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zoltt) (l) occupaient un district montagneux, resserré le long de la cote jusqu'à la ville de Naupacle, qui a donné au golfe de Coritithe son nom moderne de Upante. Le territoire de leurs voisins occidentaux, les Mto- LJ&oiit. liens, plus âpre et plus sauvage encore, se composait en grande partie de ramifications élevées du Pinde et de l'CEta, qui s'étendaient dans le bassin de V Achetons. Dans [ces hautes régions, l'hiver est souvent si rude, que toute communication se trouve forcément interrompue entée les villages construits, comme des nids d'aigles, aux sommets des rochers. Cependant l'Acliélous, le plus considérable de tous les fleuves) de] la Grèce, arrosait, dans son long cours, qui formait d'ordinaire les frontières de l'jEtoIie et de l'Acarnanie, plusieurs plaines aussi larges que fertiles. A son embouchure, il avait formé une vaste plage accrue sans cesse par de nouvelles alluvions. Celte plage réunit enfui l'une ù l'autre, et à la terre ferme, un groupe d'Iles jadis éloignées du continent ; elle devint le théâtre de plusieurs combats sanglants entre les tribus riveraines, et les inondations du fleuve donnèrent probablement naissance à cette légende des /Ltoliens, qui fait lutter Hercules avec Achéloiis pour obtenir la main de la fille de leur roi, Déjanire. VÊvtme», la plus considérable des rivières de l'Jïtolîe après l'Acliélous, forma de la même manière une plaine également fertile. Descendu des flancs de l'CEta, ce fleuve séparait les anciens districts de Fleuron et de Calydon.
L'Acarnanie, située entre la mer Ionienne et le cours inférieur de laotdi l'Acliélous, qui prend sa source dans le Pinde, au delà des limites de la Grèce, était, comme l'jEtolie, une contrée, montagneuse, mais ses montagnes, encore couvertes d'épaisses forêts, n'avaient ni la même hauteur ni la même àpreté (a). Les vallées de ces deux pays renferment quelques grands lacs entourés de riches pâturages. Au nord de l'Acarnanie, sur le golfe d'Ambracie, le territoire des Amphilochitn», demibarbares, joignait celui d'Ambracie, qui touchait aux frontières méridionales de l'Épi re. Une langue de terre étroite rattachait jadis à la cote occidentale de l'Acarnanie cette Ile, qu'un rocher blanchâtre, renommé dans la mythologie ancienne pour la guérison des amours désespérées, fit appeler Leucade ; mais les colons corinthiens qui s'y établirent l'en séparèrent par un étroit canal. Au sud de Leucade, un groupe d'Iles, composé A Ithaque, de Ciphallénie et de Zacynthe, s'élève, du sein de In mer, en face des rivages de l'Acarnanie et du Péloponèse.
La ebame Onéenne, qui couvre la majeure partie du territoire de L-isthn» Mégare, se termine, avons-nous dit, dans l'Isthme. Cela est vrai à un point de vue général et éloigné; cependant l'Itthme n'est pas tout à fait
(1] Pans, (i, 38} offre le choix entre plusieurs conjectures sur l'origine du nom d'Oioles. Voir aussi Slrsbon (il, p. 427) ; Gel], IHn. de \a Morée, p. i ; Itin. dtGréce, p. 292; PluUrq., Quest. grecq., 23. Ce mot démail, d'après une des • hypothèses de Pausaviias. de peaux non apprêtées portées parles habitants, et, selon Slraboii, d'une source fétide siluée au pied du mont Taphiassus, lieu de la sépulture des Centaures. Arcbylas, poêle oiole, cité par Plularque, le fait venir de l'abondance des fleurs qui parfumaient l'air. — (2) Voir Brandi», MittheUungen utber Oriechenland, I, p. 26i, 2fi."i.
