SUR LES TRIBUS ATTIQUES
trent souvent. Mais la régie primitive semble s'être perdue dans une fouie d'ex-
ceptions. Quand dos lieux nouveaux étaient annexés à un canton, tandis que pour maintenir la balance il perdait des lieux qui en avaient fait anciennement partie, ces changements dérangeaient l'ancien ordre, et Unissaient par le faire oublier. On voit plusieurs dêmes qui sont attiibués à dtux ou trois tribus; ainsi Phalère aurait appartenu aux tribus Egéide et Jïanlide; Phégée, à l'Egéide, à l'jEaniide et à l'Adrianide, et cela probablement n'est pas uniquement l'effet d'une méprise. C'est encore ainsi que la même tribu, la Léoutide, renferme Sunium et Scambonides, située près d'Eleusis; qu'Eleusis elle-même appartient à l'Hippothooutide avec Azenia:, située près de Sunium. Il en est ainsi des autres. 11 en résulte qu'il n'est peut-être plus possible d'assigner les limites locales des cantons de l'Attique.
La tradition qui raconte que Miltiade aurait engagé les louions à rompre le pont du Danube, afin de perdre Darius, a été, nous le croyons, répétée avec confiance par tous les écrivains qui ont eu occasion de la meniiouner depuis Hérodote. Qu'elle soit vraie ou non, c'est au fond une question peu importante; mais, comme elle modiûe la relation des événements dans l'histoire de Miltiade, il est peut-être bon d'indiquer quelques difficultés qu'elle soulève.
C'est une chose digue de remarque que Cornélius Népos [Milt., m, 6) attribue à la crainte de Darius le départ de Miltiade de la Cliersonèse après son retour des bords du Danube. Cela nous paraîtrait Fort naturel, s'il s'était exposé au ressentiment de ce prince autant que le suppose la tradition. Mais Hérodote nous apprend que Miltiade resta eu possession paisible de sa principauté pendant plusieurs années, sans être en rien inquiété par les Perses, et sans qu'il parût redouter une attaque de leur part. Cette tolérance ne pouvait provenir ni de leur faiblesse ni du manque d'occasion ; car nous voyons Otaries, général perse, occupé à des opérations militairts sur la même côte (Hérodote, y, 36). Le chef barbare semble traiter Miltiade comme un lidèle vassal de son maître, et ne fait aucune tentative pour le troubler. On ne voit pas non plus, alors que les Scythes firent une invasion dans la Cliersonèse, que Miltiade pensât qu'il s'était efforcé de leur rendre un aussi grand service. IL s'enfuit devant eux, tandis qu'il s'était cru en sûreté dans le voisiuage des armes de la Perse. Cela aurait sulli, croyons-nous, pour faire suspecter le récit dont nous parlons, s'il u'avail trouvé une confirmation apparente dans la fuite précipitée de Miltiade, à l'approche des Phéniciens ; fuite à laquelle on n'assigne pas d'autres motifs que la crainte de l'inimitié de Darius, provoquée par sa conduite sur le Danube. H suturait peut-être, pour détruire cet argument, d'observer que Mil-' liade aurait naturellement dû craindre beaucoup plus les forces supérieures d'Otanès, lorsque l'acte qui avait dû exciter i'animosité des Perses était plus récent. En conséquence sa fuite de la Cliersonèse doit avoir eu quelque autre cause restée inconnue. Nous croyons cependant qu'il n'est pas impossible d'indiquer dans les relations de Miltiade avec la cour do Perse un changement effectué après son retour du Danube, lequel changement semble expliquer la terreur de la vengeance des Perses, qui finit par le déterminer à se réfugier dans l'Attique. Sa conquête de Lemnos en avait éloigné les Pélasges alors qu'ils étaient devenus sujets de la Perse (Hérod.,v, 26): il est très-probable que dans le même temps Miltiade avait expulsé un gouverneur perse (Hérod-, v, 27) ;
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qu'enfin, en hasardant de réunir cette île à sa conquête première, il avait com- ■BttBQaeie derébîllion formelle, qui excita ['indignation de Darius plus enoare sans doute que ses prétendues tentatives de trahison sur le Danube. Voilà ■B bit authentique qui probablement a autant de rapport avec sa fuite à Athènes qu'une tradition dont ou peut fart bien contester la réalité.
Le danger au mel Miltiade se trouva exposé dans sa patrie après son retour appelait asses naturellement, ainsi que nous l'avons observé dans le texte, l'intemion d'un tel récit Nous pourrions même supposer qu'il l'imagina poui apaiser les Scythes, alors qu'ils étaient en possession de la Chersonèse. On nous najoandera piit-ètre si nous ne faisons pas trop bon marché de la mémoire d'un grand homme en lui imputant sans nécessité une fausseté semblable? L'objection serait grave, en effet, si nous reconnaissions en Miltiade quelque autre qualité distinguée que ses talents militaires. L'anecdote même, si elle est vraie, ne suppose pas des sentiments d'honneur bien délicats, quoique la perfidie du h proposition faite p ir Miltiade soit un peu atténuée par les idées de patriotisme admises chez tes Grecs. Le prétexte dont il couvrait son invasion chez les Pélasges donne une opinion plus favorable de son habileié que de son amour de ta vérité. S'il fat le promoteur du décret qui ordonnait te meurtre des hérauts perse», noue ne devons pas non phrs nous faire scrupule de le croire capabt* d'avoir inventé on mensonge pour sauver sa rie.
Observons ici que le hit de sa mort en prison, fait contesté parce qu'Hérodote ne le mentionne pus (et il n'eat aucune occasion de le rapporter], dépend uniquement de ht question de savoir s'H avait ou non Fes moyens de se procurer la somme de 90 talents. Il parait hors de doute qu'il ne put ; parvenir, et qu'en conséquence il fut jeté en prison. Le scepticisme plein de sagacité avec lequel on a nié le fait est heureusement favorisé par la découverte importante que tô flifuftpsn était un mot athénien signifiant prison.