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CHAV. XVI. - SIÈGE DE SESTOS. SST

eu ii émis et où Ils trouvèrent la mort. Un petit nombre de fuyards seulement atteignirent le sommet, d"où ils purent se rendre à Sardes, après que les Grecs se furent retirés avec leur butin en brûlant les vaisseaux perses et la palissade qui les entourait.

Revenus à Saraos, les vainqueurs tinrent conseil et délibérèrent sur le plan qu'il conviendrait d'adopter pour protéger les Ioniens, dans le cas où on les déterminerait à se soulever en masse. Tant que la flotte grecque serait maîtresse de la mer, les insulaires étaient en sûreté. Mais les villes du continent ne pouvaient être mises à l'abri des efforts des Perses qu'au moyen d'une armée grecque permanente. Les chefs du Péloponèse dirent que les Ioniens, pour qui l'indépendance était le bien -le plus précieux, quitteraient, s'il le fallait, leur pays, et que les Grecs, qui s'élaient joints aux barbares, leur céderaient la région maritime ' qu'ils occupaient. Mais les Athéniens s'opposèrent fortement à ce projet, refusant à leurs alliés du Péloponèse le droit d'intervenir dans les intérêts de leurs colonies. Ce plan, qui n'avait peut-être pas été mûrement médité, fut aisément abandonné. On convint qu'on laisserait les Ioniens chercher à obtenir des Perses les meilleures conditions possibles. On décida que Chios, Lesbos, Sam os et les autres îles de la mer Egée seraient solennellement admisesdans la confédération grecque, et s'obligeraient à ne jamais l'abandonner. Cette affaire arrangée, la flotte se dirigea vers l'Hellespont. où l'on pensait que les ponts de Xerxès subsistaient encore. Quand on eut reconnu qu'ils n'y étalent plus, Léotychide èl les Pélopouésiens, considérant que l'expédition avait Complètement rempli su mission, proposèrent de rentrer en Grèce. Xantippe et les Athéniens désiraient, au contraire, rester pour tenter de recouvrer la partie de la Chersonëse autrefois soumise par Miltiade. Comme les alliés ne prenaient aucun intérêt a cetlc conquête, ils abandonnèrent les Athéniens à leurs propres forces.

Xantippe assiégea tout d'abord Sestos, la place la plus forte de In 8iésc < péninsule, dans laquelle beaucoup de Perses des villes voisines avaient cherché un asile en apprenant l'approche de la flotte grecque. Le gouverneur Artayctes était Perse de nation ; il avait abusé de son pouvoir qui s'étendait sur tonte ta Chersonëse , et s'était livré à des actes de la tyrannie la plus absolue: un fait, surtout, excitait à un haut degré l'Indignation de tous les Grecs soumis à son gouvernement. La ville d'Klœus, sur la cote sud- ouest de la presqu'île, se vantait de posséder le tombeau de Protésilas, qui, de toute l'armée d'Agamemnon, s'élança le premier sur le rivage troyen, où il fut tué par Hector. Un terrain sacré, renfermant un temple, enrichi avec le temps de précieuses offrandes, lui était consacré. Ces richesses tentèrent la cupidité d'Artayctès; il demanda à Xerxès, lors de son passage à Sestos, la maison d'un Grec qui avait envahi ses propriétés, et qui , ayant trouvé la mort qu'il méritait, avait été enterré dans le voisinage. Xerxès. ne se doutant pas de la valeur du trésor, donna son consentement. Non -seulement Artayctes dépouilla le temple de ses richesses, mais encore, labourant et cultivant le terrain sacré, il profana à dessein le sanctuaire, qui servit de théâtre a la plus honteuse débauche. La flotte des Athéniens le sur-