iî HISTOIRE DE LA GRECE
plat. Les montagnes Onéennes se continuent le long de In cote orientale dans une chaîne de collines basses, jusqu'à ce qu'elles rencontrent a l'extrémité opposée une autre ramification appelée, à ce qu'il parait, du même nom (l). Cette langue de terre offre une autre particularité importante : à son point le plus étroit, entre les baies de Schœnus et de Lechteum , elle n'a que deux lieues environ de largeur ; aussi ce Diol- (m (2), comme on l'appelait, servait-il a transporter par terre, d'une mer dans l'autre, les navires qui voulaient éviter les lenteurs et les dangers de la circumnavigation du Péloponèse. Malgré l'étroitesse de ce passage, personne, ayant la période macédonienne, n'avait songé à unir les deux mers par un canal. Démétrius Poliorcètes conçut le premier un semblable projet ; mais les ingénieurs qu'il consulta l'engagèrent à renoncer à son exécution. D'après leurs rapports, le niveau du golfe deCorinthe dépassait tellement celui du golfe Saronique, que In rapidité du courant devait rendre inutile le canal projeté et menacer des plus grands dangers ^Egiue et les lies voisines. Trois siècles plus tard, le dictateur César forma le même plan ; sa mort prématurée l'empêcha de le réaliser. La différence du niveau des deux mers rendra toujours cette entreprise pénible et coûteuse. D'ailleurs, loin de s'y intéresser, les Grecs anciens eussent répugné à s'eu occuper. Dans leur opinion, ce n'était qu'une sorte de parodie de la tentative insensée des Titans : aussi, quand Néron, la faisant commencer, ouvrit la tranchée - de ses propres mains, les préjugés des habitants du pays, se liguant avec la mauvaise votoutédes ouvriers prétoriens, évoluèrent tnnt de spectres menaçants et firent jaillir tant dé sources de sang, que ces fausses rumeurs, habilement répandues, nécessitèrent l'abandon des travaux (3). Pline mentionne avec intention la terrible destinée de tous ceux qui nvaient osé concevoir un projet si impie (j) ; et Pausanias a soin de faire remarquer qu'Alexandre a essayé en vain de détruire les créations de Dieu , et que l'oracle de Delphes a forcé les Cnidîens de renoncer à une semblable tentative (5).
Aiptetg*- La face du Péloponèse offre des traits encore plus confus que lapante. ceux delà Grèce septentrionale. Au premier aspect, la presqu'île entière parait n'être qu'un amas de montagnes qui, au nord-ouest, où elle atteint a sa plus grande hauteur, forme un groupe compacte projeté sur le golfe de Corinthe. A l'ouest, cette chaîne est moins rapprochée de la mer. Plus on s'avance vers son centre, plus on y remarque de petits enfoncements. Au sud et a l'est, trois grands golfes et les vallées qui viennent y aboutir l'interrompent, et donnent a la presqu'île une configuration bizarre, que les anciens comparaient à celle d'une feuille de platane. Après un examen plus attentif, les plus hautes sommités de cette chaîne et leurs ramifications semblent former un cercle irrégulier, qui sépare la région centrale ou YArcadie des contrées voisines. Ainsi le rameau de V Artemûium et du Partftenium, qui la limite a l'est, se trouve lié
(11 Leake, III, p. 3*1. — (2) Roate par laquelle on traîne. — (3) Dion Casmui, mil, 16. — (4) BUI. mit., iv, 8. — (5) II, 1, S.
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à l'extrémité septentrionale du Taygile par une autre chaîne courant de l'est à l'ouest; le Taygile se rattache aux montagnes Lycéenne et Nomienne qui, formant la frontière occidentale, s'étendent jusqu'au Pholoi; et le Pholoé rejoint la grande barrière du nord, comprenant VOlenut, le ScolHs, VErymanihe, YAroaniu* et le Cylléne. Les districts qui bordent les trois principaux golfes sont également entourés par des chaînons élevés, que terminent de majestueux promontoires, et ils présentent chacun un caractère particulier. Les provinces septentrionales et occidentales ne se distinguaient pas l'une de l'autre par des limites si saillantes : aussi les peuples qui 'les possédaient avaient-ils des frontières plus conventionnelles que naturelles.
Un seul défilé (au-dessous de Caritena ou de Brenthès] coupe la L'Are ceinture des montagnes de l'Àrcadie, dont les eaux n'ont pas d'autre issue pour s'écouler. L'Alphée, qui en sort, descend à la mer occidentale. La partie occidentale de l'Arcadie différait surtout de la partie orientale par l'écoulement de ses eaux. A l'ouest, de nombreuses vallées s'ouvrent dans le bassin de l'Alphée ; quelques-uns des affluents de ce fleuve sont, comme le Ladon et VErymanihe, qui descendent des montagnes du nord, des rivières considérables; plusieurs villes, Cleilor, Piophis, Mtthydrium, Brentkèi, Gortyt et Hérét, avaient été bâties, dès la plus haute antiquité, surdesémineuces, prés du coûtaient de cescours. d'eau et de l'Alphée. A l'est, au contraire, l'Arcadie est hérissée de collines basses qui enveloppent de tous cotés un grand nombre de petites plaines, dont les eaux n'ont aucun écoulement apparent. Telles sont celles à'Aiée, de Pallantium, de Tigée, de Mantinée, à'Orckomène, d'Alée, de Stymphale et de Phénêe. La majeure partie de cette contrée resterait couverte de marais stagnants, et l'air y serait toujours infecté de vapeurs dangereuses, si ses rivières et ses lacs ne trouvaient pas pour se vider ces entonnoirs et ces canaux souterrains, assez communs dans toutes les montagnes calcaires, mais qui nulle part ne sont plus nombreux qu'en Arcadie sur un si petit espace.
