CHAPITRE PREMIER
ESQUISSE (IKIKiEAPHIQL'E UE LA GRECE.
Le caractère d'un peuple a toujours des rapports plus ou moins intimes avec celui du pays qu'il habite. La place que les Grecs remplirent parmi les nations de l'antiquité, le rôle qu'ils jouèrent, les monuments qu'ils élevèrent de leur puissance et de leur génie, dépendirent en grande partie de la position qu'ils occupèrent sur la surface du globe. Il est plus difficile de déterminer comment et à quel degré la nature de la Grèce influa sur la constitution physique et intellectuelle de ses habitants, ainsi que sur leurs institutions sociales; mais considéra sous un point de vue historique , son aspect physique acquiert autant d'importance qu'il offre d'intérêt par lui-même. Un examen réfléchi de sa situation, de ses divisions générales et de ses points les plus remarquables, est donc une préparation nécessaire à l'étude de sou histoire. L'esquisse suivante a simplement pour but de guider les yeux du lecteur sur une bonne carte de la Grèce ancienne, et de signaler à son attention quelques-uns de ces grands traits physiques, qui ont survécu , sans subir aucune altération, à toutes les révolutions du passé.
Le pays que ses habitants appelèrent Hella», et auquel nous avons 6uim<M donné le nom latin de Grèce, est situé à l'extrémité sud-est de l'Europe. '"^qÎ^™* En longueur, ses limites sont resserrées entre le 36* et le 40' degré de latitude. Il se distingue des autres régions de l'Europe, comme l'Europe des autres continents, par la disproportion que présente le développement de ses côtes avec l'étendue de sa surface. Moins grand que le Portugal, il a pourtant une plus longue ligne de cotes que toute la péninsule hispanique. Le grand bras oriental du continent européen devient de plus en plus finement articulé à mesure qu'il, s'avance vers le sud, et forme , en se terminant, la presqu'île du Pêlaponite , la plus petite moitié de la Grèce, qui offre une certaine ressemblance avec une main ouverte aux doigts écartés. L'extrémité méridionale de cette presqu'île est à une distance à peu près égale des deux continents voisins. Au Sud, elle fait face a l'une des plus belles et des plus fertiles régions de l'Afrique ; à l'est, le bras méridional de la mer Egée la sépare du point le plus rapproché de l'Asie. Cette mer, les Grecs l'appelaient vulgaire-
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2 HISTUIKE DE LA (iKECE.
ment leur nier; ses deux rives la resserrent dans un étroit ennui à ÏSellttpont, puis, au sortir de ce détroit, s'écartaut brusquement à l'ouest et à l'est, lui ouvrent un vaste bassin, où elle s'étend en liberté, jusqu'à ce qu'elle en sorte, entre le cap Malée et l'Ile de Crète, pour verser ses eaux dans le bassin plus grand de la Méditerranée. Sur la partie de la mer Egée qui baigne les cotes de la Grèce; commence, a la pointe méridionale de l'Attique,au cap Sunium , une chaîne d'iles qui entoure Délos par une ceinture irrégulière {les Cydades) (l), et qui, suivant une ligne courbe, va se réunir à un groupe isolé (les Sporades), près de la côte d'Afrique. Au midi de cet archipel , s'élèvent, entre les deux continents, deux iles plus grandes, la Crète et Rhodes. De l'Ile de Cythère, qu'un étroit canal sépare de la Laconie, on découvre nettement les sommets couverts de neige de l'Ida crétois, et du haut de cette montagne on aperçoit probablement l'A thabyre de Rhodes (2), ainsi que les montagnes de l'Asie Mineure; des Iles plus petites occupent une partie des limites que ce double panorama permet n" attribuer à la mer Egée. Le bras de mer qui sépare la Grèce de l'Italie, resserré entre fa péninsule ïapygienne et la cote de l'ÉpIre, n'a pas plus de 30 milles géographiques de largeur. On peut découvrir la cote d'Italie, non-seulement des montagnes de Corcyre, mais du bas promontoire des monts Cérauniens.
