‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 137 sur 143 · III. —SU* t'oRGABlSATION DE.L'AttMEfi SPABtIAtt · texte numérisé non relu

III. —SU* t'oRGABlSATION DE.L'AttMEfi SPABtIAtt

Xéuophon [de Hep. Lac, t. M) nous a donné une description générale d'une armée spartlale, et Thucydide (v, 68) nous a appris comment Dette armée s'était trouvée constituée dans un cas particulier. Il n'y a, à ce qu'il semble, aucune raison de penser que le texte de ces deux passages ait été altéré, et cependant il est difficile de les concilier. Selon Xénophou, LycurgUe créa six divisions principales de la force militaire des Spartiates pour la cavalerie et pour l'infanterie, qui furent appelées morœ (pfyài ou {«îjiii). En ce qui touche ta cavalerie, 11 ne parait pas certain que ces tnorw Soient les escadrons (Ha.*f.â) de cinquante hommes dont parle Plularque (Lt/c-, 23). La mord bu bataillon de

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l'infanterie se subdivisait en quatre lœhos, la lochos en deux pentecoslyes, et la ptntecostye en deux énomoties; la mora était commandée par un polémarque; Iochagos, pentecoslère et enomotarque étaient les titres des ofiiciers inférieurs, Le mot pentecostye (une cinquantaine) semble prouver que le nombre normal primitif des diverses divisions, peut être dans une levée ordinaire, fut de 23, 50, 100 ou MO hommes, car la force d'une armée Spartiate varia selon l'âge de ses soldats, quand les individus qui la composaient avaient moins de trente-cinq ou de quarante ans (ci wm ™ S«« ilxcn, ■>' S6*c, etc.) jusqu'à soixante ans. Cette différence était fixée par une proclamation rendue publique avant chaque expédition, et en campagne les diverses catégories d'Age étaient tellement séparées, que tous les hommes appartenant à la même génération pouvaient être instantanément délachés des autres. Ce que dit Xénophon- s'applique seulement aux Spartiates. L'épitliète uamxSn le prouve suffisamment.

Thucydide, décrivant une bataille livrée la quatorzième année de la guerre du Péloponèse, parle de l'énomnlie, de la pentecostye et de la lochos, mais il ne dit rien de la mora. Cependant il mentionne non-seulement les titres enomotarque, pentecoslère et Iochagos, mais celui de polémarque, et il nous apprend par là qu'une division supérieure à la lochos existait alors dans l'armée f partiale. Toutefois il rapporte à cette occasion qu'un dixième de l'armée Spartiate (les soldats les plus jeunes et les plus âgés) ayant été renvoyés dans leur patrie pour protéger la Laconie, il resta sept lochos, et que chaque lochos contenait quatre pentecoslyes, et chaque pentecoslye quatre énomoties. Il nous apprend en outre que dans cette bataille une ehomotie était forte de 32 hommes, ce qui donnerait 312 hommes pour chaque lochos. Ainsi la division que Thucydide appelle une lochos dans ce passage était la même que la mora de Xénophon; elle se composait, comme la mora, de seize énomoties, ou quatre fois la locbos commune; aussi Thucydide donne-l-il le titre de polémarque aux commandants de deux divisious de ce nom. Mais comme dans cette occasion la pentecoslye contenait quatre énomoties au lieu de deux, et comme quatre pentecoslyes se trouvaient réunies eu une seule division, il peut avoir été amvné ainsi à appeler cette division une locbos, c' est-a-dire la division supérieure à la pentecoslye, bien qu'elle fût en réalité une mora, commandée par un polémarque, et il semblerait qu'il veut parler des polémarque» quand il ajoute que chaque Iochagos avait le pouvoir de varier à son gré la profondeur de sa division. Or une pareille latitude ne peut pas avoir été laissée à la discrétion d'un officier inférieur. Toutefois nons engageons le lecteur k comparer l'opinion que le docteur Arnold a exprimée sur cette question dans sa note sur Thucydide (v,68). AMantinée, dit le savant éditeur, qui nous paraît coupable d'une inadvertance, la force de la lochos fut doublée (elle fut quadruplée) ; car elle se composa de quatre pentecoslyes et de huit énomoties (elle comprenait seize énomoties). Sur un autre point, la différence que l'on remarque entre Thucydide et Xénophon n'est peut-être qu'apparente. Thucydide,- comme le suppose avec raisou le docteur Arnold, compose une des sept lochos des soldats qui avaient fait la guerre en Thrace avec Brasidas, et des neodamodes ou hilotes affranchis, — forces dont Xénophon ne parle pas plus que des Scirites, — habitants d'un district des confins de l'Arcadie (voir la note du docteur Arnold sur Thucydide, v, 67}, qui occupaient toujours l'extrémité de l'aile gauche dans une bataille, et que les Spartiates employaient partout où il y avait du danger (Xén., Cyr., iv, 2, 1); passage d'où on a quelquefois inféré un peu témérairement qu'ils formaient un corps de cavalerie.