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prenait avant qu'il ni t fait aucun préparant pour soutenir un siège auquel il avait si peu de raisons de s'attendre. A la vérité les fortifications Étaient en état de résister longtemps. Comme l'automne s'avançait, l'armée grecque supportait impatiemment sa longue absence, et demandait avec instance à ses chefs de la ramener dans l'Attique. Unis Xantippe et ses collègues refusèrent d'abandonner sans autorisation leur entreprise. Pendant tout l'hiver ils bloquèrent la ville. Les provisions des assiégés furent d'autant plus vile épuisées que les réfugiés avaient augmenté le nombre des habitants. Au printemps , la famine commença À causer de grands ravages parmi eux. Ainsi pressés, Artayctès et un autre Perse de haut rang, QEobasus, à la tète d'un grand nombre de leurs concitoyens, tentèrent de s'échapper, et réussirent à' traverser pendant la nuit les lignes athéniennes. Le lendemain, aussitôt que leur fuite fut connue, les habitants grecs de la ville ouvrirent les portes aux assiégeants. Les fugitifs furent poursuivis avec ardeur. OKobasus, ayant quitté la ville le premier, réussit à sortir de la Cbersouèse, mais ce fut pour tomber entre les mains des sauvages Absinthiens , qui le sacrifièrent à un de leurs dieux. Ar tayctès était réservé à un sort peut-être encore plus cruel. Il fut surpris avec son fils et conduit devant Xantippe. 11 n'avait aucun droit à la pitié, mais H tenta de racheter sa vie. Il offrit cent latents, comme une expiation envers le héros, et deux cents ponrsa rançon et celle de son fils. Les Rléens ne voulant accepter d'autre expiation que le supplice du coupable, Xantippe l'abandonna à leur vengeance. Suivant l'usage des Perses, il fut rois en croix, et son fils rôt lapidé devant ses yeux. Après cette conquête, Xantippe ramena la flotte à Athènes. Entre autres trésors elle apportait les cables employés au pont de Xerxès , — les chaînes de t'Hellespont affranchi,— qni furent conservés dans les temples des dieux de l'Attique. Quand les Athéniens rentrèrent dans. leur pays , ils trouvèrent la campagne dévastée, et la ville changée en un monceau de ruines, à l'exception d'un petit nombre de maisons qui avaient été occupées par les chefs des Perses. Les coffres publics étaient épuisés par la guerre. Le butin avait bien enrichi quelques particuliers, mais la part de l'État fut presque tout entière consacrée aux dieux. On pouvait done regarder Athènes comme descendue au dernier degré de la pauvreté et de la faiblesse. Eh réalité sa force était plus grande que jamais; elle ne demandait que du temps pour la développer avec éclat, et illustrer une époque de splendeur et de gloire. Dans le drame où, peu d'années après la bataille de Salamine, Eschyle reproduisit le souvenir de ce jour glorieux, la mère de Xerxès, apprenant la défaite de son fils , demande si Athènes n'a pas été renversée? il est facile de croire qu'un auditoire athénien pouvait seul apprécier celte réponse du messager : « Tant que les nommes resteront, Athènes aura un rempart inexpugnable. » Les Athéniens comprenaient bien qu'ils n'étaient pas faits pour leur ville, mais que leur ville était faite pour eux ; et ils l'avaient prouvé en la sacrifiant deux fois à la liberté. Désormais ils allaient montrer ce que la liberté pouvait en faire.

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La reconstmct ion des habitatlonspartietiltèrf s fut Aband«nii^ffa0x propriétaires ; ceux-ci élevèrent leurs maisons, comme cela eut lieu après la dp.structioii(ie.B(»mr, sans plan régulier et uniforme, stirun système plaWt en harmonie avec la pauvreté des citoyens qu'avec la grandeur future de l'État. La plopart étaient petites et nasses, et s'avançaient dn haut sur des rues étroites et tortueuses qu'elles obstruaient par leurs saillies. On ne taniapasàreeonnaitreéestnconvénlents.SnrlademandedeThémlstocle et d'Aristide, l'Aréopage dut Intervenir pour arrêter le mal (l). Mais ces dcfau tsprimltifsnes'effacèreiit Jamais; prèsdedenx. siècles pins tard, malgré les changements que le luxe introduisit, un étranger arrivant pour la première fois dans la ville pouvait demander s'il était réellement à Athènes [a). La reconstruction des rem pies fut réservée pour une antre époque.