Description* Si de deux côtés une mer étroite borne la Grèce, vers le nord ses 11- »eTim!?t îs dL ™tes ne furent jamais bien définies. Le mot Htltas ne représentait pas pour les Grecs un certain" territoire limité 'par des frontières naturelles ou conventionnelles ; il servait seulement à désigner le pays des HtUinti, et ses applications varièrent, selon les divers jugements portés sur le peuple qui avait droit à ce nom. L'Hellade primitive se composait du territoire d'une petite tribu établie dans la Thessalie méridionale. Quand, par la suite, ces Hellènes eurent donné leur nom à d'autres tribus qui parlaient la même langue et avaient les mêmes mœurs, elle dut comprendre tous les pays où prédominaient ces traits nationaux. Dans l'opinion d'Éphore (3), I Acaruanie, qui s'étendait probablement sur la côte méridionale du golfe d'Ambracie jusqu'à Ambracie, était le premier territoire grec du coté de l'occident. Au nord de ce golfe , des irruptions de hordes barbares avaient détruit chez les anciens peuples de l'Épire les germes du caractère grec, et transformé leur patrie en une terre étrangère : aussi la renommée dont elle avait joui, comme la demeure primitive des Hellènes, dut, bien plus encore que la condition réelle de ses habitants après la guerre des Perses, déterminer Hérodote à placer la Thesprotie parmi les provinces de l'Heliade (4). A l'est, le mont Homolvt, à l'embouchure du Pénée, formait, selon l'opinion la plus généralement admise, les frontières de la Grèce; toutefois, les gén-
(1) Sur le nom KuidàStc, ei sur ws rapports avec l'Ainnliiclyome de Délos, voir 9ràasted,ReismdurchGrhche»iand, ». 39, n. 2. — (2) Diod., v.59; A polio J., ni, 21. — Pour se faire une idée delà dislance i laquelle certain* objets peuvent Aire rtislingués dans l'atmosphère de l'Archipel, voir TWwnll, Travrts in Greece t. I, p. 19*.— (51 Slrab., vm, 3JW. — U) n, S6.
CH.U'. 1. — ESQUISSE (;t-.OGK\Plll(JUK Ul-l LA UHECK. 3
graphes les plus scrupuleux refusaient à la Thessalie l'honneur, que . Stiabon accordait avec une générosité plausible à la Macédoine, d'avoir appartenu à la nation hellénique. Mais d'Àinbrocie à l'embouchure du Pénée, ces deux points admis comme les limites septentrionales, il était impossible de tirer une ligue de démarcation précise ; car la même raison qui justifiait l'exclusion de l'Épire s'appliquait peut-être avee plus de force aux montagnards de l'intérieur de l',<Etolie : leurs mœurs sauvages et leur langue, que Thucydide déclare inintelligible, prouvaient, en effet, ou leur origine barbare, ou leur complète dégén é ratio n . Quand les jEtoliens ordonnèrent au dernier Philippe de se retirer de l'HelInde , le roi macédonien était autorisé à leur demander quelles étaient ses limites et à leur rappeler qu'un très-petit nombre d'entre enx habitaient le pays d'où ils désiraient l'exclure. « La patrie des Agrœens, des Apodotiens et des Amphiloebiens, remorqua-t-ll avec emphase, n'est pas l'Hellas (l).u
Une chaîne de montagnes, les Apennins grecs, traverse, dans toute sa longueur, le nord de la Grèce. C'est une ramification de la grande chaîne centrale, le Scomim de la Thrace, d'où descendent aussi Y Hœ~ mu», le Rhodope et les Alpes illyriennes. Elle prend d'abord le nom de Pinde au point où elle coupe en deux parties la frontière septentrio- T!",ttlle' nale de la Grèce, et où uue ancienne route offre encore aux voyageurs le passage le moins difficile pour se rendre de l'Epire dans la Thessalie (2). . Du Pinde, deux grands bras descendent vers la mer orientale et enveloppent la vallée de la Tkesialie, le plus large et le plus riche bassin de la Grèce ; au nord, les monts Cambunitnt, après s'être inclinés vers le sud, vont aboutir aux sommets plus élevés de l'Olympe, presque toujours couvertsde neige; la chaîne opposée et plus basse de VOihry», dont l'extrémité orientale sépare le golfe Maliaque du golfe Pagasétique, s'abaisse graduellement à mesure qu'elle approche de la cote. Un quatrième bras, parallèle au Pinde, renferme les célèbres montagnes de Pétion et d*0«a: Pélion, plateau large et presque uni;Ossa, pic escarpé, en forme de cône, voisin et rival de l'Olympe, auquel, dans les chants populaires de la Grèce, il dispute la prééminence, pour l'étendue, l'épaisseur et la durée de ses neiges {3). Cette barrière de montagnes qui entoure ainsi la Thessalie n'offre qu'une seule issue, située à son extrémité nord-est, une gorge profonde et étroite, entre l'Ossa et l'O- Ttapi. lympe, que la poésie et l'histoire ont rendue si célèbre sous les noms de vallée et défilé de Tempe. L'imagination des anciens écrivains s'est plu à célébrer les beautés naturelles et la sainteté de ce romantique vallou, d'où Apollon a transporté son laurier à Delphes (4). Considéré sous d'autres points de vue, le défilé de Tempe a des droits égaux à
