‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 119 sur 143 · CHAP. XVI. — IMPATIENCE DE MARDONIUS. S · texte numérisé non relu

CHAP. XVI. — IMPATIENCE DE MARDONIUS. S

maintenu, contreson gré, dans iine complète inaction par des devins grecs, dont il ne pouvait pas apprécier les connaissances. 11 n'existait cependant pas entre la religion de la Grèce et celle de la Perse une différence telle qu'elle l'empêchât d'admettre la faculté prophétique. Le soin qu'il eut de consulter les oracles de la Béotie prouve d'ailleurs qu'il était fort disposé à adopter les superstitions des Grecs. Régéslstrate remplissait seulement les fonctions des mages, qui paraissent avoir accompagné la cour et quitté l'armée avec Xerxès. Mais il n'est pas facile d'imaginer que la coïncidence qui existait entre les déclara lion s des devins fût l'effet du hasard. Tisamène exprimait probablement l'opinion et les désirs de la plupart des capitaines grecs, quand il leur enjoignait de rester sur la défensive. Son rival ne se (lait sans doute pas entièrement aux règles de son art pour satisfaire sa soif de vengeance contre Sparte. Mardonius luimême ignorait peut-être comment il devait se servir de ces instruments religieux; mais les Thébains étaient plus familière avec eux, et, puisque l'avis des devins était complètement d'accord avec leur manière de voir, nous sommes autorisés en quelque sorte à l'attribuer àleur influence. Dès le premier moment ils se montrèrent opposés au projet de livrer bataille, et ils se flattaient sans doute de rendre un combat impossible à force de délais. Plu turque rapporte une circonstance qui, bien qu'Hérodote ne ta mentionne pas, semble assez croyable, surtout quand on la met en regard de la conduite recommandée à Mardonius par les Thébains. Il dit que quelques Athéniens de haute naissance, mais ruinés par In guerre, formèrent un complot pour renverser la constitution ; qu'ils tenaient des assemblées secrètes dans une maison à Platée, et qu'ils avaient déjà recruté plusieurs complices lorsqif Aristide découvrit la conspiration. Aristide mit fin a toutes ces machinations en forçant deux des principaux chefs du complot à quitter le camp, et en déclarant aux autres qu'ils devaient effacer sur le champ de bataille les soupçons de leurs compatriotes. C'est par des ruses de ce genre que les Thébains espéraient ruiner la cause de la Grèce.

Durant les huit journées que les deux armées passèrent l'une en face de l'autre sur les bords de l'Asopus, les Grecs reçurent continuellement des troupes fraîches, sans que Mardonius ou ses conseillers songeassent à Intercepter les communications. .Ce fut le Thébain Tiinagénidas qui suggéra cette pensée au chef des barbares, et l'événement prouva immédiatement la prudence dé son avertissement. La cavalerie commise a la garde du défilé surprit, à la faveur de la nuit, un convoi de munitions avec cinq cents bêles de somme. Les troupes tombèrent sur leur proie avec «ne telle furie qu'elles tuèrent sur place une partie du bétail. Ce léger succès ne suffit cependant pas à calmer l'impatience de Mardonius. S'apercevant que l'ennemi devenait chaque jour plus redoutable, et voyant qu'au bout de dix jours les présages continuaient A être défavorables, 11 résolut de risquer le combat. Il communiqua secrètement ses intentions à Artabaie ; mais celui-ci, qui avait adopté les vuesdes Thébains, engagea fortement Mardonius à éviter une bataille. H lui conseilla de se rejeter sur Thèbes, où on avait formé des

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magasins pour l'armée, et à distribuer ensuite sou or avec prodigalité aux principaux ci Eoyens des villes grecques. Mardonius avait trop de confiance dans ses icves de Victoire et un tempérament trop fougueux pour se prêter à ces longs délais. Il persista dans ses desseins. Désirant néanmoins affaiblir l'impression que produirait parmi les Grecs alités, et peut-être parmi les Perses, le dédain qu'il montrait pour des présages généralement regardés comme infaillibles, il réunit en conseil les prin- . cipaux officiers des deux nations, et s'efforça de les convaincre que la fortune combattrait avec lui. Au nombre des prédictions répandues à cette époque, il en était une relative à la destruction d'une armée étrangère qui devait envahir la Grèce et piller le temple de Delphes. Hérodote supposait que cette prédiction se rapportait à l'irruption d'une horde illyrienne, les Enchéléens, qui, comme celte mention le prouve, avaient depuis longtemps poussé jusque là leurs ravages. Mais cette tradition étant presque oubliée, on appliquait généralement la prophétie aux Perses. Usant d'adresse, et non sans faire violence aux termes de la prédiction, Mardonius essaya de persuader à l'assemblée que les Perses seraient invincibles tant qu'ils ne dépouilleraient pas le sanctuaire de Delphes. Du moment qu'ils u'avaient pas commis ce sacrilège auquel ils avaient renoncé, il fallait, leur dit-il, bannir tout scrupule religieux, et se préparer sans crainte a livrer bataille le lendemain.

Dans la nuit suivante, un cavalier se présenta aux avant-postes des Athéniens, et demanda à parler aux généraux. Lorsque les sentinelles eurent averti leurs chefs, -ceux-ci reconnurent aussitôt Alexandre de Macédoine. Le prince raconta qu'il était venu, au péril de sa vie, pour donner aux Grecs un conseil d'ami. Il les informa alors que Mardonius, malgré l'aspect menaçant des victimes, comptait les attaquer dès le lendemain matin. L'engagement dût-il même être encore retardé, il les exhortait à rester fermes dans leur position, ear les barbares n'avaient presque plus de provisions et devaient être- bientôt forcés de se retirer. Après les avoir priés de se rappeler sa bonne volonté, si la cause de In Grèce triomphait, il s'éloigna.

Eu apprenant ces nouvelles, Pausanias mit a exécution un desseia qu'il avait probablement conçu depuis longtemps : il engagea les capitaines athéniens à changer de position avec les Spartiates, de manière a ce qu'ils se trouvassent opposés aux Perses, dont la méthode de combattre leur était familière. Les Athéniens, ou peut-être plutôt Aristide, se montrèrent fort empressés à satisfaire ses désirs. Le mouvement fut accompli dans la nuit, et, lorsque le soleil se leva, Mardonius apprit le changement. A son tour il prit immédiatement d'autres dispositions, et transporta les Perses à son aile droite, afin qu'ils se, retrouvassent en face des Spartiates. Voyant sa ruse déjouée, Pausanias rendit aux Spartiates leur ancienne position. Il arriva bientôt que les deux armées trouvèrent dans le même ordre qu'auparavant. Mardonius ressentit uns joie extrême de ce qu'il regardait comme un aveu de la terreur secrète des Lacédémonieus. 11 leur envoya un héraut pour les défier en ces ter-

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