N° I. — HISTOIRE PRIMITIVE DES POÈMES D'HOMERE
explication différente et plus probable de ce passage de Slrabon. Après l'avoir comparé à un autre passage de la page suivante (260, A.}, il en conclut que le changement signalé par l'historien ne fut pas tel qu'un l'avait pense* : on n'écrivit pas les lois, dit-il, mais on publia un code pénal qui limitait le pouvoir discrétionnaire des magistrats de la Locride; époque importante, non dans l'histoire de l'art de l'écriture ou dans la littérature grecque, mais dans celle de la constitution locrienne.
En ce qui touche le témoignage de Jostphe, Kreuser (p. 308) et Nilzsch (p. 25) s'accordent sur ce point, que Wolf a énormément exagéré sa valeur, par son interprétation arbitraire de l'expression de l'historien, <paal, expression qni, selon l'observation de Nitzsch, révèle plutôt qu'elle n'exclut l'existence d'un doute dans l'esprit de l'écrivain. Dans ce cas, Josèphe se serait borné a reproduire une opinion qui lui était d'un secours si efficace dans sa controverse avec Apion, qu'il l'eût probablement émise, quelque faible que lui eût paru l'autorité des livres auxquels il rempruntait.
Dans la préface du second volume de son commentaire sur l'Odyssée {Erklœrende Antnerkungen ut Homer's Oâystee, p. 1 1), Nitzsch examine et commente l'assertion de Josèphe, qu'Homère ne laissa pas ses poèmes écrits, àu.i ïia-
■ta; fîmçuvtn-, A l'en croire, Nitzsch a mat compris une remarque qu'il avait vue dans les ouvrages de quelques-uns des grammairiens qui attribuaient les diverses leçons d'Homère aux rhapsodes, et, selon sa conjecture, lé passage obscur h tùï io^ÎTuv muTtW-ai signifie la compilation de copies complètes, au lieu que les rhapsodes ne récitaient souvent que des fragments des poèmes, et ne possédaient pas des manuscrits entiers.
Toute cette discussion a donc eu pour effet principal de convaincre le monde savant qu'il ne doit attendre aucun résultat décisif ou très-important des études ultérieures qu'il pourrait faire sur cette partie du problème. Elle a cependant servi à diminuer ta distance qui séparait les opinions les plus contradictoires. Wolf lui-même [Prolegg., p. 70) admet que l'art de l'écriture était employé dans un but littéraire, plus particulièrement dans ffonie et dans la grande Grèce, dans les huitième et septième siècles avant Jésus-Christ; et qu'il fut certainement pratiqué par Archiloque, Alcman, Pisandre, Arion et leurs contemporains, et peut-èlre aussi par Asius, Eumélus, Ardions et d'autres poètes épiques qui florissaienl vers le commencement des olympiades. D'un autre côté, Nilzsch (p. 10), qui pense que, selon les plus grandes probabilités, Homère ne vécut pas longtemps avant l'époque dans laquelle Thucydide a fait vivre Lycurgue, de sorte que Tfliade et l'Odyssée ne seraient antérieures que d'un demi-siècle anx ouvrages d'Arctinus et S la Cypria,— Nitzsch, disons-nous, reconnaît que, si une plus haute antiquité est attribuée à Homère, ce serait tenter l'impossible que d'essayer de prouver que ses poèmes furent écrits quand ils furent composés. Cette Opinion, que Bode (Geschichle der Bell.t Dichtlamst, i, p. 3i8), et Bernhardy [Gnmdrist der Griech. Literatur, i, p. f87) représentent comme le résultat des opinions de Nilzsch, ne va pas au delà, mais reste plutôt en deçà de ce que Wolf avait admis.
