‹ Histoire des origines de la Grèce ancienneChapitre 20 sur 143 · CHAP. I. — ESQUISSE GÉOGRAPHIQUE DE LA GRÈCE · texte numérisé non relu

CHAP. I. — ESQUISSE GÉOGRAPHIQUE DE LA GRÈCE

étalent peut-être asses industrieux et assez habiles pour percer un canal dans un massif aussi épais; mois celui qui existe actuellement doit être attribué à la nature seule ; car, avant qu'il eut été ouvert, le pays n'était pas habitable. Toutes les observations qu'on a faites confirment cette conclusion. Les eaux du lac se précipitent dans des entonnoirs naturels qui aboutissent tous à un canal principal ; et elles sortent par une seule ouverture du versant orientai de la chaîne, d'où elles coulent rapidement è la mer. La même force qui avait percé ce canal -pouvait le bouclier. La tradition et l'histoire rapportent plusieurs exemples d'un pareil accident ; un de ceux de la période mythologique fut attribué, comme le percement de Tempe, à Hercules, qui se serait servi de ce moyen pour humilier l'orgueil de la riche et puissante ville i'Orchoméne, située sur les bords du lac. Le souvenir d'une calamité du même genre, bien antérieure, parait s'être conservé dans une antre tradition, selon laquelle d'anciennes villes, entre autres une Athènes et une Eleusis béotiennes, auraient été détruites par une inondation du lac. Les habitants, dont les champs fertiles avaient été inondés, ne durent pas abandonner au temps et au hasard le soin de rétablir l'écoulement des eaux. Un trou perpendiculaire, aboutissant à la surface de l'un des canaux souterrains, suggéra peut-être à leur industrie le moyen d'aider la nature. Durant les beaux jours de la Grèce, le niveau du lac Conaîs fut vraisemblablement toujours maintenu très-bas, bien que des inondations extraordinaires relevassent de temps en temps à une hauteur inaccoutumée ; mais sous te règne d'Alexandre, soit l'effet d'une négligence prolongée, soit celui d'un bouleversement souterrain, le canal se trouva Intercepté et la plaine voisine se couvrit d'eau. Un ingénieur, nommé Cratès (i), chargé de rouvrir le passage, parvint a remédier n, ce mal temporaire ; des révolutions politiques l'empêchèrent d'achever des travaux qui eussent offert une sécurité permanente. Aujourd'hui, le lac Copaïs n'est plus qu'un étang , percé ça et lu de trous profonds, i En été il reste presque à sec, mais après de fortes pluies il déborde au-dessus de ses limites naturelles (a).

Le midi de la Béotfe se divise en plusieurs plaines distinctes, en- u w«>in treconpées par des ramifications basses de la chaîne principale. La " """ "' plus vaste et la plus riche de ces plaines s'étend du pied des collines dont Thèbes couronne une éminence isolée, jusqu'au lac d'Hylica, qui reçoit par un canal souterrain une partie des eaux du lac Copaïs, et qui, selon une opinion généralement accréditée, verse les siennes par un semblable canal dans le détroit de l'Eubée. A l'ouest, des pentes douces la rattachent à un autre plateau plus élevé et marécageux, qu'on

(1) Le récit que fait Strabon des opérations de Craies (11, 407) admet diverses interprétation». Celle de Kruse {Heltas, vol. Il, p. 434) semble préférable à celle de Huiler (Or chôme no j, p, 54), qui exige une altération du telle de Strabon, et, dans l'état actuel de nos connaissances, parait ne pouvoir se concilier avec les phénomènes locaux. D'après l'hypothèse de Huiler, l'enlaniioic dont parle Strabon, et qu'on voit encore sur le flanc oriental de la montagne, est entièrement distinct du pansage que Cratès tenta de déboucher. Un tremblement de terre l'aurait ouvert avant on pendant l'époque où vivait Cratès. — (2) Dodwcll, vol. I, p. 239.

Domzeday GoOgk

nomme Tfutph's; de ce plateau, deux gorges étroites, les seules ouvertures de la barrière méridionale , séparées par une haute montagne (Korombih), entre l'Hélicon et le Ci tfreeron ( l), descendent aux ports béotiens du golfe de Corinthe. La plalnede Leuctrei réunit le plateau deTb.espies à celai de Platée, assez élevé pour séparer la source de VOcioé, ruisseau qui se jette dans le golfe deCorinthe, du bassin de VAsoput, rivière si lente et si faible, qu'à moins d'être ranimée par les pluies, elle peut A peine se traîner jusqu'à la mer. La longue et sinueuse vallée de l'Asopus renferme plusieurs plaines spacieuses. Leur fertilité extraordinaire et leur rare beauté font surtout remarquer celles de ï'onajreetd'Orop*. L'Eut***. Ces dons de la nature et le voisinage de VEvbée, donnent à Orope une telle importance, que les États limitrophes s'en disputèrent sans cesse la possession. Bien qu'elle couvre également leurs côtes orientales , la grande et importante Ile d'Eubée, dont les mines de cuivre attirèrent dans les temps les plus reculés l'Industrie des Phéniciens, dépend plus L'Eurfpc. intimement de la Béotie que de la I.oeride. Le canal de YEuript, qui la sépare du continent, n'a, entre Aulis et Chalcit, que quelques pas de largeur ; un Ilot de rochers, devenu aujourd'hui la pile du milieu d'un pont-, le divise en deux parties à peu près égales (2). Dans l'opinion des anciens, et l'aspect actuel de la cote semble confirmer cette hypothèse, une de ces convulsions de la nature qui produisit, à ce qu'il parait, des révolutions extraordinaires dans les contrées voisines, ouvrit aussi, entre la Béotie et la presqu'île d'Eubée, un passage au courant impétueux et irrégulier du détroit (3).

La Béotie doit surtout son extraordinaire fertilité à la conformation particulière de ses principales vallées , aux barrières opposées au cours de ses fleuves , et à l'accumulation des terres fertiles que leurs eaux enlevèrent peu à peu aux montagnes d'où elles descendaient. Ses inondations périodiques donnent spécialement à la vallée du Céphise une certaine ressemblance, sur une petite échelle, avec celle du Nil ; ressemblance que quelques observateurs de l'antiquité remarquèrent dans le caractère particulier de sa végétation. Mais les richesses" naturelles de la Béotie, — ses récoltes .abondantes, ses gras pâturages , le gibier et les poissons de ses forêts et de ses cours d'eau, — eurent des conséquences déplorables pour la race qui s'établit définitivement sur ce territoire si envié. Elles contribuèrent, en effet, bien plus que l'humidité et l'épaisseur de l'atmosphère, à déprimer les forces intellectuel le s et morales des Béotiens, elles justifièrent les moqueries dont leurs sobres et spirituels voisins se complurent tant à accabler leur stupidité proverbiale (4). Les satires des habitants de l'Àttique eussent sans doute été attribuées en partie à des préjugés nationaux ou soupçonnées d'exagé-

(1] Leake.,Mor<!e, ï. III, p. 581; Dodwell, t. I,p. 2S8; Gril, H in. de la Grèce,

p. 117, suppose que celle remarquable montagne s'appelait anciennement Tipha. — (2) Trente pas d'un colé de l'îlot, et vingt de l'autre calé. Gell, /(in. de la Grèce, p. 130. — (3) Selon Gel!, Itin., p. 131 , le courant de l'Eu ripe est régulier dixhuit ou dix-neui jours par mois environ ; les orne autres jours il change île onie à quatorze fois durant l'espace de vingt-quatre heures. — (4) Alhen., x, c. H.

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