Hercules avait en vain creusé à l'^lruaniiw un canal jusqu'au lac de Phéuée. SI YAroaniu* n'eût pas disparu dans une vaste cavité, au pied d'une montagne qu'il traverse, pour en sortir plus bas sous le nom plus célèbre de Ladon, il eût inondé les plaines voisines. Les eaux qui s'amassent dans la plaine de Mantinée, à la base occidentale du mont Artemisium, rejaillissent hors de la mer près de la cote orientale. Le lac dé Stymphale se dégorge ainsi dans un entonnoir naturel et va former VBrasinui, sur la plaine d'Argos. L'Alphée surtout parait être un véritable Frotée. Ses transformations terrestres sont un merveilleux prologue aux récits fabuleux de ses aventures sous-marines. Selon une opinion générale, et en apparence bien fondée, VAlphëe est la même rivière qui, néede plusieurs sources sur le versant occidental du Parnon, disparait sous la terre au pied du mont Crttium , et reparaît dans la plaine d'Asée, où il se confond avec la source principale de l'Enrôlas ( l ).
(I) Leàke, Hl, p. 48, '+".
t 1 HISTOIRE DK LA USÉOK,
Cesdeux rivières s' engouffrent ensemble; mais à peine ont-elles mêlé leurs eaux dans un canal souterrain, que, se séparant de nouveau, elles vont sortir, l'une dans la plaine de Mtgalopolù, Vautre dans le nord de la Laccnie. Aussi la plupart des légendes arcadiennes racontaient-elles l'histoire mythologique de ces phénomènes naturels, et les révolutions qu'avaient opérées, dans l'état physique du pays, l'ouverture ou les engorgements de ces canaux souterrains. Une pareille contrée était un théâtre digne des travaux d'Hercules ; ses traits particuliers sont une explication suffisante du culte rendu au Neptune qui entrouvre la terre, et de ses luttes avec la Céres offensée (l). D'épaisses forêts, remplies de gibier, couvraient les montagnes ; même au temps de Pausantas, l'ours y était commun. Leurs ressources durent vraisemblablement y attirer des tribus de chasseurs et de bergers, alors que les plaines ne pouvaient pas encore récompenser les agriculteurs de leurs travaux. A une époque postérieure, les Arcadicns, si l'on en croit leur compatriote Polybe, jouissaient parmi les Grecs d'une haute réputation d'hospitalité, de bonté et de piété; mais ces qualités, Polybe en fait honneur à leurs institutions sociales , car elles parvinrent heureusement, dit-il, à rendre nulles les influences naturelles d'un climat aussi rigoureux, qui tendait a endurcir leur âme en soumettant leurs corps aux plus rudes épreuves. ■- Les cinq autres grandes divisions du Péloponëse sont l'Argolide, la
'8 ' Laconie, la Messénie, l'Élide et l'Achaïe. L'Argolide ( quand ce nom, pris dans son acception la plus étendue, sert à désigner la partie du Péloponëse bornée, du côté de la terre, par l'Arcadie, l'Achaïe et la Laconie) comprend plusieurs districts qui, durant la période de l'indépendance de la Grèce, ne furent jamais réunis sous un même gouvernement, mais que les géographes modernes ont confondus dans une seule région pour rendre leur tâche plus facile. En y entrant à l'ouest, sicyone. on y trouvait d'abord le petit territoire de Sicyone. Celui de Corinlke en occupait ensuite une partie considérable ; il s'étendait au delà de l'Isthme Jusqu'aux frontières de M égare, un peu au sud des rochers Scironiens. Outre plusieurs vallées qu'elle possédait dans l'intérieur des Coripiue. terres, Sicyone partageait avec Corinthe une petite plaine maritime, dont la luxuriante fertilité était devenue proverbiale parmi les anciens. Ces deux villes, placées dans une situation semblable, commandaient des passages importants qui conduisaient dans l'intérieur de la péninsule (3). L'éminence que dut couronner Sicyone à toutes les époques de son histoire dominait les ouvertures des deux gorges ou vallées, celles' de i'ftélitton et de VAioput. Cette dernière rivière descendait des plaines de Phftus et <Y Ornée*. l'Acrocarintfu formait la base de la citadelle de Corinthe. Malgré sa hauteur et ses escarpements à pic, ce rocher, dominé par une montagne voisine, n'offrirait presque aucune ressource à la tactique moderne ; mais dans l'antiquité c'était une forteresse inexpu gnable, et un point de la plus hante importance, car il protégeait tout n la fols l'Isthme et le passage qui conduisait à la plaine de Clêont» et à
(I) Pau*.,vm,8n.— (2) l,enke. Vont, 1)1, p.S7*.