■ - Meursius avait jadis prétendu (Lect. AU., i, 16} que les mots lochos et mora étaient deux mots différents qui servaient à désigner une même chose ; celte

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W III. — SUR L'ORGANISATION DE L'ARMÉE SPARTIATE. 513 hypothèse, oubliéedepuis longtemps, a été ressuscite par le docteur Arnold, qui l'a, il est vrai, présentée sous un jour nouveau et certainement plus probable. Au dire du docteur Arnold le mot lochos était le nom propre et primitif de la division qui, après la guerre du Péloponèae, s'appela mon. Mais il semble difficile de concilier celle conjecture avec le langage de Tliucydide, à moins de supposer que le nom de lochos fut donné en même temps à deux divisions entièrement différentes delà même armée, à celle que commandait le polémarqua comme à celle qui était commandée par le tochagos. D'un autre coté l'opinion du docteur Arnold peut sembler confirmée par les scholiastes d'Aristophane (Lys., 453). Les deux scholiastes s'accordent sur ce point, que les mots -p™-

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se rapportent à une institution Spartiate. Mais l'un remarque simplement qu'il y avait chei les Lacédémoniens quatre lochos, que le roi employait, — observalion qui prouve que celui qui la faisait ne Bavait sur cette matière que ce que le poète lui enseignait, — tandis que l'autre reproche à son auteur sa négligence, car, dit-il, il n'y a pas quatre mais six loclios à Lacédémone. A l'appui de celle assertion, ce scholiaste donne les noms de cinq lochos, parmi lesquelles, selon une conjecture probable de Millier, s'en trouve une appelée M njuam;. Lesqualre autres noms sont si complètement dénaturés, qu'il est absolument impossible de les déchiffrer sans le secours de meilleurs manuscrits.

Ce nom nous rappelle la lochos niTavarp; ou tliTavarùv, à propos de laquelle l'autorité de Thucydide est apposée à celle d'Hérodote ; et il est possible que iliTŒwmtî fût le sixième nom, qui ne ligure pas sur la liste du scholiaste. S'il était certain qu'Aristophane eût eu l'intention de parler de Sparte, il semblerait avoir fait allusion aux quatre lochos, qui, selon Xénophon, composaient la more, tandis que le second scholiasle doit avoir pensé aux six mora; de Xénophon. Mais il resterait toujours la question de savoir si les noms qu'il mentionne appartenaient à la plus grande ou è la plus petite division. Qu'il nous soit permis, dans un sujet si obscur, de hasarder une conjecture que les expressions du scholiaste nous ont suggérée. Le nombre six ne peut pas, cela est évident, avoir été choisi arbitrairement pour la plus grande division, bien que la cause de ce choix ne puisse être reconnue et constatée. H coïncide avec celui des districts qui furent établis en Laconie lors du partage de ce pays après la conquête (voir Mûller, Cor., i, S, 13). Les auteurs qui soutiennent qu'il y avait en Laconie six tribus Spartiates, trouvent dans ce nombre la confirmation de leur opinion. Mais, selon nous, il n'est pas nécessaire de partager leur opinion pour se ren- * dre compte de ce nombre. 11 peut avoir eu pour base celte conjecture, qu'une inora était chargée de la protection de chaque district. S'il en était ainsi, etsi chaque mora se composait de quatre lochos, les quatre qui appartenaient au district de Sparte peuvent, en vertu des mêmes principes, avoir été distribuées dans les quatre quartiers ou bourgs {*«(««) de Limnée, Cynosure, Mésoa et Pitane, et leur avoir emprunté leurs noms. Hérodote, selon l'observation de Schweiglmiser, fut peut-être mieux informé relativement au Xo'joc niTavani; que Thucydide, à l'époque duquel le mol avait peut-être cessé d'être en usage. H ne serait pas improbable que les commandants de ces qualre lochos eussent été distingués des autres, bien qu'ayant nominalement le même rang, et qu'ils eussent exercé d'ordinaire une plus grande autorité en campagne, ce qui expliquerait l'importance d'Amompharélus. ■

