CHAP. II. - DES HABITANTS PRIMITIFS DE LA GRÈCE
sa destinée, ou, comme cela eut lieu pour les Taphiens et les Lélèges de la mer Egée, qui menaient le même genre de vie. Quoi qu'il en soit, il résulte de nos recherches que les Lélèges étalent certainement alliés soit aux Pélasges, soit aux Hellènes, ou plutôt, dans une certaine mesure, à ces deux peuples, ainsi que nous ne tarderons pas à l'expliquer.
Des raisons suffisantes nous autorisent à exprimer une opinion sem- u> Thn< niable sur les Thraces, qui étaient comptes parmi les habitants barbares de la Béotie. Selon la tradition, ils partageaient, il est vrai, ce pays avec les Pélasges; mais si le jugement que nous avons porté des Pélasges ne nous trompe pas, cette tradition s'accorde parfaitement avec l'existence d'une étroite affinité entre ces deux races; peu importe d'ailleurs que l'une fût une branche de l'autre ou qu'elles descendissent toutes les deux d'un tronc commun. Outre leur nom, un caractère particulier distinguait, sans aucun doute, ces Th races béotiens des autres tribus pélasgiques. Mais ils avaient, à ce qu'il parait, avec les Grecs les mêmes rapports que les Pélasges le plus proprement connus sous ce nom. Tenaient-ils aussi par quelques liens au peuple qui à une époque postérieure s'appela les Th races? Il est plus difficile de répondre à cette question ; car la population de la Thrace subit de grandes révolutions pendant que celle de la Grèce changeait de place, et même après qu'elle eut pris .son assiette définitive, et on ignore quel degré de parenté unissait les tribus qui émfgrèrent, dit-on, de la Thrace dans l'Asie Mineure, et qui s'y fixèrent sous divers noms, tels que ceux de Mysiens, Bithyniens, Mariandyuiens, aux possesseurs subséquents de leurs établissements européens, ou ces peuples entre eux. Les Dolonciens de la Chersonèse de Thrace, qui envoyèrent des ambassadeurs o l'oracle de Delphes ù l'époque où vivait Pisistrate, n'avaient peut-étreque des rapports très-éloignésavec leurs féroces voisins, les Apsinthiens, qui sacrifiaient leurs' prisonniers avec des rites particuliers à leur dieu Pleistore fl); et quant aux -Th races béotiens et phocéens, ils durent, on a du moins de plus fortes raisons de le penser, n'avoir que le nom de commun avec les sujets de Téres, le fondateur de la monarchie Odrysienne* que Thucydide a jugé nécessaire, pour l'instruction des lecteurs athéniens, de distinguer expressément du Térée de la mythologie, roi de Daulis et époux de Procné (2). Selon une remarque de Strabon, le culte rendu aux Muses surlemontHélicon, et la grotte qui y était destinée aux nymphes leibethriennes, prouvaient que cette région avait été occupée parlesThraces, et que ces Thraces étaient des Piérions, c'est-à-dire le peuple qui avait consacré aux mêmes divinités le pays de Piéria au pied septentrional de l'Olympe, et Leibethrum et Pimpleia (3). Mais rien ne nous indique pourquoi les Piériens portaient le nom de Thraces, car Homère, dans sa description de la Thrace, la fait commencer bien loin de Piéria. Junon, lorsqu'elle descend de l'Olympe thessfllique pour gagner Lemnos, passe au-dessus de Piéria et d'Amathia, avant de se diriger vers les montagnes neigeuses des Thraces (4). Les Piériens étaient peut-être les
[\) Herod., iï, H8.— (ï) n,W,— (3) Strab., h, p. -HO.— (*) «torf. , xiv, 22(1.
3 omzed air GoOgk
32 UISTOIBK 1>E LA tilt EUE.
Thraces primitif» qui transmirent leur nom aux tribus étrangères dont ils étaient entourés; ou, si, partis du Nord, ils vinrent se fixer au pied de l'Olympe, peut être y apportèrent-ils avec eux un nom dérivé des établissements qu'ils avaient quittés.
u*ree Les Thraces béotiens appartiennent à une époque mythique; aucune îwViîe des légendes qui les concernent ne peut être considérée comme uue *■ tradition historique; et, cependant, des témoignages dignes de foi nous révèlent non -seulement leur existence et leur affinité avec les Pi é lieu s du Nord , mais nous permettent même d'attribuer quelques conséquences importantes à leur présence en Grèce. Selon l'opinion générale , le culte des Muses leur était particulier. Bien qu'il fût nédc ce système de la nature qu'expriment plusieurs religions populaires, ce culte semble avoir fourni, en quel que sorte, une base au premier degré de développement întellectuel des Grecs. La croyance quedesdivinitésiuvisiblesqui habitaient les profondeurs des cavernes et des fontaines, aimaient la musique et les chants, et pouvaient dispenser l'inspiration nécessaire aux mortels pour moduler la voix humaine en tons mélodieux, implique une disposition à la poésie et quelque expérience de ses effets. Sans doute , ce rapport entre une forme de religion populaire et les premiers essais du génie poétique ne nous apprend rien du caractère de ces essais, et ne nous autorise pas à supposer que la poésie primitive de la Grèce se distinguât de celle d'une période postérieure, en ce qu'elle fut exclusivement consacrée à des sujels religieux ; mais telle fut probablement la source d'où sortirent les oracles grecs, même si celui de Delphes n'eut pas pour fondateurs les Thraces Piéiïens, la tribu qui parait avoir combiné les divers éléments de la mythologie grecque, et leur avoir donné presque entièrement la forme qu'ils offrent dans les poèmes homériques (l). Une époque postérieure inventa peut-être les noms et les ouvrages d'anciens bardes thraces, totalement inconnus d'Homère et de ses contemporains. Mais, quoique Homère ne parle jamais ni d'Orphée ni de Musée , il a conservé le souvenir du Thamyris de la Thrace, le rival des Muses , dont le sort fut certainement le thème d'une très-ancienne légende ; et il a ainsi établi d'une manière incontestable le caractère général du peuple qui avait servi de base à celte légende et à une foulu d'autres traditions. Cependant si les Thraces exercèrent réellement une aussi grande influence sur la poésie et 1» religion de la Grèce, comment comprendre qu'ils aient différé âulant des compatriotes d'Homère que l'ambiguïté de leurs noms le fit croire aux Grecs, qui les appelaient,
(I) Mùller (Proltgomata, t., c, »., M. ]). 21!)) pense uue celle preuve peut «Ire déduite de ce simple fait, que l'Olympe pim.'ii, qui fst lu demeure des dieu v, donne aux Muses leur épilhclc dans Homère el dans Hésiode. Le lecteur demi comparer les dem passages principaux sur ce sujet, (l'aus., H, 29, 3; Strab., n, p. -HO), que Millier a. commentés dans sou Orchomcnos, p. 361. Une (nid nelion iiuKlîiisi' de l'impudent ouwagi' de Miiller, Protegomma, vient de paraître sons le litre de iluller's icitnli/tc mythology, traduit p»rJ. i.eitcli. On j Irouvera à la
Fnge K>!) h' passage ni r>n lionne li-dessus. L'appendice conlienl une traduction de essai de Millier sur Orion, traduit du Rheinisches muséum, H d'un petit nrlirlf intitulé Hyptrborei'i^-Knfminche Sludien fur Archaiologit.
zedasrGoOgk