‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 127 sur 143 · CHAP. XVI. — MORT D'ÀHISTIDE · texte numérisé non relu

CHAP. XVI. — MORT D'ÀHISTIDE

milles riches, réduites à 1» misère par les malheurs du temps et par leurs sacrifices patriotiques, invoquèrent sans doute en leur faveur des infractions particulières à une loi qui tendait manifestement a exclure les plus dignes. Ces exemples démonlrèrent qu'il était juste et sage d'abolir entièrement toutes les distinctions, néanmoins, si nous adoptons l'autre opinion que Phltarque suggère, si nous supposons qu'Aristide ne prit pas seulement en considération le mérite du peuple, mais qu'il comprit la nécessité d'une pareille mesure, nous reconnaîtrons que cette nécessité se manifesta, non peut-être immédiatement après le retour de Platée, mais après que Thémistocle eut réuni au Pirée une population nouvelle, dont l'existence se rattachait uniquement à la mer, une population dont une partie, les thètes, fournissant des matelots a la marine, était disposée à regarder comme des préjugés vieillis les distinctions admises dans la ville haute. Dans tous les cas, il devint Impossible de retarder ces changements, lorsque Te peuple athénien se fut placé à la tête de la confédération ionienne. L'éclat nouveau du nom athénien éclipsait celui de toutes les dignités particulières. Et puis comment Athènes pouvait-elle interdire l'accès des fonctions publiques a une classe sur laquelle se fondait sa supériorité maritime!

Aristide vécut assez longtemps pour voir détruire, eh un point essentiel, l'ordre qu'il avait établi au sein de la confédération dans l'intérêt de ceux qui en faisaient partie comme aussi dans celui de la ville appelée à la diriger. Il blâma, sans pouvoir l'empêcher, cette violation du pacte primitif. La fin de sa vie est si peu connue qu'on ne sait s'il mourut à Athènes. Il parait certain qu'il conserva jusqu'à son dernier jour ['estime de ses concitoyens. 11 mourut pauvre, ses fonctions n'ayant fait que diminuer sa fortune originairement peu considérable. Quoique ' ce soit peut-être une hyperbole que de dire qu'il ne laissa pas une somme suffisante pour payer ses funérailles, Il est certain que le trésor public fit lés frais de son tombeau , et que pendant plusieurs générations ses descendants reçurent une pension de l'Etat. Ce fait ne démontre pas, pour ce temps plus que pour le notre, la pauvreté de ceux auxquels on accordait un tel secours ; il prouve du moins l'opinion que l'on avait des services rendus par Aristide.

La fin des deux hommes qui avaient été les compagnons d'Aristide dans quelques-uns de ses jours les plus glorieux différa beaucoup de la sienne. Pausanias, rappelé à Sparte, fut soumis à une enquête sévère, et accusé par un grand nombre de ceux qui avalent eu à souffrir de son commandement. Quelques-unes de ces plaintes entraînèrent une Condamnation à des peines légères. Quant à l'accusation la plus grave, celte d'avoir été en correspondance avec les barbares, aucune peuve ne fut assez forte pour autoriser autre chose qu'un soupçon ; elle n'eut donc point de suite. Mais Pausanias était descendu d'un poste brillant et élevé à une condition étroite et obscure, au sein de laquelle des yeux jaloux le surveillaient avec vigilance. Incapable de supporter ce changement, n'espérant plus voir sa servitude domestique adoucie par un commandement à l'extérieur, il voulut se soustraire à l'autorité des

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HS HISTOIRE DU LA GHKCK.

éphores; il quitta Sparte sans leur autorisation pour se rendre à Byzancesurun vaisseau d'Hermionc. Celte ville était encore entre les mains de sa créature Gongyle, Érétrien qu'il avait employé dans ses négociations avec Xerxès, et qu'il avait misa sa place quand il fut rappelé par les éphores. Il s'empressa de renouer ses menées de trahison ; mais les Athéniens, qui s'en aperçurent, le forcèrent de quitter Byzance. Il se retira à Colones, dans la Troade, où il déguisa si peu ses intrigues criminelles qu'elles furent bientôt connues à Sparte. Ses rêves de grandeur ne tardèrent pas à être interrompus par une courte missive des éphores qui lui ordonnaient de suivre le messager souspeine d'être déclaré ennemi public. Comme ses plans n'étaient pas encore mûrs, et qu'il pouvait a peine se flatter de les faire réussir tant qu'il serait fugitif et proscrit, il obéit et retourna à Sparte. A son arrivée on le mit en prison, sans doute pour le punir d'avoir quitté Sparte sans autorisation; mais il obtint bientôt sa liberté, et demanda à être jugé. Cependant les éphores n'avaient pas encore trouvé une preuve de sa trahison assez évidente pour procéder avec la dernière rigueur contre un homme tel que lui : aussi abandonna- t-on cette nouvelle poursuite. Si Pausanias était resté en repos, il aurait pu vivre en sûreté et mourir sans infamie. Mais il s'était trop engagé dans la trame d'un crime extravagant pour s'arrêter ou pour reculer. Il conçut le projet d'exciter une révolte parmi les Hilotes, et de se maintenir à leur tête avec le secours des Perses. La pensée d'agrandir le système étroit de Lycurgue, de tirer lesserfs d'une oppression dégradante pour les élever à l'état d'une communauté libre, où la population libre de la Laconie aurait été admise à partager les droits. des Spartiates, de briser dans cette vue le pouvoir des éphores et de rétablir l'autorité royale des temps héroïques, cette pensée eût été digne d'un homme plus grand que Pausanias ne le fut dans ses meilleurs jours. S'il avait réussi, son pian eût probablement inondé Sparte de sang : il en serait résulté une tyrannie non moins odieuse* que le gouvernement renversé, et pi us dangereuse pour la liberté de la Grèce. Une contre-révolution y eût peut-être mis fin en plongeant dans une misère plus grande les Hilotes émancipés. Cette entreprise, sans doute conduite avec une négligence égale à l'imprévoyance avec laquelle elle avait été conçue, fut dénoncée aux éphores par des Hilotes qui la regardaient apparemment comme tout à fuit vaine. Ces nouvelles charges ne parurent cependant pas suffisantes aux éphores. Comme le remarque Thucydide, ils usaient de leur prudence accoutumée afin de réunir les preuves dont Us avaient besoin pour traiter rigoureusement un Spartiate dont ils craignaient peut-être aussi de divulguer la dangereuse tentative. Ils dissimulèrent leurs soupçons jusqu'à ce que le hasard les convertit en certitude et leur fournit des témoignages irrécusables. Pausanias continuait sa correspondance avec la Perse, eu ayant soin de demander au satrape la mort des messagers qu'il lui adressait. Un jour son choix tomba sur un Spartiate nommé Argilius. qui l'avait Servi plus d'une ibis dans ses ciîmiuelli's négociations. Chargé de cette fatale démarche, Argilius conçut de la méfiance ; il contrefit le sceau de Pausa-

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