Cependant, un examen plus attentif des poèmes d'Homère et fétude approfondie des particularités de la langue et de la mesure de leurs vers ont fait partager à quelques- uns des critiques les plus éminents de l'Allemagne cette opinion, qui semble gagner encore du terrain, que la période dans laquelle ils furent écrits pour la première fois doit avoir été séparée par plusieurs générations de celle dans laquelle ils furent pour la première fois chantés. Cette opinion repose surtout sur ce fait, dont ils offrent de nombreuses indîca-
lions, que le digamma fut prononcé par le poète, tandis qu'il n'existe aucune mention et aucune trace que celle lettre ait jamais figuré dans aucun manuscrit. Porson avait, il y a longtemps déjà, appelé sur ce point l'attention du monde savant. Dans son examen critique de l'Essai sur l'alphabet grec de P. Knight, il faisait les remarques suivantes : « Bentley voudrait rétablir le digamma éolique dans l'Iliade et l'Odyssée. Dawes pense qu'un signe de la même nature devrait v être placé pour l'instruction des lecteurs modernes; mais il craint qu'à l'époque, et dans la patrie d'Homère, l'usage du digamma n'ait été inconnu, bien que sa propriété existât. » Il ajoutait ensuite : « Si Homère écrivit ses poèmes, cette question ouvrirait certainement un vaste champ à la controverse. Car Userait intéressant de montrer comment 50 ou 60 digammas auraient pu faire défaut à la fois sans qu'on s'en aperçût pendant un si long espace de temps. • Le critique allemand qui a traité cette question avec les plus grands détails est Giese {Ueber den JEolischen Dialekt, i, ch. 5, ouvrage posthume très- estimable, bien qu'inachevé). Parmi les savants qui partagent cette opinion, nous citerons K. 0. Millier, (dans les Gœttingen, G. A., fév. 1831, et l'Hist. de la littérature grecque, cb. i) ; Bode (Gesch. de H. D , i, p. 330) ; Bernliardy (Grundriss, l, p. 187), Bitschl (ouvrage ci-dessus cité), et G. Hermann {Opusc, vi, p. 75). Cependant, Grotefend, dans son article Homère, dans l'Encyclopédie de Halle (p. 252), soutient que le digamma avait déjà perdu sa propriété au temps d'Homère, bien que cette propriété fût connue de l'auteur d'une pièce qu'il considère comme le germe de l'Iliade, et. comme intercalée avec quelques légers changements dans le premier livre de l'Iliade. On ne peut donc pas affirmer que l'opinion des autres critiques est établie de manière à ne laisser subsister aucun doute raisonnable.
Dans l'opinion de Wolf, il y avait un rapport intime entre son système du progrès de l'art de l'écriture parmi les Grecs, et son hypothèse relative a la Lrme primitive des poèmes d'Homère. Des ouvrages aussi considérables que, l'Iliade et l'Odyssée ne pouvaient pas, prétend ait- il, avoir été composés sans le secours de l'écriture. Des poèmes destinés à être récités devaient avoir été plus courts. Selon ses propres expressions (Proleg., JJ xxvi) : «Videtur sequi necessario ta m maguorum et perpétua série deduclorum operum formant a nullo poeta nec designari animo nec elaborari potuisse sine artiflcioso adminiculomemorix... Si Homero lectores deerant, plane non assequor, qtiid tandem eum impellere poluisset in consilium et cogilationem tam longorum et continua parthtm nexu conserlorum carminum. » Cette conclusion, tirée eu partie de la nature du sujet, recevait aux yeux de Wolf une confirmation impartante des indications que les poèmes présentaient sur le degré du développement que la poésie épique avait déjà atteint avant leur composition. ■ Si priora fi™ omnia breviora fuerunt, eorumque vulgandorum etiam ipsius asiate et diu postea unicus modus fuit publrca recitatio;... si porro minime credibile est et nulla auctoritate nixum, plures canlores per aliquot dies sive hebdomades dierum coaclos unquam esse ad tanta carmina auditorîbus ingerenda; quœ una ratio fuisset Ut magmtudo et summa eorum non dicam comprehenderetur, sed ad exlremum audiretur, cogitur et efficitur necessario, illi universi operis descriplioni, rei per se forssn non nimis arduœ, arduam maxime et plane ineluctabilem vim naturpe obstitissc. « Des faits, ignorés alors, révèles depuis, et appartenant à l'histoire d'une autre littérature, justifient et confirment d'une manière remarquable ce raisonnement. 11 peut Être intéressant et instructif de comparer à ces passages de Wolf les remarques suivantes de M. Faurieldans son introduction au vieux poème provençal Histoire de ta croisade contre les Albigeois, publiée dans la Collection des documents inédits
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