte peut-être une tradition athénienne, ou platéenne, quand il dit qu'Aristide obtint un oraele équivoque de Delphes, oracle promettant la victoire aux Athéniens s'ils sacrifiaient aux divinités locales, aux nymphes et aux héros, et s'ils livraient bataille sur le propre territoire des déesses d'Eleusis. La légende ftjou tait que, lorsque Aristide se préoccupait d'une réponse qui semblait lui enjoindre de se retirer à Eleusis, le général plutéen Arimnestus découvrit, à l'aide d'une vision nocturne, un ancien temp!e dédié aux déesses d'Eleusis. Ce monument se trouvai t situé près d'Hysies, au pied du Ci tha;rem, dans uu lieu heureusement disposé pour protéger l'infanterie contre les attaques d'une cavalerie supérieure en nombre. Les Platéens décrété-

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rfint, dit-on, que les bornes de séparation étnbllfs entre leur pays et l'Attlque seraient enlevées, afin que les Athéniens pussent Combattre sur leur territoire sans traverser de nouveau le CIthœron. Lorsque le conquérant macédonien réédifia Platée, il déclora, dans une proclamation solennelle laite à Olympie, qu'il agissaitainsi pour récompenser les Platéens de la grandeur d'Âme avec laquelle ils avaient consacré leur territoire au servlee de la Grèce. C'est peut-être cette proclamation mal comprise qui fit plus tard supposer l'union absolue des territoires d'Athènes el Platée. Ce dernier fait est en complète opposition avec l'histoire ultérieure de ces deux peuples.

En apercevant les Grecs, Mardonius attendit quelque temps qu'ils *" vinssent lui livrer bataille dans la plaine; voyant à la fin qu'ils ne sortaient pas de leur position.il ordonna à sa cavalerie de les attaquer. Le commandant de la cavalerie, Masistius, elait un officier de haut rang, qui jouissait d'une grande réputation personnelle. Il se mit à la tète de ses troupes, couvert d'une riche armure et monté sur un coursier de Nlsée magnifiquement caparaçonné. Les Grecs étaient généralement protégés par le terrain accidenté qu'ils occupaient ; mais les Mégariens, étant moins abrités, eurent ù supporter des charges multipliées de cavalerie qui ne leur donnèrent pas le temps de respirer ; leurs rangs se trouvèrent bientôt éclairais par 'es nombreux javelots que leur lonçait l'ennemi, et le découragement commença à se répandre parmi eux. Ils envoyèrent demander à Pausanias un secours Immédiat, affirmant que leur position n'était plus tenable. Or, il était aussi difficile que dangereux d'aller à leur aide, et Pausanias craignait de recourir a son autorité en désignant une division de son armée pour une tache aussi périlleuse ; Il crut devoir se contenter de faire un appel à tous les hommes de bonne volonté. Tandlsque l'hésitation était générale, unoRIcier athénien, nommé Olympfodore, s'oiïri ta secourir les Mégariens avec son bataillon de trois cents hommes et un corps d'archers. Arrivé à son poste, il accueil- - lit la charge de l'ennemi avec une grêle de (lèches. Masistius, qui eom- "- battait au premier rang, eut son cheval blessé et tomba. Les Athéniens se précipitèrent sur lui avant qu'il put se relever. Son épaisse armure (i) le protégea pendant quelque temps, mais à la fin un javelot pénétra à travers la visière de sou casque. Dans le tumulle de la mêlée, les barbares ne s'aperçurent pas de la chute de leur chef et ne firent aucun effort pour le délivrer; mais dès qu'ils eurent reconnu leur perte, ils revinrent sur leurs pas, afin de recouvrer le cadavre de Masistius. Eu voyant les Athéniens exposés au cliot de cette force supérieure, les autres Grecs accoururent à leur secours. Ils arrivèrent au moment où la petite troupe venait d'être forcée d'abandonner le corps du capitaine perse, mais ils firent un tel effort qu'ils réussirent à le prendre. Après une lutte sanglante, la cavalerie fut repoussée avec perte : elle se retira à quelque distance, puis elle rapporta au camp les mauvaises nouvelles du combat. L'armée tout entière témoign-1 le regret que lui in-

(1) Selon Plutarque, cette armure le couvrait île» pieds à la lête. Jriit., 14.

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splraît 1b mort de Masistiuspnr des honneurs funèbres tels qu'on eu accordait aux plus illustres personnages. Les barbares rasèrent non-seulement leurs têtes, mais aussi celles de leurs chevaux et de leurs bétes de somme ; ils poussèrent ensuite des gémissements qui, suivant Hérodote, retentirent dans tonte la Beotie. Quoique leur perte fut probablement supérieure a celle des Perses, les Grecs se consolèrent en voyant le résultat définitif de la lutte, et surtout In mort d'un ennemi que ses concitoyens regrettaient si profondément. Le cadavre de Masistius fut pincé sur un char et promené devant les lignes de l'armée.

Ce succès encouragea Pausnnios à quitter la position qu'il occupait Le.Gr«< à l'issue du passage, pour choisir un terrain où son armée, quoique plus JÏ~ pJSÏ exposée aux attaques de la cavalerie, pourrait entreautres avantages trouver de l'eau plus facilement que dans le voisinage dÉryihres. Dans ce dessein, il gagna le territoire de Platée. Cette dernière ville, qui n'était pas encore sortie de ses ruines, était située au pied de la montagne. La plaine voisine est arrosée par un grand nombre de petits ruisseaux qui descendent du Cithœron ; quelques-uns alimentent l'Asopus qui, après les avoir recueillis ainsi que d'autres affluents, se dirige a lest vers le canal del'Eubée. Plusieurs autres forment l'Oéroé, qui, sortant de cette même plaine élevée, eoule à travers des ravins resserrés dans le golfe de CreusisJLivadostro). Pausanias campa sur le bord d'une rivière qu'Hérodote appelle l'Asopus, mais qui ne doit être considérée que comme un de ses affluents. L'aile droite de l'armée, — le poste d'honneur, — était formée par les Lacédémoniens, et se trouvait auprès d'une source, appelée Gargaphia, qui fournissait une quantité d'eau assez considérable.