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celle de Néinëe. De la vallée d'Ornées une route difficile passait par la montagnes dans la plaine d'Argos. Hais le chemin le plus fréquenté du coté du nord était l'étroit déiiléduTrétus, la demeure fabuleuse du lion de Némée, qui se divisait en deux bras, dont l'un aboutissait à Cleo nés, et l'autre à Némée. Un troisième passage, situé un peu pins à l'est, appelé le Contoporiia ou le passage du Bâton ou de la Perche, n'était praticable que pour les piétons ( i ) .
La plaine d'Argos, bornée de trois côtés par de hautes montagnes, ,., Pi„no mats ouverte du eôté de la mer, est pour la Grèce, et surtout pour le 4'Ai«- Péioponèse , une plaine immense; car elle a quatre ou cinq lieues de longueur et deux lieues environ de largeur. De nombreux ruisseaux arrosent la partie occidentale, plus basse que la partie orientale qui manque d'eau. Aussi la plaine inférieure souffre-t-elle encore aujourd'hui, comme elle en souffrait autrefois, d'un excès d'humidité, et cet inconvénient empêcha peut-être A rgos, malgré l'avantage de sa position et la force de sa citadelle, d'atteindre, pendant quelque temps, au même degré de prospérité que Myccnei et Tirynthe, situées dans (a plaine supérieure, que sa sécheresse a rendue stérile (2). Les légendes argîennes doivent en grande partie leur origine à ces particularités locales, et surtout . au marais de Lerne et à l'étang sans fond d' Alcyon, qui bordaient le rivage occidental du golfe, et dont la tradition populaire fit la demeure favorite de l'un des monstres vaincus par Hercules. A l'est, la plaine de l'Argolide. avait pour limite le rocher isolé de Navplie, su pied duquel s'ouvrait le port d'Argos. Ce port n'offrait pas uu asile commode, même aux navires de l'antiquité; la rade parait mieux convenir a une flotte moderne.
Une chaîne de collines, désignée sous le nom de mont Ârathnœum, mcte, dans sa partie la plus septentrionale et la pins hante, couvre presque entièrement la péninsule qui sépare le golfe Saronique du golfe d'Argos, et qu'on appela quelquefois l'Acte de l'Argolide. Le territoire de Corinthe s'étendait le long de la cote orientale jusqu'aux confins à'Hfiidaure, près du port Peirét. Outre quelques petites plaines maritimes, Epidaure possédait diverses petites vallées intérieures, dont l'une était en grande *
partie consacrée au culte d'Esculape. A une distance égale de la cote d'Épidanre et de celle de l'Atlique, s' élevait, dans le golfe Saronique, l'tle montagneuse A'jEgine, entourée d'Ilots moins célèbres. Au sud d'Epidanre, le territoire de Trézéne, plaine maritime d'une fertilité reniai- Trfrt™. qnable, occupait l'extrémité sud-est de l'Acte, ou le cap Scyftœum. Le beau port de Pogon, qui formait comme l'entrée de cet te plaine, était abrité parles rochers élevés de, la péninsule de A/ethana et par les lies de Hiera et de Calaurea, qu'un banc de sable étroit, appelé Poro, réunit ajourd'hui l'une à l'autre. A l'ouest du cap Scylkeum, la ville d'Mermiûne, HcrmioK. jadis ta capitale d'un État Indépendant, s'élevait snr une petite presqu'île, en face des Iles à'Hydrée etde Tiyarène (3), qui ont joui, dans
(i) Voir Leake, III, p. 3S8; il, p. 415.— (8) Arwlole, Jfrfwrotoff., i, **. —(1) Soi™ l'hypothèse In plus généralement admise, P»lio bu Spriia. Le»ke
Domzeday GoOgk
46 lilSTOlHli [>K LA liRECK,
les temps modernes, d'une plus grande, célébrité que daus l'antiquité.
>é. A l'ouest de l'Acte, Asiné et sou petit territoire formaient les frontière* d'Hermioue et d'Argos.
is. Trois passages naturels conduisaient de l'Argolide dans l'Arcadie, par les monts Artémisiens et l'aitliéniens. L'un, appelé Trochut, descendait dans la plaine de Tégée; les deux autres, nommés Prinut et CUmax , allaient aboutir à celle de Mantinée. Cette même chaîne se continue dans la Laconie, où elle prenait le nom de Parnon, et se termine au cap Malet; à mesure qu'elle s'avance vers le sud, ses montagnes deviennent de plus en plus abruptes, et se rapprochent de la cote orientale. Le petit district de Cynurie, situé près de l'entrée du golfe d'Argos, excila jadis la convoitise des États d'Argos et de Sparte, dont il bornait les frontières, et qui s'en disputèrent avec "acharnement la possession. Pendant les plus beaux temps de l'histoire grecque, il appartint à ta Laconie.