Dés soins plus importants réclamaient l'attention de Thémistorle et Fort d'Aristide; il s'agissait de mettre la viHe en sûreté pour l'avenir. II fallait relever les murailles, dont il ne restait pins que quelques débris. Les vues plus étendues et les espérances plus élevées des Athéniens demandaient qu'on reculât l'enceinte de leurs remparts. Cependant les. alliés d'Athènes observaient sa situation et surveillaient ses actes avec des sentiments qu'auraient dû changer tes services qu'elle venait de rendre à la cause commune. Au lieu de lui tenir compte de ses souffrances, an lieu de lui accorder l'admiration et la reconnaissance qu'elle méritait, ils ne la virent qu'avec crainte et jalousie. Egine et Corintbe, ses rivales maritimes, furent peut-être les premières à prendre l'alarme. 11 fut facile de déterminer Sparte à saisir cette occasion favorable pour mettre des bornes à l'accroissement d'une puissance qu'elle pourrait elle-même avoir bientôt à redouter. Avant que les nouvelles fortifications fussent commencées , des envoyés de Sparte arrivèrent à Athènes , chargés * d'une mission en apparence toute bienveillante. « Au lieu d'élever des « murailles, qui, comme celles deThèbes, pourraient servir d'abri aux s barbares dans le cas d'une nouvelle invasion, les Athéniens feraient n mieux de se joindre aux Spartiates pour renverser tontes celles qui « se trouvaient mi nord de l'Isthme. Le Péloponèse offrirait toujours « un lieu de refuge suffisant, une place d'armes, où les forées de la a Grèce pourraient se réunir. » Il était fort naturel que Sparte voulût faire du Péloponèse la seule forteresse de la Gréée ; car, de. même que ia forteresse aurait commandé le pays, la Latonie aurait disposé de la forteresse. Mais ce n'était pas pour accepter uu pareil état de choses qu'Athènes avait prodigué son sang et ses trésors. S'il n'étHit pas difficile de répondre, il ne s'agissait pas ici d'employer les paroles. Des hommes qui ne rougissaient pas de couvrir leurs injustes desseins d'un voile si léger ue se seraient évidemment pas fait scrupule de les accomplir à l'aide de la violence. Puisque les Athéniens n'étaient pas en mesure de résister à leurs armes, la prudence leur faisait une loi d'éluder leurs propositions. Cette occasion convenait parfaitement au génie de Thémîstoele; et il résolut de vaincre les Spartiales avec leurs

(1) Itérai. Ponl., |. — (2) Dicwitrctius, Bit; £>..