Avant que les troupes se fussent rangées dans l'ordre qu'elles devaient conserver le jour de la bataille, tes Lacédémoniens eurent a prononcer dans une querelle engagée entre les Tégéates et les Athéniens qui réclamaient concurremment l'honneur de former l'aile gauche. Les Tégéates basaient leur prétention sur l'exploit de leur ancieu héros, Echémus, que les Péloponésiens avaient, dlsaient-its, récompensé de sa victoire sur Hyllus en accordant pour toujours à sou peuple le privilège d'occuper une aile dans toutes les expéditions que ferait en commun la péninsule. Ils consentaient à céder leur place aux Lacédémoniens ; mais, faisant valoir l'ancien usage, et l'intrépidité qu'ils avaient déployée dans tant de rencontres avec les Lacédémoniens eux-mêmes, lisse prétendaient fondés a prendre le pas sur tous les autres alliés. Les Athéniens appuyaient aussi leur réclamation sur leurs triomphes mythiques. Ils faisaient valoir leur défense des Hé*aclides contré le pouvoir d'Eurystliée, l'aide qu'ils avalent dounée aux habitants d'Argos contre les Cadméens, et la victoire qu'ils avaient remportée sur les Amazone*. Ils n'avaient cependant pas besoin, comme ils le dirent avec vérfté, de rapporter les exploits de leurs ancêtres ; la journée de Marathon était aussi brillante qu'aucune de celles du passé. Néanmoins, ajoutèrent-ils, * comme la circonstance ne permet pas les longues disputes, nous nous soumettrons à la décision des Spartiates, et nous nous efforcerons de faire honneur au poste qui nous sera assigné. »

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L'esprit d'Aristide semble respirer dans ce langage. La modestie des Athéniens plaidait en leur faveur, plus encore que leur mérite. Aussi l'armée lacédémonienne s'écria comme uu seul homme qu'ils étaient tes plus dignes de l'honneur disputé. Aussitôt qu'il apprît le mouvement des Grecs, Mardonius s'avança avec toutes ses forces, qu'il établit sur l'autre bord de l'Asopus. 11 plaça les Perses, c'est-à-dire ses meilleures troupes, en face des Lacédémoniens ; aux Athéniens il opposa ses Grecs auxiliaires, qu'il considérait probablement comme la seconde espérance de son armée. Les Thébains avaient conseillé cette (lis{K)sition. en songeant que les Perses étaient des adversaires nouveaux pour la Spartiates, tandis que les -Athénien s avaient appris par expérience à les mépriser. Avant que toutes ces dispositions fussent adoptées, le jour s» trouva trop avancé pour qu'on engageât la lutte; mais le lendemain les devins de chaque armée cherchèrent à découvrir la volonté des dieu* *■ dans les entrailles des victimes. Les Spartiates avaient emmené avec eux Ti sa mène, le plus célèbre devin de la Grèce, issu d'une branche des lamides d'Élis. Sa réputation élajf si grande, que les Spartiates, inquiets des suites de la guerre, et ne pouvant l'engager à leur service sous d'autres conditions, lui accordèrent les droits de citoyen,, ainsi qu'à son frère Hégias. Ce fut la seule circonstance où, du temps d'Herudote, ils aient adopté un étranger. Cependant les Perses, ayant aussi de* devins grecs dans leur camp, s'erforçaieot de découvrir les secrefs de l'avenir. Un de ces derniers, Hégésistrate, était également un Éléen, delà race desTelliades, qu'on regardait aussi comme doués d'un talent prophétique héréditaire. Les Perses l'avaient engagé à leur service, en lui assurant un salaire considérable ; mais la haine, plutôt que l'avarice, l'excitait à user de ses connaissances pour nuire aux Spartiates, qui l'avaient jadis emprisonné avec l'intention de le faire mourir (i). De part et d'autre, les devins virent les mêmes signes au milieu de leurs sacrifices Tisamène déclara que les présages étaient favorables aux Grecs s'ils sf maintenaient sur la défensive, mais qu'ils étaient menacés d'un grand désastre s'ils traversaient l'Asopus pour livrer bataille. Hégésistrate et son collègue Hippomaque annoncèrent également que les entrailles consultées défendaient aux Perses d'engager le combat. L'expérience ayant été répétée pendant plusieurs jours, avec le même résultat, les deux armées demeurèrent immobiles. La cavalerie perse manoeuvrait seule pour harceler les Grecs, les enfermer dans leur camp et les empêcher d'aller puiser de l'eau. Du reste, les alliés ne manquaient pas de provisions: on leur en apportait du Péloponèse. par leCithœrou. Chaque jour ils recevaient des vivres frais. Mardonius, nu contraire, n'ayant pris aucune précaution pour assurer ses approvisionnements d'une manière régulière, voyait diminuer chaque jour ses moyens de subsistance. Aussi ces délais excitaient au plus haut degré son impatience.

C'est sans doute un spectacle singulier que de voir un général perse

fil 11 s'échappa d'une singulii're façon. TI se débarrassa de ses entraves eu se conp.iril le |iicd, el se «nu va ensuite à Tégée, maigre, sa blessure, voyageant de. nuit cl -e i-iirlianl |n>nd«ui le jour dans les bois, Hér., 1, ix, 37.

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