Une longue vallée, courant dans la direction du midi vers la mer, et les montagnes qui la bordent de trois côtés., composaient le territoire ' de la Laconie. L'Eu rot as traverse dans toute sa longueur cette coutrée, que limitent à l'est la chaîne du Parnon, à l'ouest la chaîne duTaygète, Le bassin de l'Eurotas comprend trois régions distinctes. Celle qu'où peut appeler la vallée supérieure commence àlasouice'du fleuve, et finit à sa jonction avec YOEnus, un peu au-dessus de Sparte; elle est étroitement resserrée entre le Taygéte et le district montagneux et sauvage qui le lie au Parnon , et qui , selon toute probabilité , portait jadis le nom ùeSciritit(l). A Sparte, les deux chaînes opposées se rapprochent tellement qu'elles ne laissent presque entre elles que la largeur du lit de l'Eurotas ; mais au delà: de ce défilé s'ouvre la grande plaine laconienne. Cette plaine ne s'étend pas toutefois sans interruption jusqu'à la mer. Une ramification duTaygète, qui sépare la vallée de Sparte de lu plaine maritime de Hehi, au fond du golfe de Laconie (2), la coupe en deux parties pur une gorge étroite. La plupart des anciennes descriptions ou épitbètes qui concernent le caractère général de la Laconie s'appliquent, * * *vyi rijjc, à La.région moyenne, c'est-à-dire à son centre. La vallée de^i parte est la amueLaeidémone .d'Homère, qu'Euripide représenta plus tard comme entourée <fe montagnes âpres, escarpées, et d'un accès difficile à une armée ennemie (3) : l'épithète creuse peignait assez exactement l'aspect réel de ta vallée, entourée des escarpements abrupts des montagnes entre lesquelles coule l'Eurotas. Quand le poète ajoutait toutefois que cette contrée l'enfermait une vaste étendue de terres labourables, mais difficiles à cultiver, il voulait peut-être parler, non-seulement de la plaine,— dont le sol n'est, dit-on, fertile que le long'des bordsdela rivière,
— mois des montagnes voisines; car on trouve sur le Parnon et le Taygéte, principalement vers le nord, des pentes douces et de hautes vallées
iMorée, II, p. 465) rejeta cette hypothèse, el émit l'opinion que If véritable nom île ile était Tricarmus.
(I) Leake, III, p. 28. — (2) Ce», loi/, m More*, p. 5tt ; Leitke, I, p. 190.
— (5) Slnihon, VI», p. TSi'k
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qui payent bien la culture. Les rochers élevés qui bornent ;i l'ouest la plaine de Sparte supportent uue espèce de plateau presque aussi productif que la vallée inférieure. La chaîne du Taygète se détache, au nord, du bassin de l'Alphée, qui la sépare de la cliat ne opposée de M«- Hak1, atteint à sa plus grande hauteur vers sa masse centrale, dont on remarque de loin les cinq pics dominants, souvent couverts de neige (l), et s'abaisse graduellement vers le sud, tandis que ses versants deviennent de plus en plus abruptes. Après être tombée à son point le plus bas, elle se relève dans la presqu'île rocheuse de Tœnare (2) , la pointe la plus méridionale de la Grèce et de l'Europe.
La Laeonie est donc, comme l'a dit le poète, un pays d'un accès difficile à l'ennemi; cet avantage, qui lui appartient plus spécialement qu'à tout autre, a une grande Importance historique. Au nord et à l'est, la plaine de Sparte ne peut être envahie que par deux passages naturels (3) : l'un débouchant de la vallée supérieure de l'Eurotas, l'autre de celle de l'QEnus, où aboutissent à Seltasia deux routes, dont l'une vient de l'Arcudie par le versant occidental du Paroon , l'autre d'Argos, par la Cynurie, en traversant la même chaîne. A l'ouest, le Taygète forme une barrière presque insurmontable, lin sentier le traverse, il est vrai, qui, parti du fond du golfe de la Messénie, descend dans la plaine voisine de Sparte, au fond d'une gorge étroite, entre des rochers à pics ; mais ce passage offre de telles difficultés que les plus simples précautions ont toujours suffi pour le garder. A l'entrée du golfe de Laeonie, l'ile de Cythère, qui possède d'excellents ports, présentait à la Laeonie, ou une annexe précieuse, ou un voisinage redoutable.