(I) Poljb., xvn, 3. — (2) Celui de Mcliovo, parfailemcul décrit pur le docteur Holland, Traveh, p. 316-218. — (3) Holland, p. 348; Clarke, vol. IV, p. 278. — U) La description d'/Elien (V. H, m, 1) peut êlre comparée a celle de Clarke {vol. IV, p. 290-297), de Holland (p. 291-293) el de DodWll (p. 109- 117), qui préfère I» description à'JFAien A celle de Pline, comme élnnl nmi-oeulemenl plus belle, mais plus fidèle.
l'atteutidu de l'historien. C'est le seul passage pur lequel une armée ennemie puisse, envahir la Thessalie du coté du nord, sans escalader les hautes et abruptes montagnes de sa frontière. Il n'a pas trois lieues de longueur, et il s'ouvre graduellement, à l'est, dans une plaine spacieuse qui s'étend jusqu'au rivage du golfe Thermaïque. Les rochers qui s'élèvent à la droite et à la gaucbe du Péuée laissent à peine, en certains endroits, une place suffisante au Ht de ce fleuve. La route, taillée dans le roc, au point le plus resserré, pouvait être, on le croyait du moins, défendue par dix hommes contre une armée entière (l), En outre, les eaux qui descendent des montagnes de la Thessalie n'ont pas d'autre issue naturelle pour se rendre à la mer. Dans l'opinion des Grecs anciens, et cette opinion était plutôt fondée sur leurs observations et leurs réflexions que sur des traditions, ces eaux, n'ayant pas d'écoulement, formèrent dans ce bassin une vaste mer intérieure, — dont les lacs NeMoni* et Bœbe'u, au pied du Péllon , étaient les derniers vestiges, — Jusqu'à ce qu'un tremblement de terre leur eut ouvert un passage au travers des rochers déchirés de Tempe. Les légendes attribuent au bras d'Hercules ou au trident du dieu Poséidon (Neptune) cette utile révolution de la nature, Du reste, un examen attentif de la plaine et du défilé a fait partager aux voyageurs modernes la conviction des anciens. Bien qu'alimenté par les cours d'eau les plus considérables de la Thessalie, le Péuée n'est qu'un ruisseau insignifiant; et si, à la fonte des neiges, il grossit au point d'inonder les plaines riveraines, dans son état ordinaire il n'a ni courant ni profondeur. La vallée où il descend du nord-est de la Thessalie se trouve resserrée, dans sa partie supérieure, entre les derniers escarpements du Pinde et une ramification étendue de In chaîne cambunienne, les montagnes de VHùtiœoiidt. Prés des rochers de Meleora, à peu de distance de i'Ilhàme escarpé d'Homère, il entre au sud-est dans une vaste plaine. À Tricca il se dirige a l'est ; sur la rive droite, la plaine s'élargit ; mais sur la rive gauche, des collines continuent à la borner jusqu'à cinq lieues environ de Laritte; là, elle n'a plus au nord d'autres limites que l'Olympe, et au sud elle étend jusqu'au pied de l'Othrys sa surface faiblement ondulée. Ce bassin a environ vingt lieues de longueur. Il comprend, dans sa partie centrale, les districts appelés Thetialiotide et Pih.i.ion.de tofyiMià* ou VA rgoi Ptlasgicum; dans sa partie septentrionale, le terrhMMii*. ritoire des Perrktebet, et dans sa partie méridionale, le district continental à'Achaie ou de Pktkioiidt, la contrée qui renfermait l'ancienne Htllat. Du versaut oriental de la chaîne, qui s'étend de Tempe au
{1} Le docteur Cramer [Descripiiuti ofancicat Greece,vol. I, p. 3791 conclu! de lu dcscriplioiideTile-Liïc (ïliv, 6) qu'avant Jules César la roule de Tempe passait sur les rochers de la rive gauche du Péuée, el que la roule moderne fulconslruile parle proconsul L. Casai us Longinus, qui, d'après une inscription tnilléepdaiis le rocher au passage le plus élroil : tempe hymivit. Gell (/lin. de la Grèce, p. 278) a confondu ce l.ncius Cnssius avec le C. Cassius qui était consul S8t av. J.-C. . Nul antre voyageur n'a partagé du reste celte opinion du docteur Cramer. On a peine à croire qu'aucune mention n'ait étéfaite jusqu'à celte prétendue déroirverli' ' '" roule •iluée sur le flanc septentrional de la mnnlagnr.
