‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 122 sur 143 · CHAP. XVI. — MONUMENTS FUNÈBRES. M · texte numérisé non relu

CHAP. XVI. — MONUMENTS FUNÈBRES. M

ce fut cet Aristodeme qui, depuis la journée desThermopyles, désirait effacer sa honte en mourant sur quelque glorieux champ de bataille. L'infortuné atteignit son but à Platée. Les Spartiates se refusèrent néanmoins avec justice à lui décerner le prix de la valeur, considérant plutôt la cause de sa mort que le courage avec lequel il s'était sacrifié. Ils n'accordèrent point d'honneurs à sa mémoire, comme ils le firent t| pour leurs autres héros. lis élevèrent trois monuments destinés à recevoir les corps des morts : un pour les officiers (l), parmi lesquels nous trouvons le nom d'Amompharétus ; un second pour les autres Spartiates; et le troisième pour les Hilotes. De semblables monuments signalèrent les tombes communes où les autres villes ensevelirent leurs morts. Cependant toutes les cités dont le nom figurait sur le piédestal d'Olympie n'avaient pas le droit de prétendre à un souvenir de ce genre. Beaucoup d'entre elles n'avaient point perdu d'hommes, ou du moins n'en avaient perdu que dans les escarmouches antérieures au combat décisif. Néanmoins, comme l'absence de leurs troupes durant la bataille était involontaire, comme toutes avaient pris part au danger, à la fatigue et au plan de campagne, on ne pouvait avec justice les accuser de vanité ou de mensonge, si, comme Hérodote l'affirme, elles construisirent quelque cénotaphe à côté des sépulcres de leurs alliés plus heureux. L'exemple d'Elis et de Mantinée nous démontre quel prix on attachait à de semblables honneurs. Ces deux villes envoyèrent chacune un corps de troupes à Platée, mais ces renforts n'arrivèrent qu'après la bataille. Les Manlinéens déplorèrent avec amertume leur malheureuse chance, et se reprochèrent avec justice ce retard malencontreux. Pour réparer autant que possible leur faute, ils se mirent aussitôt à la poursuite d'Artabaze, et suivirent inutilement ses traces jusqu'en Thessalie. Artabaze arriva stùn et sauf en Asie ; mais une partie de son aimée mourut de faim, et périt sous les coups des tribus thraces. Il parait qu'Alexandre de Macédoine attaqua aussi ses alliés pendant leur ,retraite, et que les Athéniens le récompensèrent de cette action, ou dé ses premiers services, en lui accordant le droit de cité (2). Artabaze aurait sans doute trouvé. de plus grands dangers sur sa route, s'il n'avait pas caché prudemment les nouvelles de sa défaite, et répandu le bruit que Mardonius était en marche vers le nord. Les Mantinéens et les Éléens bannirent à leur retour le général auquel ils avaient confié l'expédition, le regardant comme l'unique cause de leur mécompte. A une faible

(1) C'est là vraisemblablement le sens d'Hérodote, iï, 85, si nous lisons tlftiËf pour ipitt, ce qui n'est véritablement pu admissible. Mais dans ce cas l'expression ipTjï ouiîpTf» est employée ici dans une acception très-différente de celle que lui doue Plutarque, Lyc, 17, où l'on doit ohserver que les mots cÎTo;otipw- ipy.ti tb« iinoTi- •imnm £•< tiï; [unxiï, ne se rapportent pas, comme le suppose Manso (Sparla, I, p. 544) à des batailles réelle, niriis aui exercices de la jeunesse. Si on doit véritablement lire. ipt»i;, il faut ndmeltre que sipT.v était le nom qu'on donnaji, non pas à tous les jeunes gens de plus' de vingt ans, mais seulement à ceux qui commandaient les aulros. Ce pouvait être un degré pour prendre rang dans l'armée. Mais tout cela est fort incertain, et la difficulté semble moindre, si on accepte le

15i HISTOIRE DE LA GRÈCE.

distance de la mute, à l'issue du défilé situé prés d'Erytlires , s'élevait un monument où l'on supposa plus tard que les restes de Mardonius étaient ensevelis (l). Ce qu'il y a de certain, c'est que, le lendemain de la bataille, des mains amies enlevèrent le corps du lieuteuant de Xerxès, et que plusieurs personnes firent valoir auprès de son fils le mérite de cette action. Un habitant d'Egine pressa Pausanias de venger la mutilation de Léonidas, en outrageant le cadavre de Mardonius. Mais le Spartiate rejeta avec horreur ce barbare conseil : assez de victimes, dit-il, sont tombées pour apaiser les ombres de Léouidas et des héros des Thermopyles.

Ainsi la Grèce se trouvait complètement et définitivement délivrer de l'invasion des Perses, peu de temps après avoir été menacée d'une entière destruction. Dans les deux grandes luttes qui précédèrent ce dernier combat, quoique les esprits vulgaires dussent douter ou même désespérer de l'issue, les grands hommes placés à la tète des affaires avaient de nombreuses raisons de prévoir presque avec certitude le futur triomphe de leur cause. Voilà pourquoi les victoires de Marathon et de Salamine sont étroitement associées aux noms de Miltiade et de Thémistocle. A Platée, le résultat dépendait de tant de circonstances impossibles à calculer, qu'il est difficile de déterminer le degré de louange du à chacun des hommes qui occupèrent les postes principaux et contribuèrent à décider la lutte. Que Pausanias ait commis des fautes . graves comme général, c'est là une question plus sujette à controverse qu'elle ne le serait dans la guerre moderne. Il semble au moins évident qu'il obéit aux événements plutôt qn'il ne les dirigea, et qu'il se trouva un moment exposé à des désastres dont il fut délivré, non par sa prudence, mais par la précipitation de l'ennemi. Si Mardonius s'était abstenu d'un engagement général, s'il s'élait borné à harasser les Grecs avec sa cavalerie et à les affamer, la guerre aurait pris une autre tournure, et se serait certainement terminée d'une autre manière. Dans le moment critique cependant, Pausanias déploya la fermeté, et si, comme il le parait, le devin fût son instrument, l'adresse que réclamaient les circonstances. On sait encore moins quelle part on doit accorder dans les événements militaires à Aristide, dont le nom est aussi rarement mentionne par Hérodote qu'il l'est souvent par son biographe. Il est permis, toutefois, d'attribuer à l'influence de ce grand homme l'extrême modération, la sagesse et l'ardeur contenue des Athéniens au milieu des incidents qui précédèrent la bataille. Au reste, la magnanimité d'Aristide, et la présence d'esprit du général Spartiate n'étaient pas plus nécessaires au succès final que l'impétuosité de Mardonius et l'obstination d'Amompharétus.

Avant que l'armée se séparât, en quittant le champ de bataille sur lequel elle venait de remporter la victoire, les chefs, et nous pouvons admettre avec Plutarque qu'Aristide était à leur tête, profitèrent des dispositions où elle se trouvait, pour prendre des mesures destinées à

(1) Paus., 11,2,1.

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