D0to«io,GoOgk

' propres armes. D'après son avis les ambassadeurs furent congédiés, " avec la promesse que sous peu de temps des envoyés iraient à Sparte pour y conférer à ce sujet. Lui-même se mit sur-le-champ en route dans ce but ; mais il recommanda de ne point laisser partir ses collègues avant que les murailles fussent assez élevées pour être en état de résister a une attaque. En conséquence tout Athénien pouvant travailler fut contraint, sans distinction d'âge ni de sexe, de contribuer à l'achèvement de cette construction. On ne devait épargner aucun édifice public ou privé, sacré on profane, qui pourrait fournir des matériaux. En effet, tous les habitants jeunes ou vieux, hommes ou femmes, mirent la main à l'oeuvre, et poussèrent leur entreprise avec une incessante activilé. Les maisons, les temples, les tombeaux furent les carrières où ils puisèrent abondamment. Cependant Thémistocle, arrivé à Sparte, ne demandait pas à être entendu, et ne tentait aucune démarche pour faire connaître l'objet de sa mission; les éphores s'informèrent de la cause de ce silence, a II attendait , dit-il , ses collègues qu'il avait laissés en arrière pour terminer des affaires très- pressantes, mais ils allaient venir un jour ou l'autre; il espérait en partant les voir arriver plus tôt. n Les Spartiates se contentèrent d'abord de cette réponse ; mais la nouvelle arriva que les murs, objet de la négociation, étaient commencés et s'élevaient rapidement. Quoiqu'il fût difficile de révoquer en doute les faits annoncés, Thémistocle, cet homme que naguère les Lacédémoniens avaient comblé d'honneurs, leur demanda de suspendre leur jugement jusqu'à ce qu'ils se fussent assurés de la vérité par les yeux de quelques-uns de leurs concitoyens. Les Spartiates choisirent des hommes graves et dignes de conliance pour les envoyer à Athènes. A la même époque Thémistocle fit secrètement prévenir les Athéniens de retenir ces envoyés avec le moins de violence possible, jusqu'à ce qu'il fût lui-même de retour avec ses collègues, c'est-à-dire avec Aristide et un autre envoyé. Il savait d'ailleurs que les murailles étaient déjà assez élevées pour soutenir un'siége. Le temps vint enfin de lever le masque et d'apprendre la vérité aux Spartiates. Après leur avoir annoncé dans une assemblée que les murailles étaient trop avancées pour être abandonnées, Thémistocle leur adressa le salutaire avertissement : « de « traiter désormais les Athéniens comme des hommes raisonnables, en a état de discerner ce qui convenait à leur propre sûreté de ce qui regar- « dait les Intérêts généraux de la Grèce. » 11 leur dit « qu'ils n'avaient « paseu besoin des conseils de Sparte pour abandonner leur ville en se <• retirant sur leurs vaisseaux ; qu'on pouvait désormais s'en rapporter t< à eux pour la reconstruction de leurs murailles; qu'il importait à la « prospérité commune qu'Athènes put élever une voix libre dans les n conseils de la Grèce, et qu'elle ne pourrait parler sur ce ton qu'au- « tant qu'elle serait sur nn pied d'égalité avec ses alliés. » Lps Spar- - tiates possédaient à merveille l'art de se contenir. Ils dissimulèrent leur dépit, en exprimant le regret que ce qui n'était qu'un conseil amical eût été pris pour un dessein arrêté d'empiéter "sur le droit des Athéniens et de les empêcher d'agir chez eux n leur gré. Ainsi les en-

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voyes des deux États s'en retournèrent sans autres plaintes ni reproches. Ou acheva tranquillement les murailles; mais leur structure irrégulicre attestait le choc des intérêts et te conflit des passions au . milieu desquels leurs matériaux mal assortis avaient été arrachés a des édifices remarquables par leur beauté eu respectabl es par leur destination sacrée.