La chaîne du Taygète sépare le golfe de Laeonie du golfe de Metténie, qui s'enfonce bien plus avant dans l'intérieur des terres. Cependant ce n'est pas son prolongement septentrional direct qui forme à l'est . la frontière de la Messénie ; c'est un rameau occidental, qu'en sépare la Li m>> ïalléearcadienne de Cromi. Au nord de ces montagnes et a leur base ' commence la plaine messénienne. Hue chaîne, partie desa limite orien- , taie, la traverse presque dans toute «a largeur (4) et la dtvise**e,i) deux régions distinctes, comme le bassin de4 l'Eurotas* au-aessods de Sparte. La région supérieure, séparée de l'Avcadie par une partie de la chaîne Lycéenne, et bornée à l'ouest par la chaîne d'Ithôme, ce théâtre fameux de luttes à jamais mémorables , s'appelait Stcnyckrvs. Elle n'est pas très-fertile , mais sa position lui donne uue grande importance ; elle protège et commande tout le pays, car les principaux passages qui y conduisent du nord, de l'est et de l'ouest, viennent y aboutir. La légion inférieure côtoie le fond du golfe; la poésie et l'histoire ont souvent célébré sa fertilité extraordinaire ; elles la désignent parfois par le titre de Maeariaou heureuse; de nombreux ruisseaux l'arrosent , parmi lesquels on remarque le limpide et abondant Pamisus.
(I) Ces cinq pics lui ont foil dnnner le nom dePentadiiclyloii, des cinq doigts. — 2) Leake, I, p. 3W.— l5)Le»ke, III, p. 2ti.— (4) Leskc-, f, p. 388; Gell, p. 100-
C'était , sans aucun doute , de cette délicieuse vallée qu'Euripide voulait parler, lorsqu'en comparant la Messénie et la Laconie, Il s'écriait qu'aucun mot n'était capable de louer suffisamment l'excellence du sol messénien.En outre, la Messénie paraît posséder une plus grande étendue de terres cultivables que la Laconie. La chaîne d'il home sépare laplaine de Steoyclerus d'une autreJongue vallée qui s'étend Jusqu'à la mer. Un peu plus loin, à l'ouest, des chaînons peu élevés forment de nombreuses vallées et collines ; ils ont pour limites, au sud, celui de Temathia , et à l'ouest celui A'Mgalevm, qui borde la côte et ne laisse entre sa base et la mer qu'un petit nombre de petites plages étroites. Les anciens vantaient beaucoup le climat de la Messénie, comme un climat doux et tempéré , en l'opposant à celui de la Laconie ; mais leurs éloges s'appliquaient vraisemblablement à la plaine inférieure , car on a peine a les comprendre lorsqu'on parcourt la région du nord. Sur la côte occidentale on remarque la baie profonde àaPytos, devenue célèbre dans l'histoire moderne sous le nom de Navarin. C'est le seul bon port du Péloponèse, mais il offre un abri plus sûr à une flotte moderne, que celui qu'y pouvaient trouver jadis les vaisseaux des anciens.
Le fleuve Nèda formait au nord les limites de la Messénie, et la séparait de VElide, ou du territoire Eléen, selon la plus vaste étendue de terrain comprise sous ce nom dans les derniers temps de l'histoire grecque. Ce fleuve, qui prend sa source dans l'Arcadie, coule au fond d'un ravin profond et sauvage, nu pied d'une chaîne de montagnes qui L'Eiide. se rattache à la chaîne de IMÏgnleum, et qui renferme le mont Eira, le rival de la gloire de l'Ithôme. Le district éléen, situé sur la riveseptenu Triphylie. trlonnle de la Néda, s'appelait proprement Triphylie; e'est une région montagneuse, bornée à l'est par la vallée, de l'Alphée, et qui lie la chaîne du Lyeœum à celle du Pholoë. Les montagnes, ou plulotles collines tri pbyliennes, ne laissent partout qu'une étroite langue de terre entre le rivage de la mer et leur base. Cette côte offre un carnetère particulier ; elle est, comme presque toutes les côtes de l'Élide, entourée d'une ceinture de lagunes ; d'étroits bancs de sable séparent de la mer ces espèces de lacs, qu'alimentent à la fois et des sources d'eau vive, et les vagues, qui, dans les gros temps, passent par-dessus leurs jetées naturelles. Il n'est pas facile dedétermincr le point delà côte où la Triphylie renconlj Piiiud*. trait les confins de la Pitatide on territoire de jPî'«. Toutefois il semble positif que, durant lu période de son indépendance, Pise posséda toute la vallée inférieure de l'Alphée , où l'antique ville de Pise s'élevait dans la célèbre plaine d'Olympie, sur la rive droite de ce fleuve. Au nord de l'Alphée, la Pisatide comprenait une partie des assises inférieures du mont Pholoë, et une plaine maritime, bornée par une chaîne basse qui allait mourir dans le cap Icthys, et qui la séparait du territoire éléen proprement dit. Cette contrée s'appelait VElide creuse; elle consistait principalement en une large plaine, qui s'étendait, an nord, jusqu'au cap AraxHS, et n'était interrompue du côté de la mer que par le promontoire isolé de O/iHonattu. Les légendes primitives de In Grèce
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célébraient les riches pâturages des rives du Pénèt éléen; et l'ancien canal qui les traverse encore, en descendant à la mer, est peut-être celui où, selon la tradition, Hercules fit passer les eaux du fleuve pour nettoyer les écuries d'Àugias.
