C.ttKP. XVI. — FUITE DE THÉMISTOCLE. 55Ô
avant Jésus-Christ); et au moment où Thémistoclepritla fuite, Syracuse achevait la révolution dans laquelle elle secoua le joug de Thrasybute, l'indigne successeur d'HIéron.
Les Molosses, le peuple le plus puissant de l'Éplre, étaient alors gouvernés par un roi nommé Admète, dont les descendants se disaient issus du fils d'Achille. La famille royale conservait du moins, au milieu de la barbarie de ses sujets, un reflet des manières et des arts de la Grèce. Thémistocle, au temps de sa puissance, avait fait rejeter une demande que le prince molosse avait adressée aux Athéniens. 11 avait même aggravé le refus par l'insulte. C'était donc, à ce qu'il semble, une résolution désespéréeque de se présenter à cette cour en suppliant. Néanmoins, si Thémistocle avait déjà formé le projet d'aller en Asie, et s'il lui fallait traverser le pays des Molosses, il montrait moins de témé- s* ré»puo» rite que de prudence en faisant cette démarche. Heureusement Admète1 " "' était absent quand Thémistocle arriva au seuil de sa demeure. Phthia, l'épouse du roi, chez laquelle aucun sentiment de vengeance ne pouvait étouffer la compassion, le reçut avec bonté, et lui apprit de quelle manière il réussirait le mieux à désarmer le ressentiment de son mari et à obtenir sa protection. A son retour, Admète trouva Thémistocle assis à son foyer, et tenant eulre ses bras son jeune fils. C'était le mode de supplication le plus solennel auquel on pût recourir chez les Molosses, mode plus puissant que la branche d'olivier chez les Grecs. Comprenant l'avantage de sa situation, Thémistocle invoqua la générosité d'Admète, insista sur le danger qu'il courait, lui exposa qu'il serait indigne de lui de se venger, pour un léger tort, d'un adversaire déchu. Le roi fut touché, il releva Thémistocle et lui promit sa protection. En conséquence, il refusa de le livrer aux émissaires des Lacédémoniensetdes Athéniens qui l'avaient poursuivi jusque dans sa maison.
Plutarque, se conformant sans douté au récit d'un auteur de peu d'autorité, assure que la femme et les enfants de Thémistocle le rejoignirent chez Admète. Un fait qui peint d'une manière frappante le caractère des Athéniens, c'est que l'ami de Thémistocle, auquel il était redevable de revoir sa famille, fut mis à mort sur la poursuite de Cimon. Si sa famille avait été auprès de lui, il aurait eu moins de motifs pour quitter le royaume d'Admète. Mais il paraîtrait qu'il ne forma jamais le' projet de fixer son séjour chez les Molosses, et que depuis longtemps il se proposait de chercher fortune à la cour de Perse. On dit qu'il consulta l'oracle de Dodone, dont la réponse devait peut-être lui servir de prétexte plutôt que de conseil. L'oracle ayant paru désigner le grand roi, Admète, fidèle à l'hospitalité des temps héroïques, fournit à son hôte le moyen de traverser la mer Egée. L'exilé trouva à Pydna, port de la Macédoine, un bâtiment marchand à la destination de ITonie, et il s'y embarqua. Une tempête porta ce vaisseau sur la côte de l'Ile de Haxos, alors assiégée par une flotte et une armée athéniennes. Pour éviter le risque d'être découvert, Thémistocle se fit conliciilarilé parait douteuse, cor elle ressemble à ce qu'on raconte île l'orateur Ljsîas el Ju premier Denjs.
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naître au'maltre du navire. Il le tenta d'une part par de grandes promesses, tandis que de l'autre il le menaça de le dénoncer comme ayant donné asile à an banni dont il savait le nom. Cet homme consentit à garder le décret, et empêcha sou équipage de descendre dans l'Ile, pendant que les vents contraires retenaient le navire. Enfin Thémlstocle atteignit Éphèse, où il reçut bientôt la portion de ses biens que ses amis avaient pu nrracherau gouvernement d'Athènes et celle qu'il avait laissée à Argos. Ce fut aussi là peut-être que sa famille le rejoignit.
Xerxès régnait encore quand Thémistocle arriva en Asie; mais, peu de mois après, le monarque fut assassiné par deux de ses officiers, Artabane, et l'eunuque Spami très, qui accusèrent de ce meurtre Darius, le fils aîné du roi, et persuadèrent a Artaxerxès de punir ce prétendu paricide par le supplice de son frère aîné (1).
Artabane, qui avait sept fils, n'attendait qu'une occasion favorable pour se défaire du jeune roi, et pour prendre sa place. A son tour il fut trahi par un noble perse, qui avertit le roi. 11 succomba en voulant exécuter son projet. Ce fut, è ce qu'il parait, dans l'intervalle qui sépara la mort de Xerxès de cet événement, alors que le traitre était au comble de sa puissance, que Thémistocle arriva à la cour de Perse, sonfowe Nous n'essaierons pas de rapporter les aventures de son voyage depuis *P™m'. ' '" mer jusqu'à la capitale, aventures que des écrivains postérieurs ont voulu, pour le compléter, ajouter au simple récit de Thucydide. 11 rencontra un Perse de ses amis, dont la présence suffit sans doute pour le protéger, sans qu'il eût besoin de recourir à cet expédient d'une litière où il était caché à tous les regards, et qu'on disait renfermer une femme destinée au harem royal. Les auteurs qui supposent que le roi de Perse avait mis la tête de Thémistocle au prix de deux cents talents, et qu'il n'échappa qu'avec peine aux dangers que cette promesse suscitait autour de lui, ont probablement imaginé cette anecdote. Nous ne raconterons pas non plus la première audience qu'il obtint du roi, audience dont Plutarque a fait une scène romanesque et théâtrale; néanmoins le silence de Thucydide ne prouve pas que le roi n'ait pas voulu satisfaire sur-le-champ sa curiosité ou son orgueil, en recevant cet homme extraordinaire, obligé de fuir la patrie qu'il avait sauvée, et d'implorer l'ennemi qu'il avait si profondément humilié. Quoi qu'il en soit, ce fut au moyen d'une lettre présentée peut-être par Artabane à la demande de l'ami de Thémistocle, que l'exilé se fit connaître à Artaxerxès : il confessait tout te mal qu'il avait causé aux Perses pour la défense de son pays, mais il se faisait un mérite d'avoir averti à temps Xerxès de se retirer à la bataille de Salamine, et d'avoir détourné les Grecs de le poursuivre ; il allait jusqu'à dire que son exil et la persécution dont il souffrait provenaient seulement de son zèle pour les in-
(1) Clésias et Justin (\\i, 1) ne mentionnent que deux fils de Xenès. Dîodore (ii, 69) parle d'un troisième fils, nommé H«taspc, satrape de la Baclrîane, el abaeDtau moment de la mort de son père. Ctésias cite un Artabane qui était satrape de la Bactriane lorsque In conspiration contre Arlnierxés fut découler le. L'assassin, Artabane, aurait-il fait tuer Hystaepe ?
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