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CHAP. t. — ESQUISSE GÉOGRAPHIQUE DR LA GRÈCE. 5
golfe de Pégase*, descend une étroite langue de terre, appelée Afajn&ie, resserrée entre les montagnes et la mer, sillonnée par des lits de tor rcnts, hérissée de hauts promontoires, exposée à toute la furie des vents du N.-E., sans offrir un seul port aux bâtiments en détresse. Une chaîne d'Iles rocheuses, commencent près du eop oriental de la Magnésie, et d'où l'on aperçoit le mont Àthos, semble indiquer aux navigateurs la direction àtLemnoset de l'Hel les pont. Sur les rives du golfe Ptigasétique viennent mourir de riches plnines, bornées par une chaîne de collines basses qui lient le mont Pélion à'l'Othrys. Cette contrée peut être regardée comme le paradis de la Grèce. Elle dut vraisemldahlemen t une partie de sa renommée mythologique à ses beautés naturelles et à ses avantages particuliers, qui ta rendirent propre a devenir le berceau de la navigation grecque. Il avait élé abattu dans les forêts escarpées du Pélion, l'arbre fatal qui, se frayant un passage au travers des rochers Cyanéens, vint réveiller l'ouimosité endormie de l'Europe et de l'Asie; et ee fut dans les mêmes lieux que les Muses se réunirent au mariage de Pelée et de Thétis pour y prédire la naissance d'Achille et la mine de Troie (l).
Au sud du golfe de Pagases, la cote forme, en se retirant, celui de u min a Matia, dans lequel se jette le Sperckius. Ce fleuve prend sa source sur le la Thesallu mont Tymphrestus, une ramification du Pinde, et arrose une longue et étroite vallée, qui, bien que considérée comme une partie de la Thés1 salie, est réellement une région séparée, dont les principaux traits physiques sont entièrement différents. Elle se trouve resserrée, en effet, entre l'Othrys et VQEta, chaîne abrupte et sauvage, qui s'étend du Pinde à la mer aux Tltermopylei, et forme la barrière Intérieure de la Grèce, comme la chaîne cambunienne, qui a la même direction et presque la même élévation, en est la barrière extérieure. Du mont Callidrome, ramification méridionale de l'OEta, la même chaîne se ■, continue, sans interruption, mais sous des noms divers et à des hauteurs inégales, tout le long de la cote de la mer i'Eubie. Après avoir traversé les pays habités par les tribus locriennes, qui dérivent leurs dénominations particulières d' Epicnémidienne et Opuntiennt du mont Cnemù et de la ville A'Opttê, elle se termine dans la vallée de VÂsopuê de Béatie. Un autre rameau, détaché du même tronc, le lieavec la chaîne plus élevée du Parnasse; puis, côtoyant le golfe de Corjntbe, sous les noms de Cirphii et d'Hélicon, il va former la frontière septentrionale de FAttique, sous ceux de Cythosronet de Parnèt.