Ce travail nécessaire achevé, Thémistocle tourna ses pensées vers FoniocatiM» une œuvre encore plus importante, qui consistait à déterminer le carac- " tère et l'avenir d'Athènes, et qui était le dernier pas vers le but auquel sa carrière politique avait toujours tendu. Depuis longtemps il avait reconnu, et alors cette vérité devenait plus évidente encore, que le temps était passé où Athènes, protégée contre l'envie par son obscurité, pouvait se borner a cultiver et à défendre son petit territoire. Désormais, pour être en sûreté, il lui fallait être puissante. La nature l'ayant confinée dans un espace très- restreint, elle se trouvait par là forcée de se tourner vers la mer. Heureusement elle avait à sa disposition les moyens de la dominer. Établir la suprématie d'Athènes, tel était le but de toute la politique de Thémistocle. Déjà il avait posé les fondements de cet avenir, en lui donnant une marine qui relevait au-dessus de tous les États voisins; il lui fallait désormais, poiirabriter ses vaisseaux, devenus plus nombreux, un port spacieux et fortifié. Lorsqu' Athènes disputait SalamineàMégare, lorsqu'elle empruntait à Corinthe des secours pour faire face à la supériorité d'Égine, elle devait se contenter du port de Phalère, le plus oriental et le plus petit des trois qui se trouvaient à sa portée. Le plus grand de tous, celui qui en contenait même trois autres susceptibles d'être séparés par des clôtures, et qui ne s'ouvrait • lui-même sur la mer que par un passage étroit, avait élé négligé jusque là, quoique le Pirée, dont il avait emprunté le nom, eût été un ancien déme. Le plan de Thémistocle consistait à fortifier, par un double rang de murs, les trois ports dePhalére, deMunychieet du Pirée. L'une de ces. enceintes devait renfermerle sol qu'occuperait une grande ville, et l'autre suivre les contours d'un rivage couvert de rochers, depuis l'entrée de Phalèrejusqu'à celle du Pirée, de manière à comprendre la presqu'île de Munychie, laquelle abrite le Pirée du côté de l'est. Déjà, lorsqu'il était archonte (493 ans avant J. C.) (1), Thémistocle avait persuadé au peuple de commencer cette vaste entreprise sur une échelle faite pour écarter toute agression (2); les murs furent élevés jusqu'à la moitié de leur hauteur : ils étaient assez larges pour que deux chars pussent les parcourir de front; eette épaisseur se composait de pierres taillées, exactement adaptées les unes aux autres, et jointes à l'extérieur au moyen de crampons de fer et de plomb fondu. Les invasions de Darius etdeXerxès interrompirent le travail, mais sans détruire l'ouvrage; on le reprit avecune nouvelle ardeur, et les murs furent élevés a la hauteur de

(i) Sur la date de l'arebontat de Tliémistocle, Tove* l'appendice V. — (2) Relativement à un conte ridicule rapporté par Diudorc (ït, -il -43} sur les précautions prises par Thémislocle en commençant celle entreprise, voje* 1 appendice V.

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Ht HiSTOlBE DE LA GBÉCB.

soixante pieds grecs (l): ie.Pirée devint uue ville entièrement nouvelle, qui ne devait plus être considérée comme un dème, mais comme la partieinférieure d'Athènes. Toémistode demanda un plana Hippodamus, architecte de Milet, qui, le premier des anciens, dressa des pians pour les villes, et qui établit aussi une théorie de la meilleure forme de gouvernement. On assure qu'il rectifia quelques rues ; mais il parait que la symétrie et la régularité du port formaient avec la ville haute un contraste qui n'était pas à l'avantage de la dernière. Le quartier nouveau fut orné de temples nombreux, d'un théâtre, d'un marché, en un mot, de tout ce qui pouvait contribuer à l'utilité ou à l'agrément. Ceux dont le commerce ou les occupations étaient en rapport avec la mer y fixèrent leur demeure, surtout les étrangers, qui venaient y exercer, leurs arts ou leur industrie. Le but principal de Thémistucle était d'aecoutumtavles Athéniens à regarde!' le Pirée comme leur forteresse la plus sure, et leor asile naturel en cas de danger. Dans cette vue, il fit, dit-on, changer la situation des sièges qui servaient aux assemblées sur la colline de Pnyx, afin que le peuple eût devant les yeux la meretlç Pirée, et non la terre et des rochers (2).

Ainsi Athènes se trouva de tout point à la hauteur de la situation vers laquelle Thémistucle lui avait appris à aspirer. Mais elle avait encore en face d'elle une jalouse rivale qu'on ne devait pas s'attendre à voir reculer sans combattre. La fortune vint achever l'œuvre qu'une prévoyance ingénieuse avait commencée.

