CHAP. XVI. — BATAILLE DE PLATÉE
leurs légères cuirasses à repousser la lance de leurs adversaires. Toutefois ils combattirent avec bravoure, quoi<fue sans méthode et sans ordre. Ils se formaient de tous côtés en groupes irréguliers, essayant de saisir et de briser les piques de l'ennemi. Mardonius, avec mille chevaux choisis parmi les gardes du roi, combattait au premier rang, reconnaissable à son cheval blanc et à la magnificence de ses armes. Au moment où l'issue de la lutte était encore douteuse, H fut blessé mortellement par un Spartiate nommé Arimnestus. La chute du général décida du sort de la journée. Les Perses commencèrent aussitôt à s'enfuir, et tous les autres barbares imitèrent leur exemple. La déroute étant devenue générale, les fuyards cherchèrent un refuge dans leur camp. Seul, Artabaze prit une direction différente. Qu'il fût en désaccord avec Mardonius, ou qu'il eût prévu l'issue de la bataille, il était resté en arrière avec sa division de cinquante mille hommes. Au moment où il venait prendre part au combat, il rencontra la multitude des fuyards. Voyant alors que tout * était perdu, il se dirigea vers la Phocide avec l'inteution de gagner au plus tôt l'Hellespont. Dès qu'ils te virent battus, les Grecs auxiliaires de la Perse se dispersèrent sans coup férir. Les Béotiens, seuls, excités par les traîtres Thébuins, luttèrent pendant quelque temps avec acharnement contre les Athéniens ; ils furent enfin mis en fuite, après avoir laissé trois cents hommes sur le terrain, et ils cherchèrent un abri derrière les murailles de Thèbes. A ces exceptions près, l'armée des barbares s'enferma tout entière dans le camp fortifié, barricada les portes, garnit les tours et les murailles, et se disposa à soutenir de son mieux l'attaque des vainqueurs.
Le combat dura si peu de temps que les Grecs postés à Platée, bien qu'ils fussent peu éloignés du théâtre de l'action, n'arrivèrent que pour aider à la poursuite des vaincus. Toutefois les Mégariens et les Phliasiens, qui, au lieu de côtoyer la monlagne, marchaient à travers la plaine, furent aperçus par la cavalerie thébaine ; elle se précipita sur eux, leur tua six cents hommes et chassa le reste sur les hauteurs. Pour compléter la victoire, il restait à faire le siège du camp, et à délivrer la Grèce de la présence des barbares. Les Lacédémonieus, ayant suivi de près les Perses, essayèrent d'escalader le rempart ; mais novices, comme ils l'étaient, dans ces sortes d'assauts, ils ne purent triompher des fortifications et delà résistance désespérée qu'ils rencontrèrent. La face des choses changea à l'arrivée des Athéniens, qui accouraient après a voir mis les Thébains en fuite. Quoique les derniers venus ne fussent peutêtre pas plus habiles que les Spartiates dans l'art d'attaquer une place forte, ils savaient mieux se prêter aux circonstances. Les premiers ils gravirent les murailles, et, renversant les palissades, ouvrirent une brèche à l'irruption de leurs alliés. Les barbares perdirent alors toute espérance, toute bravoure, toute présence d'esprit, et ils se soumirent comme un lûche troupeau. La rage des Grecs, enflammée par leur péril De-uuetion récent et par le souvenir de leurs héros qui avaient succombé sous la ** ""' supériorité du nombre, se montra insatiable de sang : de toute la multitude parquée en cette enceinte, trois mille hommes seulement échap-
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pèrent an carnage. On trouva dans le camp d'immenses richesses; la I tentes regorgeaient d'or et dsargent, qu'on entassa dans des chariots an milieu d'une foule d'ustensiles fabrique* avec les mêmes métaux précieus. Xerxès, pour fuir plus vite, avait laissé, dit-on, tous les ornenents superflus d« son cortège entre les mains de Mardonius. Les auges denses chevaux étaient eu airain, et curieusement travaillées. Cette proit échut eu partage aux Tégéates, entrés les premiers dans la brèche faitt par les Athéniens, et ils l'emportèrent pour orner leur temple de Minerve Aléa. Outre de magnifiques armures, ou trouva une quantité innombrable de colliers et de bracelets, dont les Perses aimaient a se ' parer. Pausanius ordonna aux Hilotes de rassembler tout le butin, nlir. qae les dieux et les hommes eussent chacun leur part. Comme on devait s'y attendre, les esclaves employés à celte besogne commirent une foule de larcins. Ou attribuait généralement les grandes richesses de plusieurs familles d'Égine au gain qu'elles avaient fait en achetant à vil prix un grand nombre des objets enlevés par des hommes qui en ignoraient la valeur. D'après une tradition qui reproduit sous une autre forme la leçou que Xerxès avait autrefois reçue de Dénia rote, Pausanias, qunnd il pénétra dans la tente de Murdonius, et qu'il vit les riches tentures, les somptueux tapis, les lits et les tables incrustés d'or el d'argent, ordonna aux esclaves perses de préparer un festin tel qu'il; avaient coutume de le disposer pour leur maître. Il fit ensuite placera i coté soa modeste repas ordinaire, et engagea les officiers grecs à remar- I quer la folle du barbare, qui, avec de tels instruments de luxe à sa disposition, était venu disputer aux Grecs leur maigre pitance, i Une portion du butin, un dixième environ, fut mise â part pour le dieu de Delphes i on en fit un trépied d'or supporté par un serpent d'airain à trois têtes. Cette offrande devait survivre non-seulement au temple dans lequel ou la plaça, et au culte du dieu à qui elle fut consacrée, mais encore à la liberté de la Grèce. Une antre portion des dépouilles fournit au temple national d'Olympie une statue colossale de Jupiter, sur laquelle était inscrit le nom des villes qui avaient partagé la gloire de la lutte. Une troisième portion fut dédiée, sous la même forme, à Neptune sur l'Isthme. Les Plutéens réservèrent une sommede 80. talents pour construire un temple de Minerve, temple orné de peintures, que l'Iutarque vit dans toute leur fraîcheur, après un intervalle de six siècles. Ce fut sans doute pour accomplir un acte pieux, et non, comme l'imagine Plutarqae, pour mettre tin à une querelle engagée, dit-il, entre les Spartiates et les Athéniens sur la palme du mérite. Le premier devoir dont on s'acquittait, après avoir payé la dette de la reconnaissance envers les dieux, c'était de récompenser ou d'honorer la valeur de ceux qui avaient combattu. Selon le consentement unanime, les Lacé dén ionien s obtinrent la première place, el ce fut peutêtre moins comme une distinction personnelle que comme une distinction nationale qu'on offrit à Pausantas un présent magnifique coin- | .prenant dix échantillons des objets les plus précieux du butin. L'hom- «ne qui se fit le plus remarquer parmi les Spartiates par son intrépidité