Au point de bifurcation de ces deux grands rameaux , à l'extrémité u Do.sde. supérieure de la vallée qu'arrose le Ciphist avant de se jeter daus le lac Copais , se trouve situé un petit pays qui, bien qu'obscur et insignifiant par lui-même, offre un grand intérêt, comme In mère patrie d'une race de conquérants destinés à devenir les maîtres de toute la Grèce. On l'appelait la Doride. C'est une plaine étroite et presque unie, enfermée entre les précipices abrupts et les vallons sauvages de l'OEta et du
(I) Euripide, Med., 3; Iphig., A, 1040.
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Parnasse; elle doit à leur voisinage la rigueur de ses longs hivers, mais son sol fertile produit d'abondantes céréales et d'excellents pâturages. Les petits ruisseaux qui l'arrosent transforment le Céphise en une rivière considérable, même avant que la vallée commence à s'ouvrir dans les plaines plus larges de ta Phocide. Au nord , deux passages offrent au . voyageur une entrée dans la Doride: l'un, le plus étroit et le plus difficile, franchit l'extrémité orientale de l'GEta; l'autre passe par-dessus la même chaîne un peu plus à l'ouest. Au sud, un sentier de montagne gravit les sommets du Parnasse et descend dans fa vallée de Crissa ; une route, moins directe mais plus facile, conduit par le eœur de VJE~ l» Phccidt. *Qlîe sur 'es bords du golfe de Corinthe , près de Raupacte. La Phoeidt, qui posséda jadis un port sur le canal d'Eubée, fut plus tard entièij Loitidf. rement séparée de la mer par la Locride. Elle comprenait quelques plaines étroites et fertiles qu'arrosait le Céphise et que bornaient, d'un «ité le Parnasse, de l'autre les montagnes delà Locride. Les routes qui traversent au nord le mont Cntmii sont escarpées et pénibles, mais la chaîne qui sépare la Pbocidede la cote d'Opus forme en s'abaissent des pentes faciles à gravir. Le Parnasse et le groupe adjacent de Cirphis, entre lesquels la vallée de Crissa descend vers le golfe de Corinthe , faisaient partie de la Phocidc. Un chaînon détaché du Parnasse auprès du mont Edylion resserre brusquement le bassin du Céphise. Cet étroit défilé , l'entrée de la Béotie, s'ouvre sur une vaste plaine qui s'étend jusqu'aux bords du lac Copaîs.
l» Bfctir. Les montagnes qui , entourant le territoire continental ou la partie principale de la lïiotit, la séparent des étroits districts maritimes situés sur la mer d'Eubée et le golfe de Corinthe, ont déjà été décrites. L'intérieur de cette contrée n'offre pas un caractère uniforme. On y trouve un certain nombre de vallées et de plaines parfaitement distinctes. Une chaîne de collines qui joint l'Hélicon à la grande chaîne orienlb lac c«- taie, et sépare le lac de Capes [Copaîs) de celui A'Hylka, partage, pour pni"" ainsi dire, la Béotie en deux grandes fractions. La moitié septentrionale
renferme la vallée inférieure du Céphise et le lac Copaîs, dans lequel cette rivière a son embouchure. Les coteaux qui dominent les rives méridionale et orientale de ce lac n'offrent aucune issue apparente à ses eaux aussi le Céphise et les ruisseaux plus petits descendus du versant de l'Hélicon semblent-ils menacer ce bassin de la Béotie d'une inondation pareille à celle dont le trident de Neptune a délivré la Thessalic. La tradition du déluge d'Ogygès parait avoirconservélesouvenir d'um époque où cette plaine n'était qu'un vaste lac. Selon toute probabilité elle fut desséchée et cultivée quand mne de ces convulsions de la nature, si fi'équentes en Grèce, eut ouvert aux eaux du lac un canal souterrain au travers de la barrière de rochers qui arrêtait leur cours L'extrémité orientale du lac Copaîs forme une baie étroite , au fond de laquelle s'élèvent les escarpements abrupts du mont Ptéon. Une chaîne de deux lieues environ de largeur la sépare ainsi de la plaine riveraine du détroit de l'Eubée. Les peuples qui habitaient les bords du lac, dans les temps les plus reculés dont l'histoire ait gardé le souvenir.