Dans l'année qui suivit la prise de Sestos (avant J. C. 477), la flotte des alliés prit encore la mer. On ne connaît pas la force totale de cet armement; on sait seulement que les États dirPéloponëse équipèrent vingt vaisseaux , les Athéniens trente, conduits par Aristide et par Cimon, , lils de Miltiade, qui allait bientôt conquérir la place que son père avait occupée dans l'estime publique. Pausanias avait le commandement général. D'abord il fit voile pour Chypre, et enleva aux Perses la plus grande partie de cette ite. Ensuite il alla mettre le siège devant Byzance, qui ne lit pas une longue résistance. Tandis que la flotte séjournait dans ces parages, le chef Spartiate commença à manifester des intentions dont on avait déjà pu remarquer quelques indices. Il avait été assez vain et assez indiscret pour faire graver, sur le trépied cousaeré à Apollon avec le produit du butin de Platée, deux vers où lui seul était nommé, et où la victoire et l'offrande n'étaient attribuées qu'à lui. Les Spartiates, il est vrai, lirent effacer cette insolente inscription, et lui substituèrent la lisiedes villes qui avaient pris part à la glorieuse expédition. Néanmoins un tel acte éveillait des soupçons que la conduite de Pausanias confirma bientôt. Après la prise de Byzance, il abandonna les coutumes de son pays pour adopter celles des barbares, et il se comporta avec les

(I) Celle hauteur primitive se déduit de rallc que les murailles paraissent «Toir reçue lorsqu'elles furent restaurées par Conon. Appien. Milhrid., M. — (2) D'après les dernières observations faites sur pince, il est difficile d'eipliquer la nature de ces changements. Peut-être se borna-t-il à aplanir le terrain qui était la xue de

alliés , placés sous son coin mande ment, comme s'ils eussent été ses sujets. Les mobiles secrets qui le faisaient agir, les desseins qu'il avait formés ne furent connus que plusieurs années après; mais on voyait clairement que ses vues s'étendaient plus loin que Sparte, 'et qu'il ne se glorifiait plus du titre de citoyen de cette ville. Cela suffisait pour rendre douteuse sa fidélité envers la Grèce.

Aujourd'hui même les désirs qui dominaient le cœur de Pausanias imbi'°iû" d< sont restés incertains. Quels qu'ils aient pu être, sa conduite parait si p»™»""étrange, qu'il est difficile de se l'expliquer, sans admettre que sa soudaine élévation à un si haut rang, que le merveilleux succès de ses entreprises militaires, que la perspective éblouissante ouverte devant lui avaient troublé sou esprit. Une ambition extravagante s'empara de lui, et il s'aveugla sur les dangers qu'il aurait à affronter, comme sur les conditions nécessaires à la réalisation de ses desseins. Il est hors de doute qu'en partant pour'cette seconde expédition il avait résolu d'échanger ses fonctions limitées et temporaires contre un poste qui lui semblait plus élevé et plus enviable : celui de vassal du roi de Perse, de vassal enrichi par les récompenses que lui vaudrait sa trahison envers sa patrie et envers la Grèce. Qu'il ait conçu un tel projet, qu'il se soit trouvé incapable de supporter l'idée de décheoir au bout de quelques aimées, qu'il ait été mécontent des restrictions mises à son autorité par les éphores, tout cela n'a rien de surprenant; cela prouve seulement la faiblesse de son caractère et son impuissance à comprendre In véritable grandeur et la véritable dignité. Mais son orgueil, sa confiance en luimême, son impéritie lorsqu'il s'agissait d'adapter ses moyens à la fin qu'il se proposait, sa négligence des précautions les plus vulgaires, voilà ce qui nous étonne. Il ouvrit d'abord avec Xerxès une négociation dont la prise de Byzance lui fournit le prétexte. Parmi ses prisonniers se trouvaient quelques Perses de haut rang, alliés à la famille royale. Il n'osa pas les délivrer ouvertement; mais il leur fournit en secret les moyens de s'évader. Il euvoya ensuite à Xerxès un messager chargé de faire valoir le mérite de ce service et d'en offrir un autre plus impor- * tant encore. Comme s'il avait tenu le sort de la Grèce entre ses mains, il disaità Xerxès que, s'il voulait fui donner sa tille en mariage, il mettrait à ses pieds Sparte et le reste du pays ; il demandait au roi de lui envoyer un homme de confiance avec lequel il concerterait le plan de cette entreprise. Xerxès était autorisé à croire que le même généra) qui venait d'abattre la puissance de la Perse pourrait la l'établir. Il saisit avidement les espérances qui lui étaient offertes, et euvoya Artabaze pour prendre le gouvernement des provinces situées sur les côtes méridionales de la Propontide, depuis la Bithynie jusqu'à la ville de Dascylium. Le satrape tenait sa cour dans cette ville. Il pouvait de là entretenir une correspondance active avec le Spartiate qui était à Byzauce, » lui fournir de l'argent ou tout autre secours. Quand Pausanias apprit que Xerxès acceptait sa trahison, il commença à agir comme s'il n'avait pas eu d'autres obstacles à redouter, et comme s'il n'eut déjà plus été nécessaire de dissimuler ses intentions. Heureusement la témérité la