Aristote semble avoir adopte l'opinion de Thucydide quant au nombre et quant au nom des plus grandes divisions, car il se sert indistinctement des mots lochos et mora. On peut comparer les fragments v et vi de sa Auwvuvjeo-' x, dans Neumann, p. 130, avec Pholius (â*x,m), où le nombre cinq doit se

VU HSTOIREDB Là GBÉCI.

rapporter à ce passage de Thuejdide (v, 7î) : Àp-fii»* hî>ti Wx*is wepMpà«f, Mais Hérodote (i. AS) remarqua que Lyourgue établit les institutions militaires de Sparte, le» enomoties, les triacades et la syssitie. Uiiller (m, S, 8) compare la triaccu Spartiate avec la triaea» athénienne, et il conjeelure qu'elle équivalait a un -ji«(, et contenait trente familles. Dans son opinion le mot syssitie ne s'appliquait pas seulement aui compagnies formées pour les banquets publics, mais désignait les divisions plus importantes dont parle Plut arqua {Agés., 8) quand il dit que les 4,500 Spartiates étaient distribués- eu quinis fiSina. De là il conclut {m, *2, 4) que ce mot est employé pour signifier uns obe, et que l'armée était disposée salon les tribus, les phratries et les races (gesohUcktern, -[ta). L'emploi du mot fàmitiei (famille) dans la traduction anglaise détruit entièrement le sens, car, selon Uiiller (m, S, 6), la geschieckt contenait trente ramilles, liais, si ingénieuse que seit cette explication, il serait à désirer que l'auteur ent expliqué plus longuement son opinion sur la disposition supposée. Telle qu'elle est, son hypothèse laissa plusieurs points dans une grande obscurité. Il ne nous dit pas quelle relation les triacades ont avec les enomoties. La triacas, contenant trente familles, devait être représentée a l'armée par trente hommes ; et ce nombre est presque eelui d'une enomotie, qui varia, ainsi que uous t'avons vu, entre vingt-cinq et trente-deux. Nous ignorons en outre quelle division militaire se trouve représentée par la plus grande syssitie, qui, selon Uiiller, se composait de trois cents hommes. Ce nombre est celui des chevaliers qui formaient la garde du roi (et dont cent l'accompagnaient peut-être, au dire d'Hérodote (vi, B6), dans les occasions ordinaires. Uais nous ne trouvons nulle part la mention d'un autre corps militaire de la même force qui sérail égal ■ trois lochos ordinaires. Il est encore plus difficile de comprendre quelle division d'une des armées Spartiates, dont les auteurs anciens ont fait mention, eût correspondu à une tribu qui, au temps d'Agis, pouvait mettre (,500 hommes en campagne, et 3,000 a l'époque où la population avait atteint son plus haut chiffre. Ce sont là des difficultés insolubles ; mais le passage d'Hérodote mérite plus d'attention qu'on ne lui en a accordé jusqu'à ce jour, et l'explication de Uiiller est peut-être un prélude à un essai plus heureux, qui aura pour but et pour résultat de oonoilier entre eux ces passages contradictoires de Thucydide et de Kénopbon.

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