I. — SUR L'fllSTOlBE PRIMITIVE DES POEMES D'HOMERE
L'histoire primitive des poèmes d'Homère a été si peu développée dans le chapitre v, qu'elle demandait, plus qu'aucune autre partie de ce volume, à être revue et augmentée ; l'auteur a cru devoir la laisser telle qu'il l'avait écrite dans le principe, et publier séparément le complément suivant.
Avant tout, il est utile de mettre sous les yeux du lecteur un élirait d'un petit ouvrage du professeur Rilschi de Bonn, (Die AUxandriuwchen Bibliotheken unter den ersttn Ptolemœeni und die Sammlung der HomerUchen Gtdichte, dvrch Pisistratus nach Anleitvng eitui Platàtinischert SchoUons). Cet extrait montrera en effet l'opinion que ce savant distingué se formait en 1858 des progrès qu'avait faits ce problème. D'après ses observations (p. 68), les questions relatives a Homère et à ses ouvrages étaient à cette époque dans un étal tbl, qu'on devait renoncer à toute hjpothèse contraire à cette double opinion, que les poèmes de l'Iliade et de l'Odyssée avaient été écrits dans le principe, et que leur auteur en avait tracé complètement le plan général avant de Its composer. Toutefois, a l'en croire, les témoignages invoqués pour prouver l'usage de l'écriture chez les Grecs dans les temps tes plus reculés ne se rapporteraient en rien à l'histoire des poèmes d'Homère; et d'un autre côté, les arguments fondés sur la langue, qui servent de base à la théorie de leur transmission orale, auraient une telle force, qu'ils ne pourraient laisser dans l'esprit aucun doute raisonnable; enfin, la supposition de leur unité poétique primitive ne saurait être admise que dans un sens général, c'est-à-dire comme étant possible sous, certaines restrictions, niaisnon comme un principe fondamental appliqué à d'autres points de la question controversée. Ritschl craint pourtant qu'on ne le croie disposé à revenir à l'opinion des critiques qui prétendent que les poèmes d'Homère furent écrits pour la première lois au temps de Pisistrate, soit à adopter l'hypothèse d'une Iliade et d'une Odyssée primitives de dimensions beaucoup plus petites, soit celle qui suppose que ces deux poèmes furent composés avec des fragments indépendants l'un de l'autre dans l'origine, et réunis ensemble après une longue séparation préalable. Nous parlerons ailleurs du système le plus propre, selon le professeur Ritschl, à concilier les théories contradictoires d'autres auteurs.
Ainsi donc, une des principales propositions de Wolf, — celle qui est relative à la transmission orale des poèmes d'Homère , — avait résisté jusqu'en 1858 à toutes les attaques dont elle avait été l'objet; mais, parmi les savants qui la soutiennent actuellement, quelques-uns rejettent tout à la fois les principes sur lesquels Wolf l'avait appuyée,, et la conclusion la plus importante qu'il en avait tirée, celle qui se rapporte à la composition des poèmes. Noos allons examiner en détail chacune de ces questions, et continuer jusqu'à ce jour l'histoire de cette grande controverse.
Le sibjnce qu'Homère a gardé sur l'art de l'écriture, le manque des lettres et des autres éléments nécessaires pour écrire pendant son époque, la tradition conservée par Slrabon relativement aux lois de Zileucus, et le témoignage de Josèphe concernant la transmission orale des poèmes d'Homère , tels sont