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plus imprudente n'est nulle part plus commune que dans les circonstances où une conscience coupable devrait suggérer les précautions les plus minutieuses et la plus défiante réserve. Pausanlas affecta le train d'un satrape perse ; il adopta le luxe et les coutumes des barbares pour sa table et pour ses vêtements; puis, comme s'il avait pris à tâche de se dévuiler entièrement, il traversa la Thrace avec une escorte de Perses et d'Égyptiens. Si elle s'était bornée là, sa folie n'aurait guère nui qu'à lui-même ; mais, en taisant un pas de plus, il causa une importante révolution. Dans ses visions de grandeur, il oublia les liens qui devaiert le retenir; il laissa ses espérances ambitieuses se trahir par une conduite dure et arrogante envers des hommes libres sur lesquels il exerçait un " d* commandement dont il était responsable. Il infligea pour des fautes pen tnt>. graves des châtiments sévères et dégradants ; il devint d'un accès difficile; il effraya, il exaspéra par ses violences et ses mauvais traitements ceux auxquels i! accordait audience. T.es Ioniens, qui venaient de recouvrer leur indépendance, s'irritèrent d'un traitement pire que celui qu'ils avaient été accoutumés à subir des gouverneurs barbares. D'un autre coté, les généraux athéniens déployaient des qualités d'au mut plus séduisantes qu'elles contrastaient avec le caractère et la conduite du commandant Spartiate. Leurs nouveaux alliés ne purent s'empêcher de considérer combien leur condition serait plus heureuse s'ils étalent sous les ordres d'Aristide, de cet homme aussi juste que modéré, et de Cimon, qui se montrait si bienveillant et si généreux. La nature et la raison donnaient d'ailleurs le même conseil, car presque tous les Ioniens élaient originaires d'Athènes et non de Sparte. Ce qui n'était d'abord qu'un désir se changea peu à peu en résolution; d'une voix unanime tous les confédérés, à l'exception des États du Péloponèse et d'Égine, invitèrent les Athéniens à exercer la suprématie dans les affaires de la Grèce, comme Sparte l'avait fait jusque-là. Aristide fut celui qui eut la gloire d'obtenir pour sa patrie une préé- . m in en ce honorable et bien méritée ; sou caractère, inspirant une grande confiance, contribua beaucoup à ce résultat. Après s'être assuré que In demande des Ioniens était l'effet, non d'un mouvement passionné, mais d'un dessein arrêté, il entreprit l'œuvre que lui imposait le consentementeommun. Il songea à établir les lois constitutives de l'union, et la subordination de celle-ci à Athènes. La confédération avait pour objet de protéger les Grecs des Iles et des côtes de la mer Egée contre les attaques des Perses, d'affaiblir et d'abaisser les barbares. Tous ceux qui profitaient de cette protection devaient contribuer au but commun, suivant leurs moyens. Athènes était chargée de réunir les forces et de les diriger, non comme puissance absolue et arbitraire, mais comme organe des intérêts généraux, exerçant seulement l'influence et l'autorité que lui méritaient ses grands sacrifices au bien*public. Elle ne devait pas intervenir dans la constitution particulière des villes alliées ni dans leur administration. Toutes restaient indépendantes les unes des autres ; elles n'étaient liées que par la communauté des intérêts et du danger. Aristide remplit la tache délicate de répartir les contributions sur

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