Au sud du cap Araxus , le Larintt formait la limite ordinaire de i/Acb*î l'Élide et de VAchafe. Dans la partie occidentale de Y Actinie. , entre le cap Araxus et le détroit du golfe de Corinthe, la haute chaîne qui sépare l'Achaïe et l'Arcadie laisse entre elle et la mer quelques plaines étendues pour un pays aussi montagneux ; mais du côté du golfe de Corinlhe, elle n'est séparée de la côte que par une plage étroite, partout où les vagues ne viennent pas battre sa base escarpée. Ces petites plaines maritimes, et les pentes qui les dominent, jouissent pour la plupart d'une grande fertilité; leur sol est spécialement favorable à certains genres de culture (1). Elles sont arrosées par des ruisseaux descendus du centre des montagnes, dans des gorges resserrées et profondes , les seuls passages qui permettent à une armée ennemie d'envahir ce pays du colé du midi. La côte manque de ports, taudis que la rive opposée du golfe en est abondamment pourvue.
Considérée dans son ensemble, et abstraction faite des inégalités F«tiiiW de sa surface, la Grèce parait posséder autant de richesses que de ' beautés naturelles; mais elle devait être plus riche et plus belle à cette époque où elle avait encore la fraîcheur et la vigueur de la jeunesse. Ses productions variaient comme son aspect ; d'autres contrées pouvaient être plus fertiles en céréales, plus propices à la culture de la vigne ; peu faisaient une plus ample récolte d'olives et d'autres fruits non moins estimés. D'abondants pâturages couvraient ses collines; de nombreuses espèces de poissons et d'animaux peuplaient ses forets et ses rivières. Heureusement pour elle peut-être, elle était pauvre . en métaux rares; toutefois, les mines d'argent du L au ri uni formaient une exception ; mais les montagnes du Péloponèse, surtout dans la Laconieet dans l'Argolide, et celles de l'Eubée, renfermaient de riches filons dé cuivre et de fer et des carrières précieuses. Le marbre du Pentélique égalait presque en beauté celui "de l'Ile de Paras et celui de Carystus dans l'Eubée. Aujourd'hui encore, les forêts de la Grèce excitent l'admiration des voyageurs, comme elles excitaient celle des contemporains de Pausanias (2), par l'élévation et la grosseur de leurs plus beaux arbres. Les collines de l'Attique, elles-mêmes, furent autrefois, à ce qu'il parait, couvertes de bois (3). Le dessèchement graduel de ses «JUrs d'eau est du en grande partie à la perle de ces ombrages , qui les mettaient à l'abri des rayons du soleil. Selon une observation d'Hérodote, de toutes les contrées du monde, la Grèce était celle dont la nature avait le plus heureusement tempéré les saisons ; mais une région où chaque district a son climat particulier, déterminé par une variété infinie de circonstances locales, peut-elle avoir un climat général (4)?
fl) Le raisin au Corinlhe paraît y prospérer mieui que dons toule nuire partie de U Grèce. — (2) Voir Brandis, Mittheilungm, i, p. 266. — (3) Platon, Critias, p.Hl. — (i) Voyci Mêler, MeteorologiavittrumGrœcontmelRomanomm, p.2l5.
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Dans la Grèce du nord et dans le Péloponèse, la neige blanchit longtemps les plus hautes sommités des montagnes; même dans l'Atlique, l'hiver est^souvent très-rude. D'un autre côté, les vents du nord-est, nommés Etéiittu, qui régnent durant l'été sur les mers de la Grèce', tempèrent, partout où ils soufflent, les chaleurs de cette saison; et en vantant les douceurs du climat de la Grèce, Hérodote voulait peut-être parler seulement de ces brises rafraîchissantes. ^u?tji»! La Grèce est située dans une zone volcanique.' qui s'étend de la mer Caspienne, si elle ne s'étend pas encore plus loin à l'est, aux Açores, et du 45e au 35e degré de latitude (t), c'est-à-dire qui comprend la plus grande partie du monde connu des Grecs. Bien qu'on n'y ait découvert aucune trace d'éruption, des forces volcaniques latentes y ont produit de nombreux effets, dont l'histoire a gardé le souvenir ; sa surface offre même des preuves permanentes de sa constitution physique. Aux Thermopyles, à Tréiène, à .^Edepsos, et dans d'autres lieux, des sources d'eau chaude jaillissent du sol. Les mêmes agents ont opéré, jusque dans les temps modernes, des révolutions surprenantes sur le bras de mer qui sépare le Péloponèse de l'Ile de Crète; et peu de temps avant l'ère chrétienne, une colline nouvelle surgit sur la côte , près de Trézène, aussi soudainement que les Iles voisines de Théra avaient surgi du sein déjà mer (2). Les diverses contrées de la Grèce, mais surtout le Péloponèse , ont vu à toutes les époques, entre autres désastres, des tremblements déterre ouvrir et déchirer leurs montagnes, des inondations accidentelles entraîner leurs champs dans la mer. A en croire de nombreuses légendes et traditions, qui semblent mériter quelque attention, ces convulsions de la nature y étaient plus fréquentes, et y avaient des conséquences plus graves, dans une période antérieure à l'ère historique]; les éléments déchaînés durent alors s'y livrer des luttes effroyables, auxquelles ils mirent nécessairement lin, avant que la région qui leur servait de théâtre pût devenir habitable. Telle est vraisemblablement l'origine de cette catégorie de légendes consacrées au récit des comlials que soutint Neptune contre Athéné (Minerve), pour In possession d'Athènes et de Trézène (3) ; contre la même déesse, on • «outre Héré(J.unon), pour Argos, où, selon une tradition, il tarit les
'. sources, et selon une autre légende, il inonda la plaine (4); contre Apollon pour l'isthme de Corinthe (5). La même interprétation peut servir à expliquer les traditions poétiques, qui rapportent qu'à mie certaine période, quelques-unes des iles ïituées entre la Grèce et l'Asie, Dclos et Anaphe (<;), et même Rhodes ("} et Chypre (S), surgirent, sur l'ordre de quelque dieu, des eaux de la mer, sous lesquelles elles étaient jusqu'alors restées englouties. Les prêtres de la Samothrace , cette Ile que son ancien culte mystique a rendue fameuse, conservaient une autre tradition, en apparence encore plus digne de foi. D'après
(1) HolT, Gischichie der VerœndcrHHgea der Erdoberftteche, \. Il, p. 09.
(2jOïid., Met., iv,2'J6; Slrnb,, i, p. 158.— (3) Pans., h, 30, 6. — (4) Apol- W.,.ii, 4-9; Paus., n, 22, *.— (S) Paus., n, 1, 6.— (6) Conon, 49; A poil. II., rt, 1718. — (7) Pinil., 01., vu. — (8) Ei.slnlli. ort Mon., P. y, 508.
3 omzed air GoOgk
. CHAP. It. - DES HABITANTS PRIMITIFS D2 LA GRÈCE. 21
cette tradition, une forte convulsion de In nature avait brisé les barrières qui séparaient autrefois le Pont-Euxln de [a mer Egée, et ouvert les détroits du Bosphore et de l'Hellespont (i). Neptune, selon une autre légende poétique qu'il serait facile de rattacher à cette tradition, frappa avec son trident la Lycaonie ou Lvclonïe, et, répandant ses fragments sur l'Océan, il en forma des Hes (2). Mais l'importance des révolutions qu'elles décrivent permet a l'historien de se méfier de ces légendes; peut-être, en effet, n'étaient- elles que de simples fictions, ne reposaientelles même pas sur une croyance populaire, et. n'avaietit-elles pour base qu'une opinion qui prévalut parmi les savants dans la période alexandrins de la littérature grecque, et que Pline l'Ancien adopta complètement. Ainsi, selon Callimaque, les Iles ont été formées, pour la plupart, avec les fragments que Neptune enleva à l'aide de son trident aux montagnes (3). Pline est encore plus explicite; il n'hésite pas à nous apprendre, comme un fait notoire, que des convulsions de la nature ont sépare la Sicile de l'Italie; Chypre, de la Svrie; lEubée, de la Béotie (4) ; Atalante, Maeris et Céos (5), de l'Êubée; et que la mer ne s'est pas seulement ouvert violemment un passage au travers des détroits du Bosphore, de l'Hellespont, de Rhium et de Leueade (ce dernier canal était cependant notoirement artificiel); mais qu'elle a envahi et couvert la terre dans la Propontide et dans les golfes de Corinthe et d'Ambracie. Callimaque et Pline ne devaient pas posséder sur les révolutions physiquesdu passé, des renseignements plus détaillés et plus précis queceux des savants modernes ; ils éprouvaient seulement moins de scrupule d'élever, sur une base fragile de faits, une énorme masse de conjectures{6).